10 Décembre 2018

Ile Maurice: Huawei dans la tourmente - Maurice à risque avec ses 4 000 caméras intelligentes ?

Maurice a-t-il des inquiétudes à se faire après l'arrestation de Meng Wanzhou, la directrice financière et fille du fondateur de Huawei, le 1er décembre, au Canada ? Cette affaire a propulsé le géant chinois des télécoms et numéro deux mondial des smartphones après Samsung, au cœur de l'actualité internationale.

Le marché mauricien est notamment inondé des smartphones Huawei mais, plus important, cette société est le partenaire de la police pour le faramineux projet Safe City (ou plutôt Safe Island). Projet qui comprend une surveillance vidéo accrue avec l'installation, déjà enclenchée d'ailleurs à Constance, Mon-Loisir, Verdun, Arsenal, Curepipe, entre autres, de 4 000 caméras intelligentes. Initialement, 2 000 endroits sont concernés à travers le pays.

Officiellement, les États-Unis reprochent à Huawei d'avoir exporté des produits d'origine américaine en Iran, violant ainsi le régime de sanctions contre ce pays. Sauf que l'affaire va plus loin que cela. Le colosse de la téléphonie, dont le fondateur est un ancien membre de l'armée chinoise, est en fait soupçonné d'être «une branche du groupe de renseignement» chinois.

Ses tentatives d'entrer sur le marché américain ont échoué depuis 2007. Une loi fédérale interdit également aux responsables gouvernementaux et militaires d'utiliser des appareils construits par Huawei. Cette méfiance grandissante envers le géant de Shenzhen a gagné d'autres pays.

À Maurice, Mauritius Telecom (MT) s'est associée à Huawei pour la réalisation du projet Safe City. La société d'État s'est vu offrir un contrat estimé à Rs 19 milliards sur les 20 prochaines années à ces fins. Le gouvernement s'est porté garant pour un premier prêt de 13 millions de dollars (Rs 450 millions dépendant du taux de change) qu'a contracté MT auprès de l'Export Import (EXIM) Bank of China.

«Écoutes téléphoniques»

Officiellement au Parlement, très peu d'informations ont transpiré de ce projet. C'est plutôt sur le site Internet de Huawei que le responsable du projet à la police, le Deputy Commissioner of Police Krishna Jhugroo, s'est exprimé. Dans une vidéo, celui qui préside le Monitoring Committee ainsi que le Steering Committee du Safe City Project fait valoir que c'est un des outils que le gouvernement veut introduire pour faire de Maurice un pays plus sûr.

Il apporte des détails additionnels sur les nouveaux équipements. Ainsi, en outre des 4 000 caméras, la police sera équipée de 5 000 radio communication systems, dont 4 500 mobiles. Un centre de commande et de contrôle, un Traffic Monitoring Centre et sept Sub Command Centres seront également construits.

«Ces caméras sont comparables aux équipements onéreux qu'achète le gouvernement pour le National Security Service de la police et qui sont détournés pour le besoin d'écoutes téléphoniques des opposants politiques», fait pour sa part valoir Xavier-Luc Duval, leader de l'opposition. S'il concède qu'il n'y a pas de doute que les caméras intelligentes qu'installe Huawei auront un effet sur la criminalité, le revers de la médaille est, pour lui, «dangereux».

Xavier-Luc Duval croit savoir que les équipements sont dotés d'un logiciel qui permet de retracer les mouvements d'une personne à partir d'une plaque d'immatriculation ou d'une photo numérique - le chef de l'opposition précise ici que la carte d'identité biométrique permet déjà d'avoir une banque d'images numériques. «Dans une campagne électorale, cela peut servir à surveiller les opposants politiques ou n'importe qui d'autre pour savoir où ils se rendent et contrôler ce qui se passe. C'est plus dangereux que les empreintes digitales», s'insurge Xavier-Luc Duval.

Ces inquiétudes, en sus de la méfiance de plusieurs pays envers Huawei, ont-elles des raisons d'être sur notre territoire ? Nous avons posé la question à la branche mauricienne du géant chinois. Voici ce que nous a fait parvenir le quartier général pour la région. «(... ) L'entreprise n'a reçu que très peu d'information sur les accusations et n'a pas connaissance d'actes répréhensibles de la part de Mme Meng. L'entreprise croit que les systèmes juridiques canadien et américain parviendront à une conclusion juste»

Huawei non grata

L'Inde, la Nouvelle-Zélande et l'Australie ont fermé la porte à Huawei. Vendredi, le Japon a annoncé à son tour qu'il bannit l'utilisation de ses équipements. Dans un article publié samedi et intitulé «The giant that no one trusts: why Huawei's history haunts it», «The Guardian» rappelle qu'au Royaume-Uni, s'il n'y a aucune interdiction officielle, il demeure que BT a exclu les infrastructures du groupe chinois de son déploiement du 5G, en sus d'avoir déjà retiré quelques-uns de ses équipements du réseau 4G.

Le vice-président de la Commission européenne Andrus Ansip, s'est lui aussi exprimé sur cette affaire, vendredi. Pour lui, l'Union européenne devait «s'inquiéter» du géant des télécoms et d'autres entreprises chinoises de technologies à cause des risques qu'ils font courir en matière de sécurité.

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