10 Décembre 2018

Burkina Faso: Putsch manqué de 2015 /Gilbert Diendéré - « Si la hiérarchie n'avait pas donné sa parole, j'allais me mettre de côté»

Au 7e jour de son audition au Tribunal militaire le 7 décembre 2018, le Général Diendéré faisait face aux avocats de la partie civile ainsi qu'à certains de ses conseils qui lui ont posé des questions. La grande question reste toujours celle de l'auteur du coup d'Etat du 16 septembre 2015.

Quand le Général évoque la vacance du pouvoir, le maire de l'arrondissement 2 de Ouagadougou et avocat, Me Pierre Yanogo, veut comprendre en quoi le pouvoir était vacant alors que le président du CNT d'alors, Chériff Sy, s'était proclamé président par intérim de la Transition en lieu et place de Michel Kafando qui était détenu.

« Posez cette question aux médiateurs qui ont demandé à l'Armée de prendre ses responsabilités face à la vacance du pouvoir ». Quand l'avocat parle de Constitution, le Général demande si celle-ci avait été respectée depuis 2014.

L'avocat veut s'assurer si l'Armée avait désigné le Général pour prendre le pouvoir. « Si la hiérarchie n'avait pas donné sa parole, j'allais me mettre de côté », dit le général. Il confie que même si les évènements du 16 septembre 2015 ne survenaient pas, les élections attendues n'allaient pas avoir lieu à cause du Premier ministre d'alors, Yacouba Isaac Zida, qui préparait une « révolution » pour rester au pouvoir.

Une information que le Général a partagée avec les acteurs du cadre de concertation des Sages, la hiérarchie militaire, des diplomates et le président Michel Kafando ainsi que le chef suprême des Mossé. Et l'avocat de demander si c'est pour cela qu'ils ont devancé Zida.

En réaction, le Général fait savoir que « c'est parce que ça n'a pas eu lieu (le coup de Zida), sinon on aurait eu plus de morts et de blessés que ce qu'on a vu. Zida se préparait à faire venir des mercenaires et si cela avait pu se faire, on serait peut-être en train de se tirer dessus.

J'étais la première cible à abattre, je ne serais pas là aujourd'hui, mais on aurait ramassé plus de la centaine de morts et c'était la guerre civile ». Il soutient que l'Etat-major général de l'Armée n'a pas une situation claire des armements et n'est pas sûr que certaines armes ne sont pas utilisées contre le pays aujourd'hui.

En 2017, par exemple, le Général dit avoir conduit le procureur militaire et le juge d'instruction au Conseil, dans un hall ouvert où étaient entreposées des armes, alors que la Police qui surveillait le bâtiment ne savait même pas qu'il y avait des armes, à l'entendre.

A ceux qui disent que le RSP était en connexion avec des terroristes confusément appelés « djihadistes », le Général dit que cela n'est pas vrai. « Je suis allé 5 fois dans le désert pour libérer des otages (des mains des djihadistes) », fait-il observer.

« Lorsqu'on se rend dans un tribunal, on oublie les clichés »

Me Yanogo qui déplore que l'auteur du putsch reste jusque-là inconnu, indique que c'est parce qu'on offrait gîte et couvert aux djihadistes qu'ils ne nous attaquaient pas. En réaction, le Général indique que les mêmes continuent d'être reçus à Kosyam et il ne faut pas faire d'amalgame, précisant que « si les djihadistes gagnaient ceux qui viennent chez nous, ils les mangeraient crus ».

Il précise plus tard qu'il n'a jamais eu l'intention ni l'idée de faire rentrer des étrangers dans le pays. Me Olivier Yelkouni, un des conseils de l'accusé, fait observer qu'en écoutant certaines déclarations ou propos d'avocats de la partie civile, on a l'impression que le Général est à la barre parce qu'il incarne le pouvoir de Blaise Compaoré, ex-président du Faso.

L'avocat invite les uns et les autres à prendre leur mal en patience, car on ne juge pas Blaise Compaoré pour le moment.

Me Mathieu Somé, un autre conseil du Général, déplore que la chambre de contrôle de l'instruction n'ait rien contrôlé ; elle n'a pas confronté les accusés, dit-il. Il fait observer que le putsch date du 17 septembre 2015 et la déclaration du CND a été travaillée avec la hiérarchie militaire, les médiateurs nationaux.

Il note, à l'attention du président du tribunal, que « personne ne doit vous utiliser pour régler ses comptes politiques ». Me Jean Dégli, un des conseils du Général, déplore que la partie civile s'emploie à chercher à établir la culpabilité des accusés, à jouer le rôle du parquet alors que la partie civile ne requiert pas, n'instruit pas et « défend les errements de procédures inadmissibles ».

« Quelle disposition du code de procédure permet-elle à la partie civile de défendre, de soutenir le parquet et l'instruction ? » s'interroge l'avocat qui estime que l'instruction a été menée uniquement à charge. Il soutient que la partie civile a affirmé des choses sur la base d'éléments qu'on ne voit nulle part.

« Lorsqu'on se rend dans un tribunal, on oublie les clichés », dit-il, avant de demander en ces termes : « Au nom de quoi la vérité du Général n'est pas vérité et celle de la hiérarchie militaire et des co-accusés l'est ? ». On a déclaré la culpabilité du Général sur l'atteinte révérencielle, selon l'avocat.

Il souligne qu'on n'est pas là pour demander au Général d'apporter la preuve de son innocence et jusque-là, dit-il, il reste un présumé innocent.

« J'ai eu droit à une plaidoirie, à des réquisitoires qui ne devaient pas sortir de la bouche de ceux qui les prononcent, il ne manquait que la proclamation de la peine », déplore-t-il. L'audition du Général se poursuit le 10 décembre 2018.

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