11 Décembre 2018

Cote d'Ivoire: Yacouba Kéita va révolutionner le son d'Eburnie

Depuis son studio d'enregistrement à la Riviera Génie 2000 où il a pris ses quartiers, le fils de l'autre sort des trésors sonores. Rencontre.

Ce n'est certainement pas un hasard si c'est la cité déclarée la meilleure cité résidentielle du pays, lauréate du prix d'excellence alliant beauté, excellence et propreté qu'il faut se rendre pour le rencontrer.

Kéita, Yacouba Kéita y a posé ses valises dans l'une des 345 villas construites sur 20 ha. Tout comme Génie 2000, la cité cas d'école à copier, ce qu'il y fait est à copier. Il quête le beau, l'excellence et la salubrité sonore.

Le tout dans une totale discrétion. Quand il accepte d'ouvrir sa villa, apparaissent des enceintes de marques, hyperpuissantes capables de sonoriser le stade Houphouët-Boigny et sa centaine de mélomanes qui l'assiègent lors des instants extra footballistiques.

Apparaissent aussi des micros sophistiqués capables d'aspirer et traduire fidèlement un son à une vingtaine de mètres et estimés à 10 millions l'unité.

Michael Jackson, Cindy Lauper, Pascal Obispo, Zaz, bref les maniaques des sécrétions vocales les utilisent. Apparaissent également 3 grandes lettres WMK. W pour Wilfried son fils, M pour Mawa sa mère et Marie une fille qui compte et Kéita pour lui-même. Pour son auteur de père à qui l'on doit « Nbife » « Mandjou » et des classiques manding.

Ce dernier sera très peu évoqué même s'il faut lui reconnaître la prise en charge de la scolarisation, une décennie durant, pour exercer ce métier. Yacou veut se faire un prénom au lieu de squatter le nom d'un père illustre. Noble.

Mais c'est surtout à un prêtre Louis Frederick que Yacou doit l'impulsion donner à sa trajectoire. Dès l'école primaire, le fis de Mawa Coulibaly originaire de Korhogo, est attiré par les transistors et les appareils électriques. Il les démonte et remonte pour en comprendre le mécanisme de fonctionnement.

La balance d'Alpha Blondy

Lors d'un concert d'Alpha Blondy au stade de Korhogo, le petit garçon est émerveillé par la console, les milliers de boutons, le câblage, le son qui mousse, les rafales de notes et d'accords qui percutent les murs. Il décide de faire ça: « je serai ingénieur de son ». Il s'y essaie un peu seul. Par moment guidé par des Nigérians, principaux activistes dans ce secteur.

Après le Bac, comme il avait pris l'habitude de sonoriser souvent gratuitement les activités de la paroisse du père Louis Frédéric, ce dernier décide de contribuer à l'aider à vivre son rêve.

Il cofinance l'intégration de la prestigieuse Audio School de Brooklyn dans l'ouest de New York. Yacou passe 6 ans dans cet institut de recherche musical et sonore à comprendre, apprendre et défendre le son.

Il est bon ingénieur studio. Ingénieur Live également. Maintenant qu'il sait (presque) tout faire, il remonte sur Paris et expose ses savoir et savoir-faire. Manu Dibango, Paco Séry, pour ne citer que deux monuments ont bénéficié de son expertise pour obtenir un son à l'abri de reproches.

Un, deux, puis six studios sont montés par lui à Grenoble, Paris et un peu partout dans le monde. Manquait à l'appel la plaque tournante certes mais davantage le pays natal. Yacou revient et s'installe à Abidjan. Pourquoi ? « Parce que tout est ici.

La Côte d'Ivoire regorge d'incroyables talents » parole d'ingénieur son et musicien. Joignant l'acte à la parole. Il arrive en juin, repère un talent en la personne de Seba, transfuge ou rescapé (c'est selon) du groupe Zouglou Makers auteur du tube tropical Djamo Djamo.

Du zouglou, Yacou n'en a pas conception tropicale. Alors après des semaines de résidence d'écriture avec ses amis, Seba boucle des titres.

Il est fier du produit. Pas Yacou car ce résultat définitif pour mélomanes indulgents est de l'avis du perfectionniste, le point de départ du travail. Plusieurs mois plus tard, Yacou monte le volume et nous fait découvrir.

Nos oreilles gourmandes sont envahies de violon, violoncelle, d'accords de piano (lisons bien piano et non clavier), de sections cuivre (sax tenor, trombone, trompette) basse, d'instruments entièrement exécutés en live.

Jouissif mais stupéfiant. Le résultat à certains passages de musique fait penser à Earl klugh ou Barry White. A d'autres, à toutes les musiques élaborées. Ôtées, toutes les aspérités. Rien n'est dénaturé pour autant.

Demeurées intactes, les inflexions vocales et les thèmes chers au Zouglou: l'amour d'une moitié en partance avec Kanou (amour en Dioula). Dans Wehi, Seba chante l'argent qui divise. Avec "On est dedans seulement", les amoureux des percu en auront pour le compte.

Du Lékiné intelligent. Le moins qu'on puisse dire, c'est que Yacou sait où il va et entend sortir des produits de dimension internationale, compétitifs.

Ce qui est différent des tubes à succès. Le succès est loin d'être gage de qualité surtout en ces temps d'imposture artistique. La sortie du premier produit de WMK est prévue pour le premier trimestre 2019. Une œuvre d'art ? Quelle question...

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