11 Décembre 2018

Sénégal: Ressources naturelles - Un expert évoque les enjeux de la télédétection

Dakar — Le développement de la télédétection au Sénégal, compte tenu de la "forte demande", doit passer par une "plus grande collaboration" entre centres de recherche concernés et un "appui conséquent" aux structures techniques relevant de ce domaine, a souligné le chercheur sénégalais Cheikh Mbow, expert en télédétection et sciences de l'environnement.

Il relève, dans un entretien avec l'APS, que le Sénégal ne compte "pas encore une bonne masse critique d'experts pour répondre à une forte demande" en télédétection, science utilisant les satellites d'observation de la terre pour produire des images permettant d'estimer les ressources naturelles et de suivre leur dynamique, précise le chercheur.

Selon lui, un "appui conséquent aux structures techniques" relevant de la télédétection, ainsi qu'à la recherche dans nos universités pourraient aider à combler le retard.

"Le potentiel est là et les outils de plus en plus accessibles et performants. Ce potentiel justement devrait pouvoir prospérer avec le Plan national géomatique qui, regrettablement, n'a pas eu assez de soutien pour donner une pleine mesure à l'essor de la télédétection au Sénégal", a indiqué M. Mbow.

"Une plus grande collaboration entre les centres de recherche devrait permettre d'améliorer le paysage scientifique avec une mutualisation de certains équipements et le partages des outils et méthodes d'investigation", a ajouté le chercheur, qui a enseigné pendant plusieurs années à l'Institut des sciences de l'environnement (ISE) de l'Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar.

Il signale que la formation en télédétection avait commencé au Sénégal "assez tôt dans les années 1980 avec le département de Géographie de l'UCAD. Il s'agit de l'époque où EROS-Data Center de USGS (United States Geological Survey) a initié le programme LANDSAT avec des images de première génération avec une assez bonne résolution spatiale et spectrale".

"C'est d'ailleurs l'époque où la DAT (Direction de l'Aménagement du Territoire), devenu ANAT (Agence Nationale de l'Aménagement du Territoire) a produit avec USGS un document de référence sur la cartographie des ressources naturelles au Sénégal en 1988 déjà", a indiqué M. Mbow.

"Les techniques analogiques utilisées à l'époque, ainsi que les outils de traitement de données étaient assez rudimentaires. Mais déjà un grand effort a été fait pour cartographier les espaces forestiers, agricoles, urbains, etc.", a expliqué professeur Cheikh Mbow.

"Il faut toutefois signaler que ces avancées en télédétection n'ont fait que consolider une longue tradition d'utilisation de la photographie aérienne, notamment avec la DTGC (Direction des Travaux Géographiques et Cartographiques)", souligne t-il.

"'Avec la croissance du numérique autour des années 2000, relève-t-il, une nouvelle génération d'images satellitaires ainsi que le fulgurant développement des logiciels et de l'accès à Internet ont fini par accélérer l'application de la télédétection au Sénégal et en Afrique en général".

Depuis, a-t-il ajouté, la formation des experts en télédétection "s'est beaucoup améliorée" au Sénégal, avec la mise en place du programme CSE (Centre de suivi écologique), à côte de la Direction de l'aménagement du territoire (DAT), du Cadastre et de la DTGC, la Direction des travaux géographiques et cartographiques, perspective ayant "permis de renforcer le paysage institutionnel du Sénégal en matière d'application de la télédétection".

Il y a aussi que l'Université "a mis en place des Laboratoires de recherche comme le LERG (Laboratoire d'Enseignement et Recherche en Géomatique) et le LPA (Laboratoire de Physique de l'Atmosphère)", sans compter plusieurs formations doctorales et masters portant sur les études des ressources naturelles et qui ont introduit des modules de télédétection appliquée, a signalé Cheikh Mbow.

"Mais malgré ces efforts, il n'existe pas encore une formation intégrale en télédétection, elle est toujours incluse dans des formations plus larges comme en géomatique, géographie, génie civile, physique, sciences de l'environnement etc.", a déploré le chercheur.

Il note toutefois que ce que la télédétection peut apporter au Sénégal "est déjà visible", citant l'opérationnalisation du suivi écologique au CSE à travers plusieurs exemples, dont le suivi des feux de brousse, la déforestation et l'agriculture.

De même a-t-il évoqué les données sur les cartes de base (cartes routiers, établissement humains, carte des sols), "les nombreuses applications par le Cadastre, les ressources en eau par la DGPRE, la planification des projets de développement ou la collecte d'information d'ordre sécuritaire", toutes choses qui, "à des degrés divers, appliquent les sciences spatiales pour préparer les informations de planification pour les politiques publiques".

Les domaines d'application de la télédétection demeurent "très variés, explique Cheikh Mbow. Depuis l'espace, on peut caractériser les recoures en eau, les forêts, la dynamique agricole, la production de biomasse, la qualité des sols, etc.".

Il ajoute qu'avec l'usage de la télédétection, les risques "sur ces ressources naturelles comme les feux de brousse, la sècheresse, les inondations peuvent être facilement identifiés et suivis dans le temps".

De la même manière, la télédétection "a permis de révolutionner la collecte d'informations sur le cadastre rural et urbain et permettre un meilleur adressage des établissements humains.

Tout le monde utilise maintenant Google Earth pour retrouver des objets géographiques et ces avancées permettent de mieux planifier l'utilisation de l'espace et des ressources", a conclu Cheikh Mbow.

Le professeur Cheikh Mbiow, actuellement directeur exécutif du Programme START International, basé à Washington, aux Etats-Unis, est le lauréat de l'édition 2018 du "Prix Danida Alumni", qui recompense chaque année un ancien participant au programme de bourses du même nom ayant "contribué considérablement à une transformation positive dans son pays d'origine ou dans son champ d'études".

Ce prix est décerné par le Danida Fellowship Centre, en charge des programmes d'apprentissage de courte durée, des activités de renforcement de compétences et des projets de recherche de l'Agence danoise d'assistance au développement (Danida), une institution autonome du ministère des Affaires étrangères du Danemark.

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