11 Décembre 2018

Congo-Kinshasa: Hier à Oslo (Norvège) - Remise du Prix Nobel de la Paix à Mukwege et Murad

Photo: The Lutheran World Federation/Fliker
Dr Denis Mukwege, fondateur de l'Hôpital Panzi à Bukavu (RDC)
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« ... Mon pays est systématiquement volé avec ceux qui prétendent nos dirigeants. Cela fait 20 ans où, jour pour jour, je vois violences, je vois les bébés, les filles ainsi que femmes violées..C'est difficile... Au lieu de dérouler le tapis rouge pour eux, il serait d'ailleurs mieux de mettre une ligne rouge ..», a avec colère le Dr Denis Mukwege, à l'occasion de la réception du Nobel de la Paix 2018, en compagnie de l'Irakienne Murad, hier 10 décembre 2018. Connu mondialement comme «le réparateur des », ses mérites ont été reconnus après un travail de longue réalisé au profit des femmes victimes des violences sexuelles liées la guerre à l'Est de la République Démocratique du Congo.

Il a, à la même occasion, retracé le tableau sombre de la dramatique que vivent des milliers de femmes et filles dans ce coin Congo. Or, depuis quelques années, la même situation est vécue d'autres provinces du pays et même dans d'autres Etats comme République Centrafricaine, le Sud-Soudan, la Somalie, le Mali, Niger, le Nigeria, etc.

C'est en marge de la célébration du 70ème anniversaire de la « Déclaration Universelle des Droits Humains » que ladite était organisée à la mairie d'Oslo, en Norvège.

La présidente du Comité Nobel Norvégien, Berit Reiss-Anders, qui remis aux deux lauréats, Denis Mukwege et Nadia Murad, le "Prix de la Paix 2018"déclarant en substance que : « le comité Norvégien a décidé que le Prix Nobel de la Paix 2018 sera décerné Denis Mukwege et Nadia Murad pour leur lutte contre la sexuelle utilisée comme arme en période de conflit armé. Leur commune peut se résumer en trois simples points: - le viol et violences sexuelles sont une arme inacceptable dans tous les armés ; -le viol systématique comme élément d'une stratégie en période de conflit armé est un crime de guerre ; et responsables de crimes de guerre doivent être punis et leur doit cesser ».

De son côté, Nadia Murad a eu ces mots : « les responsables violences sexuelles et des enfants Yéridis ne sont pas condamnés. Le seul prix qui vaut : c'est la Justice et la des criminels. Aucune récompense ne peut récompenser notre peuple.

Seules la justice et la protection peuvent garantir la paix à peuple... Dire non au génocide... oui à la paix ! Non à l'esclavage ... à la liberté ! Non à l'exploitation des filles et des femmes ... oui la liberté ! ».

LE MESSAGE DU DR MUKWEGE

Vos Majestés, Vos Altesses Royales, Excellences, Distingués du Comité Nobel, Chère Madame Nadia Murad, Mesdames et Messieurs, de la paix, C'est au nom du peuple congolais que j'accepte le Nobel de la Paix. C'est à toutes les victimes de violences sexuelles travers le monde que je dédie ce prix.

C'est avec humilité que je me présente à vous portant haut la voix victimes des violences sexuelles dans les conflits armés et espoirs de mes compatriotes.

Je saisis cette occasion pour remercier tous ceux qui pendant années ont soutenu notre combat. Je pense, en particulier, organisations et institutions des pays amis, à mes collègues, à famille et à ma chère épouse, Madeleine.

Je m'appelle Denis Mukwege. Je viens d'un des pays les plus riches la planète. Pourtant, le peuple de mon pays est parmi les plus du monde.

La réalité troublante est que l'abondance de nos naturelles - or, coltan, cobalt et autres minerais stratégiques -

alimente la guerre, source de la violence extrême et de la abjecte au Congo.

Nous aimons les belles voitures, les bijoux et les gadgets. J' moi-même un smartphone. Ces objets contiennent des minerais qu' trouve chez nous. Souvent extraits dans des conditions inhumaines de jeunes enfants, victimes d'intimidation et de violences sexuelles.

En conduisant votre voiture électrique, en utilisant votre ou en admirant vos bijoux, réfléchissez un instant au coût humain la fabrication de ces objets.

En tant que consommateurs, le moins que l'on puisse faire d'insister pour que ces produits soient fabriqués dans le respect la dignité humaine.

Fermer les yeux devant ce drame, c'est être complice. Ce ne sont seulement les auteurs de violences qui sont responsables de crimes, mais aussi ceux qui choisissent de détourner le regard.

Mon pays est systématiquement pillé avec la complicité des gens prétendent être nos dirigeants. Pillé pour leur pouvoir, leur et leur gloire. Pillé aux dépens de millions d'hommes, de femmes d'enfants innocents abandonnés dans une misère extrême... tandis que bénéfices de nos minerais finissent sur les comptes opaques d' oligarchie prédatrice.

Cela fait vingt ans, jour après jour, qu'à l'hôpital de Panzi, vois les conséquences déchirantes de la mauvaise gouvernance du pays.

Bébés, filles, jeunes femmes, mères, grands-mères, et aussi hommes et les garçons, violés de façon cruelle, souvent en public en collectif, en insérant du plastique brûlant ou en introduisant objets contondants dans leurs parties génitales.

Je vous épargne les détails. Le peuple congolais est humilié,

maltraité et massacré depuis plus de deux décennies au vu et au su la communauté internationale.

Aujourd'hui, grâce aux nouvelles technologies de l'information et la communication, plus personne ne peut dire : je ne savais pas.

Avec ce prix Nobel de la Paix, j'appelle le monde à être témoin et vous exhorte à vous joindre à nous pour mettre fin à cette qui fait honte à notre humanité commune.

Les habitants de mon pays ont désespérément besoin de la paix.

Mais : Comment construire la paix sur des fosses communes ? construire la paix sans vérité ni réconciliation ?

Comment construire la paix sans justice ni réparation ? Au même où je vous parle, un rapport est en train de moisir dans tiroir d'un bureau à New York. Il a été rédigé à l'issue d'une professionnelle et rigoureuse sur les crimes de guerre et violations des droits humains perpétrés au Congo. Cette enquête explicitement des victimes, des lieux, des dates mais élude auteurs.

Ce Rapport du Projet Mapping établi par le Haut-Commissariat Nations Unies aux Droits Humains, décrit pas moins de 617 crimes guerre et crimes contre l'humanité et peut-être même des crimes génocide.

Qu'attend le monde pour qu'il soit pris en compte ? Il n'y a pas paix durable sans justice. Or, la justice ne se négocie pas.

Ayons le courage de jeter un regard critique et impartial sur événements qui sévissent depuis trop longtemps dans la région Grands Lacs.

Ayons le courage de révéler les noms des auteurs des crimes l'humanité pour éviter qu'ils continuent d'endeuiller cette région.

Ayons le courage de reconnaître nos erreurs du passé.

Ayons le courage de dire la vérité et d'effectuer le travail de mémoire.

Chers compatriotes congolais, ayons le courage de prendre destin en main. Construisons la paix, construisons l'avenir de pays, ensemble construisons un meilleur avenir pour l'Afrique.

Personne ne le fera à notre place.

Mesdames et Messieurs, Amis de la paix,

Le tableau que je vous ai brossé offre une réalité sinistre. permettez-moi de vous raconter l'histoire de Sarah.

Sarah nous a été référée à l'hôpital dans un état critique. village avait été attaqué par un groupe armé qui avait massacré sa famille, la laissant seule.

Prise en otage, elle a été emmenée dans la forêt. Attachée à arbre. Nue. Tous les jours, Sarah subissait des viols jusqu'à ce qu'elle perde connaissance.

Le but de ces viols utilisés comme armes de guerre étant de Sarah, sa famille et sa communauté. Bref détruire le tissu social.

À son arrivée à l'hôpital, Sarah ne pouvait ni marcher ni même debout. Elle ne pouvait pas retenir ni ses urines ni ses selles.

A cause de la gravité de ses blessures génito-urinaires et couplées à une infection surajoutée, personne ne pouvait qu'elle serait un jour en mesure de se remettre sur ses pieds.

Pourtant, chaque jour qui passait, le désir de continuer à brillait dans les yeux de Sarah. Chaque jour qui passait, c'était qui encourageait le personnel soignant à ne pas perdre espoir. jour qui passait, Sarah se battait pour sa survie.

Aujourd'hui, Sarah est une belle femme, souriante, forte et charmante.

Sarah s'est engagée à aider les personnes ayant survécu à histoire semblable à la sienne.

Sarah a reçu cinquante dollars américains, une allocation que maison de transit Dorcas accorde aux femmes souhaitant leur vie sur le plan socioéconomique.

Aujourd'hui, Sarah dirige sa petite entreprise. Elle a acheté terrain. La Fondation Panzi l'a aidée avec des tôles pour faire toit. Elle a pu construire une maison. Elle est autonome et fière.

Son histoire montre que même si une situation est difficile et désespérée, avec la détermination, il y a toujours de l'espoir au du tunnel.

Si une femme comme Sarah n'abandonne pas, qui sommes-nous pour le faire ?

Ceci est l'histoire de Sarah. Sarah est Congolaise. Mais il y a Sarah en République Centrafricaine, en Colombie, en Bosnie, Myanmar, en Iraq et dans bien d'autres pays en conflit dans le monde.

A Panzi, notre programme de soins holistiques, qui comprend soutien médical, psychologique, socioéconomique et juridique, que, même si la route vers la guérison est longue et difficile, victimes ont le potentiel de transformer leur souffrance en pouvoir.

Elles peuvent devenir des actrices de changement positif dans société. C'est le cas déjà à la Cité de la Joie, notre centre réhabilitation à Bukavu où les femmes sont aidées pour reprendre destin en main.

Cependant, elles ne peuvent pas y arriver seules et notre rôle est les écouter, comme nous écoutons aujourd'hui Madame Nadia Murad.

Chère Nadia, votre courage, votre audace, votre capacité à donner espoir, sont une source d'inspiration pour le monde entier pour moi personnellement.

Le prix Nobel de la Paix qui nous est décerné aujourd'hui n'aura valeur réelle que s'il peut changer concrètement la vie des de violences sexuelles de par le monde et contribuer à ramener la dans nos pays.

Alors, que pouvons-nous faire ? Que pouvez-vous faire ? Premièrement,

c'est notre responsabilité à tous d'agir dans ce sens. Agir c'est choix. C'est un choix:

- d'arrêter ou non la violence à l'égard des femmes,

- de créer ou non une masculinité positive qui promeut l'égalité sexes, en temps de paix comme en temps de guerre.

C'est un choix :

- de soutenir ou non une femme,

- de la protéger ou non,

- de défendre ou non ses droits,

- de se battre ou non à ses côtés dans les pays ravagés par le conflit.

C'est un choix : de construire ou non la paix dans les pays en conflits.

Agir, c'est refuser l'indifférence.

S'il faut faire la guerre, c'est la guerre contre l'indifférence ronge nos sociétés.

Deuxièmement, nous sommes tous redevables vis-à-vis de ces femmes de leurs proches et nous devons tous nous approprier ce combat ; compris les États qui doivent cesser d'accueillir les dirigeants ont toléré, ou pire, utilisé la violence sexuelle pour accéder pouvoir.

Les États doivent cesser de les accueillir avec le tapis rouge plutôt tracer une ligne rouge contre l'utilisation du viol comme de guerre.

Une ligne rouge qui serait synonyme de sanctions économiques,

politiques et de poursuites judiciaires.

Poser un acte juste n'est pas difficile. C'est une question de politique.

Troisièmement, nous devons reconnaître les souffrances survivantes de toutes les violences faites aux femmes dans conflits armés et les soutenir de façon holistique dans leur de guérison.

J'insiste sur les réparations ; ces mesures qui leur compensation et satisfaction et leur permettent de commencer nouvelle vie. C'est un droit humain.

J'appelle les États à soutenir l'initiative de la création d'un global de réparation pour les victimes de violences sexuelles dans conflits armés.

Quatrièmement, au nom de toutes les veuves, tous les veufs et orphelins des massacres commis en RDC et de tous les Congolais de paix, j'appelle la communauté internationale à enfin considérer Rapport du Projet « Mapping » et ses recommandations.

Que le droit soit dit. Cela permettrait au peuple congolais d' pleurer ses morts, faire son deuil, pardonner ses bourreaux, sa souffrance et se projeter sereinement dans le futur. Finalement,

après vingt ans d'effusion de sang, de viols et de massifs de population, le peuple congolais attend l'application de la responsabilité de protéger les populations lorsque leur gouvernement ne peut ou ne veut pas le faire. Il d'explorer le chemin d'une paix durable.

Cette paix passe par le principe d'élections libres, transparentes, crédibles et apaisées.

« Au travail, peuple congolais ! » Bâtissons un État où gouvernement est au service de sa population. Un État de droit, émergent, capable d'entraîner un développement durable et harmonieux, non seulement en RDC mais dans toute l'Afrique. Bâtissons un État toutes les actions politiques, économiques et sociales sont sur l'humain et où la dignité des citoyens est restaurée.

Vos Majestés, Distingués membres du Comité Nobel, Mesdames Messieurs, Amis de la paix, Le défi est clair. Il est à notre portée.

Pour les Sarah, pour les femmes, les hommes et les enfants du Congo, je vous lance un appel urgent de ne pas seulement nous remettre Prix Nobel de la Paix mais de vous mettre debout et de dire et à haute voix : « La violence en RDC, c'est assez ! Trop c'est ! La paix maintenant ! »

Je vous remercie.

Denis Mukwege

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