11 Décembre 2018

Congo-Kinshasa: Avant même de partir, Kabila prépare son retour

Écarté de la présidentielle du 23 décembre, le président congolais n'exclut pas de se représenter dans cinq ans après une transition idéalement assurée par son dauphin Emmanuel Ramazani Shadary.

Au cours d'une interview accordée dimanche à des médias américains, Joseph Kabila n'a pas exclu de se représenter à l'élection présidentielle de 2023.

"Pourquoi ne pas attendre 2023 pour envisager les choses? Dans la vie comme en politique, je n'exclus rien", a lancé le président en réponse à une question relative à son avenir politique.

Une pause de cinq ans

En clair, après l'alternance qui doit intervenir le 12 janvier 2019, Joseph Kabila n'ira peut-être à la retraite que pour cinq ans, avant de briguer à nouveau la magistrature de son pays en 2023. Une aspiration légale, selon le politologue Mwayila Tshiyembe.

"Si, comme maintenant, il vient de respecter la Constitution, il redevient un citoyen normal. Au bout de cinq ans, rien ne lui interdit de se présenter aux élections. Et s'il est élu, c'est légal."

L'économiste Monique Mukuna Mutombo, qui a d'ailleurs failli elle aussi se présenter à la présidentielle, estime pour sa part que le président sortant a bien conçu sa stratégie de conservation du pouvoir.

"Ce chaos qui est en train d'être organisé, c'est une façon de dire : écoutez, quand moi j'étais là, il y avait le calme et si vous voulez encore le calme, il faut revenir chez moi", affirme Monique Mukuna Mutombo.

Selon elle, Joseph Kabila n'a pas choisi son moment par hasard : "C'est pour un peu déboussoler tout le monde, pour nous faire comprendre que ces élections qu'il est en train d'organiser sont juste pour revenir plus tard sur la scène politique."

"Le peuple congolais n'est pas dupe"

Plus incisif, le secrétaire général adjoint du Mouvement de libération du Congo, MLC, affirme que les Congolais ne veulent plus d'une autre gouvernance Kabila, après l'alternance qu'ils appellent de leurs vœux.

"Shadary (Emmanuel Ramazany, le candidat de la majorité présidentielle, ndlr), c'est une transition pour lui permettre de s'organiser et revenir", affirme Maître Alexis Lenga wa Lenga.

"C'est pour cette raison que tout est mis en œuvre pour que l'alternance ne puisse pas se réaliser en République démocratique du Congo. Et nous disons que le 2023 de Kabila constitue un simple rêve. Parce que le peuple congolais n'est pas dupe."

Les déclarations du président Kabila relancent une nouvelle polémique. Jonas Tshiombela, le coordonnateur de la nouvelle société civile, estime que l'actuelle constitution de la RDC est muette sur la possibilité pour un ancien président de la République d'être à nouveau candidat, après un intermède d'un mandat.

L'Union européenne a pour sa part annoncé hier (10 décembre) la prolongation pour un an des sanctions contre quatorze personnalités du régime.

Parmi elles, Emmanuel Ramazani Shadary, le dauphin désigné par le président congolais sortant pour la présidentielle du 23 décembre.

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