9 Décembre 2018

Burkina Faso: Procès putsch manqué « Un jour les gens diront merci au RSP» Gal Gilbert Diendéré

Au 8e jour de son audition à la barre, le cerveau présumé du putsch manqué, le général de brigade Gilbert Diendéré, était aux prises avec Me Pierre Yanogo de la partie civile. Au départ, l'accusé s'est parfois muré dans un silence ou s'est contenté des « je ne vais pas revenir sur cette question ».

Mais avec le temps, sa langue s'est déliée. Il n'a pas ménagé celui pour qui il a désormais de l'aversion : Yacouba Isaac Zida. « Un jour les gens diront merci au RSP... S'il n'y avait pas eu les évènements du 16 septembre, il n'y aurait pas eu d'élection à cause de ce que le Premier ministre préparait... », a déclaré le général.

A l'entame de l'audience, la parole est donnée à Me Pierre Yanogo, avocat de la partie civile, pour ses questions et observations.

Les rapports de l'accusé avec la hiérarchie militaire, les aspects diplomatiques des évènements du 16 septembre, la dissolution du RSP ou encore les attaques terroristes sont, entre autres, les axes sur lesquels l'avocat, a fondé son interrogatoire.

Comme entrée en matière, Me Pierre Yanogo a voulu savoir si « Golf » maintenait sa déposition selon laquelle il n'a ni planifié, ni organisé, ni exécuté le coup d'Etat. Une première question à laquelle le Général de brigade a répondu par « oui, je le maintiens » sans autre développement.

« Mon général, parmi ceux qui ont arrêté les autorités de la Transition et qui sont venus vous chercher chez vous, qui a pris la parole en premier ?» a poursuivi Me Yanogo.

Avant de répondre, il a pris le soin de rappeler à l'avocat qu'il a déjà répondu à cette question la dernière fois quand il est passé à la barre. « Je ne me rappelle plus qui a parlé en premier. Mais tout le monde a pris la parole », s'est-il contenté de dire.

« Vous ont-ils demandé d'accomplir un acte particulier ?» a enchaîné l'avocat de la partie civile. « Ils n'ont jamais dit de venir prendre le pouvoir. Je ne vais pas revenir sur ça. J'ai déjà répondu à cette question », a répété le général de brigade.

« Vous ne leur demandez pas les raisons pour lesquelles ils ont arrêté les autorités de la Transition. Ils ne vous ont pas demandé de venir gouverner.

Mais vous vous levez, vous portez votre tenue pour aller gouverner... », a commenté l'avocat avant d'être interrompu par le Général. « Il n'était pas question de gouverner à ce moment », a rectifié l'accusé.

Poursuivant sa série de questions, l'avocat a voulu que le Général donne son opinion sur les commanditaires du coup d'Etat qui sont des éléments incontrôlés. Sa réponse a été sans ambages : « je n'ai jamais traité quelqu'un d'élément incontrôlé. Relisez bien vos notes ».

Suite à cette mise au point, Me Pierre Yanogo a cherché à savoir le regard qu'il portait sur ces hommes. « Ce sont des hommes comme tous les autres, qui ont agi à un moment donné face à une situation qui se retrouvent aujourd'hui avec moi dans le box des accusés », a indiqué « Golf ».

« Le RSP se battait pour sa survie »

Mais l'avocat n'a pas tari de questions. Durant une bonne partie de la matinée de ce vendredi, il a cuisiné le natif de Yako.

Me Pierre a demandé au général si le fait d'aller arrêter les autorités était une mission militaire. Gilbert Diendéré a répondu par la négation avant d'aborder un autre pan de la question qui a été de savoir pourquoi il ne les a pas renvoyés vers le chef de corps.

A ce propos, il a indiqué que ce n'aurait pas été responsable de sa part de les renvoyer de cette façon. « En vertu de quoi le RSP peut s'opposer à une décision présidentielle ?» a demandé de nouveau Me Yanogo.

Le général a répondu cette fois-ci plus longuement : « Le RSP se battait pour sa survie parce qu'il y avait un danger en face : il y avait quelqu'un qui voulait dissoudre le corps pour mieux les taper.

Je pense que cela est une légitime défense. Peut-être que la manière ne sied pas. Mais il y avait un danger imminent qui planait sur la tête du RSP », a-t-il soutenu.

Une réponse qui permet à l'avocat d'embrayer avec une autre question. « Quand il y a un danger, est-ce que ce sont les subalternes ou les officiers qui décident ? » a voulu savoir la partie civile. « Le commandement avait conscience du danger. La réaction des chefs n'est pas la même que celle des subordonnées », a répondu « Golf ».

L'avocat a fini par tourner la page pour aborder la vacance du pouvoir dont le Général fait mention dans certaines de ses dépositions.

« Au moment où les autorités étaient arrêtées, est-ce que le pouvoir était vacant ? ». Le général a opposé à l'avocat les propos des Sages. « Les médiateurs ont dit que le pouvoir est vacant et qu'il faut que la hiérarchie militaire prenne ses responsabilités. Posez la question aux médiateurs ! ».

« Pourquoi malgré la présence de Shérif Sy, le président du Conseil national de la Transition, vous affirmez que le pouvoir est vacant ?» a souligné l'avocat de la partie civile. Mais la défense du mis en cause n'a pas évolué. « Posez la question aux médiateurs ! », a-t-il sorti de nouveau.

« La déclaration des médiateurs est donc la loi ? » a poursuivi Me Pierre Yanogo. Selon l'accusé, cette déclaration n'est pas la Constitution. Mais c'est au regard de la situation qu'ils (ndlr : médiateurs) ont pris cette décision.

« Depuis octobre 2014, est-ce que la Constitution était respectée ? Nous n'étions pas dans une situation normale en ces moments. Je n'ai pas vu dans la Constitution qu'on peut faire une charte annexée à la constitution pour diriger le pays ».

« C'est pour que vous veniez au pouvoir »

Poursuivant son interrogatoire, l'avocat est revenu sur la déclaration du CND. « Votre déclaration devait être portée par l'armée. Pourquoi le CND ? ». Il a expliqué à cet effet que l'armée avait donné son quitus et qu'il est resté seul tard la nuit pour la rédiger. «

Si la hiérarchie n'était pas d'accord, elle pouvait mener des actions dont mon arrestation. C'est elle qui a signé les ordres de poursuites dans ce dossier. C'est le chef d'état-major des armées ». Me Yanogo a voulu savoir pourquoi le coup d'Etat n'intervient qu'à la fin de la Transition.

A cette interrogation, le doigt accusateur du général n'a pas raté Zida. Pour lui, il viendra un jour où des gens témoigneront leur reconnaissance aux éléments du RSP, car s'il n'y avait pas eu les évènements du 16 septembre, il n'y aurait pas eu d'élection.

« Donc c'est pour devancer le coup d'Etat de Zida que vous avez fait pour vous ? », a déduit Me Yanogo. « Non, c'est pour que vous veniez au pouvoir », a répliqué l'accusé.

Après cette joute verbale, Me Pierre Yanogo est revenu sur les attaques terroristes. « Mon Général, vous dites que c'est parce que le désarmement a été mal fait et que c'est avec ces armes qu'on nous attaques... », mais avant qu'il termine, « Golf » le rectifie en ces termes : « C'est une hypothèse.

C'est possible que ce soit avec ces armes qu'on nous attaque », mais le Général ne s'est pas contenté de le rectifier. Il a ajouté que c'est parce qu'il y a eu cette dissolution du RSP que les gens (ndlr : terroristes) sont entrés et que pour les faire sortir ce sera compliqué.

« Le RSP, c'était une force de dissuasion. Ils étaient fiers de travailler, ils avaient un esprit combatif. Ils ont dit : ne nous cassez pas, envoyez-nous partout où vous voulez. Les gens ont parlé des avantages qu'ils avaient. Même pendant la Transition ils avaient toujours les mêmes avantages », a expliqué le général de brigade.

Un avis que Me Pierre Yanogo n'a pas partagé. Pour lui, l'une des grandes réussites de la Transition a été la dissolution du RSP.

« Les terroristes étaient nos partenaires. C'est à Ouagadougou qu'ils étaient accueillis. On partait libérer des otages qui étaient dans leurs mains », a rapporté l'avocat. La réplique du Général : « Ceux qui venaient ici continuent de venir.

On continue de les recevoir à Kosyam. Ils ne sontpas des djihadistes. Si les djihadistes les gagnent, ils vont les manger crus. Sidi Lamine qui est là, s'ils le gagnent, ils vont le bouffer. Les djihadistes, je suis allé les rejoindre au désert. Je suis allé là-bas cinq fois pour libérer des otages. C'était dans un but humanitaire », a précisé le général.

Me Pierre Yanogo, avant de céder le micro au conseil de l'accusé, a livré ce message à la barre : « La plupart des militaires n'étaient au courant de rien. Aujourd'hui ils encourent des peines lourdes. C'est assez inconfortable.

Le colonel Saye Zerbo, quand il a comparu à son procès, a déclaré qu'il avait demandé des hommes parce qu'ils sont sous ses ordres », a lancé Me Pierre Yanogo.

Le général Diendéré a, pour sa part, affirmé qu'il ne lui appartient pas de dire quoi que ce soit, estimant que chacun est passé à la barre dire ce qu'il a fait, ce qu'il n'a pas fait et qu'il y a eu une instruction qui a duré trois ans.

Après la partie civile, c'est le plus jeune conseil membre du pool d'avocats du général qui s'est saisi du micro pour ses observations et questions à son client.

Il a attaqué des propos de son confrère qui laissaient entendre que son client a été à des missions dans d'autres pays. « Que les autorités de ces pays saisissent les autorités compétentes afin que les responsabilités soient engagées », a indiqué Me Abdoul Latif Dabo.

L'audience a été suspendue peu avant à 17 heures et se poursuit ce matin, 9e jour d'audition du Général de Brigade Gilbert Diendéré.

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