9 Décembre 2018

Tunisie: Les femmes et les enfants, les plus touchés

Le nombre des victimes tunisiennes de traite, prises en charge en 2017 par l'Instance nationale de lutte contre la traite des personnes, s'élève à 742, dont 70 % d'enfants, et celui des étrangers est de l'ordre de 100, a affirmé, hier, la présidente de l'instance, Raoudha Laabidi.

Ces personnes sont notamment victimes d'exploitation économique et sexuelle et de servitude domestique, a-t-elle précisé lors d'un colloque organisé, au Campus universitaire El-Manar sur la traite des femmes et des enfants, à l'initiative du laboratoire des sciences pénales et de criminologie relevant de la faculté du Droit et des Sciences politiques de Tunis.

Parmi les mesures prises par l'instance pour lutter contre la traite figure la désignation de juges de référence dans 17 régions, à raison de deux magistrats pour chaque région, a-t-elle fait savoir, expliquant qu'ils figurent comme des références pour les intervenants en la matière.

Des points focaux (focus groupes) seront également installés à travers les régions pour assurer la formation et la sensibilisation sur la question de la traite, a-t-elle fait savoir, précisant qu'ils seront composés des représentants de six domaines: la sécurité, la magistrature, les affaires sociales, la santé, la société civile et les délégués à la protection de l'enfance.

D'après la présidente de l'instance, cette structure a aidé 66 victimes étrangères de traite à retourner dans leurs pays, tout en les accompagnant pour se réintégrer dans leurs propres sociétés.

Un nombre de 31 femmes tunisiennes victimes de traite bénéficient actuellement d'une prise en charge par l'instance qui les assistera également dans la création de projets, a-t-elle affirmé.

Laabidi a regretté le manque de budget, appelant l'Etat à intervenir et financer cette structure pour pouvoir accomplir ces projets et atteindre ses objectifs de prise en charge des victimes de traite.

De son côté, Mehyar Hamadi, délégué général à la protection de l'enfance, a affirmé que le nombre total des enfants victimes de traite en 2017 est de plus de 1.480, dont 308 victimes d'exploitation économique, 1087 victimes d'exploitation sexuelle et 86 victimes de crimes organisés.

Le nombre des cas de traite d'enfants enregistré en 2017 est le plus élevé en Tunisie par rapport aux années précédentes, a-t-il regretté.

Il a appelé, dans ce cadre, à la mise en place de mécanismes favorisant la protection de l'enfance, insistant sur l'importance de l'intégration du concept «l'enfant victime» au code de la protection de l'enfance.

Il a appelé aussi à la création de cellules d'écoute à travers les régions, soulignant l'importance de la spécialisation.

Le responsable a également recommandé d'accorder aux enfants le droit de la participation à la prise des décisions qui les concernent, proposant d'intensifier le nombre des sessions de formation sur les droits de l'enfant.

Dr Ahmed Ben Nasser, médecin à l'hôpital Charles-Nicolle a évoqué l'impact de la traite sur la santé physique et psychologique des victimes, soulignant leur besoin d'assistance et de prise en charge.

Plusieurs victimes reçues par l'hôpital souffrent de cicatrices, d'angoisse, de dépression, de troubles de sommeil, de fatigue, de dysfonctionnement sexuel et d'addiction, a-t-il énuméré.

Un sentiment de culpabilité a été remarqué chez certaines victimes, a-t-il encore indiqué, signalant que des troubles dépressifs les mènent parfois à l'addiction.

Le médecin a regretté la présence d'obstacles à l'identification et l'assistance des victimes de traite, mettant en cause l'absence d'un cadre juridique adéquat.

Cette rencontre organisée par le laboratoire des sciences pénales et de criminologie s'inscrit dans le cadre de son programme d'action annuel, a affirmé Rachida Jlassi, présidente du laboratoire, soulignant l'importance du thème choisi cette année, vu la spécificité et la fragilité de la population cible, à savoir les femmes et les enfants victimes de traite.

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