Madagascar: Le secret des baobabs - Le dernier espoir d'une forêt en danger

communiqué de presse

Notre véhicule à quatre roues motrices s'arrête, soulevant des nuages de poussière alors que nous nous enfonçons dans la chaleur de cette journée. Zoemana et ses compagnons rangers se précipitent à toute vitesse vers une colonne de fumée au loin.

Nous nous ruons sur nos caméras et les suivons, mais après avoir parcouru une centaine de mètres, ils sont de retour, à bout de souffle, imperturbables, des nuages de cendres s'élevant à chacun de leurs pas.

« Quatre hommes », lâche Zoemana. « Disparus. »

Le secret des baobabs : le dernier espoir d'une forêt en danger

Le bruit du moteur de notre voiture nous a trahi. Bien que la proie des rangers leur ait peut-être échappé - du moins pour le moment - les traces de leur méfait sont indéniables : une vaste étendue de terre brûlée, où seules des souches carbonisées et des bûches fumantes, des coquilles d'escargots géants, cuites à blanc dans la cendre sont les seuls signes de la vie que cette parcelle de forêt abritait il y a quelques jours à peine.

À seulement 20 kilomètres au nord de l'emblématique avenue des Baobabs de Madagascar, se trouve la ligne de front de la lutte contre la déforestation qui a lieu dans l'ouest du pays : un jeu du chat et de la souris quotidien, parfois mortel, entre les gardes forestiers de Menabe et les adeptes de la culture sur brûlis qui endommagent la plus grande forêt sèche de l'ouest de Madagascar.

« En tant que rangers, nous avons parfois peur d'être tués », explique Zoemana. « Nous tentons de protéger la forêt, mais d'autres veulent tirer profit de la forêt. Nous avons peur pour nos propres vies à cause de l'insécurité. Ce n'est pas facile pour nous de faire notre travail. »

Le secret des baobabs

De retour sur la route, Steeves Buckland regarde fixement par la fenêtre alors que des kilomètres de terres abandonnées défilent.

Ici, comme dans une grande partie de l'aire protégée de Menabe Antimena, d'une superficie de 210 000 hectares, les baobabs sont les seuls arbres restants, leurs troncs enflés et leurs couronnes squelettiques et leurs branchages desséchés se dressent en relief au-dessus de la terre rouge et sèche.

« Les gens regardent les baobabs et les trouvent beau, mais je ne trouve pas... Je me dis "Si seulement vous pouviez voir que cela signifie que tout ce qui les entourait a disparu", dit-il. « Ces terres ont littéralement été exploitées à mort. »

Steeves Buckland est responsable de la conservation et de la recherche sur les espèces au Durrell Wildlife Conservation Trust à Madagascar, organisation qui existe depuis plus de 30 ans et qui œuvre pour la conservation des espèces menacées et endémiques de Menabe.

Elle est partenaire d'ONU Environnement et du World Resources Institute et les gouvernments de Madagascar et de Géorgie pour le projet soutenu par Global Forest Watch et financé par le Fonds pour l'environnement mondial (FEM).

Malgré des années de travail menées par l'organisation Durrell et leurs partenaires, l'avenir s'annonce difficile pour les forêts de Menabe. Steeves Buckland et son équipe estiment qu'en 2018, près de 50 hectares de forêt sont perdus chaque jour à cause de l'exploitation forestière et de l'agriculture.

Les projections varient, mais si la déforestation continue de s'accélérer à la vitesse actuelle, Steeves Buckland craint que la totalité de la forêt ne disparaisse en l'espace de six ans à peine.

« Ce serait tragique », affirme Steeves Buckland. « C'est l'un des derniers vestiges de forêt sèche de l'ouest de Madagascar.

Il y a deux sites Ramsar ici, qui abritent 128 espèces d'oiseaux, 49 reptiles, 16 amphibiens, huit espèces de lémuriens, plus de 200 espèces d'arbres et trois espèces [le Pyxide à queue platte, le Microcèbe de Mᵐᵉ Berthe et le sauteur géant de Madagascar qui ne sont présents que dans cette zone de Menabe Antimena. »

En plein tempête

À bien des égards, Menabe Antimena se trouve en pleine tempête : la pauvreté, les migrations, les changements climatiques accompagnés d'une situation politique fragile se combinent et poussent la forêt au bord de la destruction.

Madagascar est l'un des pays les plus pauvres du monde, classé au 161ème rang de l'indice de développement humain des Nations Unies. Plus de 75% des 26 millions d'habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

C'est également l'un des pays les plus menacés par les changements climatiques, classé troisième sur la liste des pays de la Banque mondiale les plus vulnérables à la fréquence et à l'intensité des tempêtes en raison du réchauffement planétaire.

Madagascar ne bénéficie de précipitations qu'irrégulières et est victime de sécheresses de plus en plus graves. La population de Madagascar en paie un lourd tribut alors que plus de 80% des malgaches dépendent directement de l'agriculture pour survivre.

Menabe Antimena est une zone protégée depuis 2007, cependant, pas moins de 50 000 personnes vivent dans des établissements situées à proximité de la réserve.

Cette population ne cesse de croître alors que de plus en plus de migrants se déplacent vers le nord, poussés par la dégradation de l'environnement, la sécheresse et le risque de famine dans le sud du pays.

Le riz était autrefois la culture de base dans le Menabe, complétée par des tubercules, du miel sauvage et d'autres produits forestiers, mais le climat de plus en plus sec et les sources d'eau épuisées ont poussé les agriculteurs à adopter des cultures alternatives, telles que le manioc, le maïs et les arachides, et d'autres migrants dépourvus de terres se sont trop souvent tournés vers la forêt pour se nourrir et nourrir leur famille.

Même cela constitue une solution à court terme, et les rendements sont décroissants. Une fois les terres sèches défrichées, les arbres coupés et les sous-bois brûlés pour créer un espace de culture, le maïs est souvent planté pendant un an ou deux, suivi par les arachides, en raison du lessivage des nutriments et de la dégradation de la qualité du sol. En cinq ans à peine, la terre n'a plus rien à donner, les agriculteurs partent et le cycle de destruction se poursuit.

C'est un problème épineux, illustrant les tensions entre conservation et développement à Madagascar, mais les défenseurs de l'environnement et les dirigeants locaux reconnaissent que l'application continue des lois empêchant l'exploitation de la forêt ainsi que la sensibilisation et l'éducation de la communauté constituent le seul espoir pour la survie de l'aire protégée.

« La responsabilité de la préservation de la forêt revient aux populations locales », affirme Frause, le président du village de Marofandilia en marge de la zone protégée. « Mais si les associations et les rangers ne garantissent pas le respect de la préservation de la forêt, on peut s'attendre à ce qu'elle soit totalement détruite d'ici une décennie. »

Problèmes locaux, solutions globales

Le temps presse pour la forêt de Menabe, mais la lutte pour son avenir est loin d'être terminée.

Dans une salle de classe au murs de tôle ondulée du village de Beroboka, 20 gardes du comité de protection et de contrôle des zones protégées se regroupent autour de tablettes pendant que le technicien de Durrell et le résident local Fefe les accompagnent dans le processus de création et de réaction aux alertes relatives aux menaces qui pèsent sur la forêt et le défrichement illégal résultant des feux de forêt grâce à une application créée par le projet Global Forest Watch.

Pour les gardes forestiers, cette nouvelle technologie implique des temps de réponse réduits et des chances beaucoup plus importantes d'intercepter les auteurs d'abattage illégal et de défrichage.

« Je crois fermement que ce soutien technologique contribuera à réduire les pressions exercées sur la forêt », a déclaré Fefe. « Auparavant, le Comité de protection et de contrôle des zones protégées venait vérifier les zones protégées quatre fois par mois, mais grâce aux informations fournies par ce système, il se déplace ici quatre fois par semaine. »

Les données en temps quasi réel sur l'état de la forêt et les menaces émergentes auxquelles elle fait face fournies par le système sont également combinées à des données satellitaires sur les tendances de la déforestation par le biais de la plateforme Global Forest Watch.

« La plate-forme permet un accès libre à des informations précises et actualisées sur la couverture forestière et les modifications de l'utilisation des terres, qu'il s'agisse des décideurs ou des organisations de protection de la nature, des journalistes et du secteur privé », a déclaré Johan Robinson, responsable du portefeuille ONU Environnement pour la biodiversité et la dégradation des terres. « Rendre cette information accessible au public est un grand pas en avant pour améliorer l'efficacité et la transparence de la gouvernance forestière de Madagascar. »

« L'objectif principal est de fournir au gouvernement des outils pour mieux assurer la gestion de la forêt », déclare Lucienne Wilmé, coordinatrice nationale de l'Institut des ressources mondiales pour Madagascar.

« La surpopulation est la principale menace à laquelle fait face la biodiversité à Madagascar et dans le monde entier. Nous ne pouvons pas empêcher la croissance démographique ici, mais nous pouvons aider à fournir les données nécessaires pour assurer que la forêt soit gérée de manière durable face à cette croissance. »

« En combinant des informations issues de sources multiples et des « données volumineuses » sur une seule et même plateforme, facilement accessible et compréhensible, Global Forest Watch aide le gouvernement de Madagascar et les organisations non gouvernementales de conservation locale à améliorer la gestion et la planification de l'utilisation des terres, à conserver la biodiversité et à protéger les services écosystémiques fournis par la forêt aux populations locales. »

« Madagascar ne s'attend pas à ce que le monde les aide, ils veulent s'aider eux-mêmes », déclare Lucienne Wilmé, « Nous ne faisons que fournir les outils. »

Le dernier espoir d'une forêt en danger

Depuis que le ministère de l'Environnement, de l'Écologie et des Forêts de Madagascar, les autorités gouvernementales régionales et les organisations de conservation locales désormais associées au projet utilisent les données de Global Forest Watch pour la planification de l'utilisation des sols et la gestion des forêts, Menabe Antimena et ses zones menacées, un espoir émerge pour Menabe Antimena et ses espèces menacées.

Il s'agit d'une première technologique de Global Forest Watch à Menabe qui en est encore à ses débuts, mais alors que nous nous asseyons à l'ombre du bureau des rangers à la lisière de la forêt et que les ombres des baobabs s'allongeant dans le soleil de l'après-midi, Fefe se montre prudemment optimiste pour l'avenir.

« Je peux dire que je suis fier de ce que j'ai accompli jusqu'à présent, malgré la difficulté de notre travail. Sauver la forêt n'est pas facile, mais tout le monde ici peut voir les fruits de nos réalisations », déclare-t-il.

« Ce que je crains le plus, c'est la perte totale des forêts de Menabe, tout simplement parce que les forêts sont les poumons de la terre, et que ni les animaux ni les hommes ne peuvent respirer sans leurs poumons. »

Le projet Global Forest Watch 2.0 est une initiative de trois ans visant à mettre en place un système mondial de surveillance des forêts et d'alerte à la déforestation en temps quasi réel afin d'appuyer la conservation des forêts, l'application de la loi et l'élaboration de politiques.

Le projet bénéficie du soutien du Fonds pour l'environnement mondial, il est mis en œuvre par ONU Environnement sous la coordination de l'Institut des ressources mondiales, du Ministère de l'environnement, de l'écologie et des forêts de Madagascar et du Ministère de la protection de l'environnement et de l'agriculture de Géorgie.

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