12 Décembre 2018

Cote d'Ivoire: Noël Dourey - « Ce n'est pas à Bédié de battre le tambour pour que des plateformes se mettent en place contre la paix »

interview

Membre du Bureau politique et du Comité des sages du Pdci-Rda, l'artiste-musicien se prononce dans cette interview sur l'actualité politique marquée par le retrait de Bédié de l'Alliance des Houphouétistes et sa volonté de créer une autre plateforme de partis.

Le Pdci-Rda a décidé de quitter le Rhdp. Vous qui, en tant qu'artiste et président des artistes Pdci-Rda pro Rhdp, avez magnifié cette plateforme, quel sentiment vous anime aujourd'hui ?

Quand on contribue à faire naître un bébé, on est obligé de le faire grandir dans de bonnes conditions. C'est notre responsabilité. En 2010, nous avons été témoin de cette coalition qui a donné le pouvoir à Alassane Ouattara. Cela n'a pas été facile.

Mais nous y avons cru. Nous avions un idéal. Celui de faire en sorte que la Côte d'Ivoire se remette de la crise. N'ayant pas été là lors de la création du Rhdp, nous avons été quand même de ceux qui ont porté le Rhdp au pouvoir.

Notamment par la création d'un groupement d'artistes qui a accompagné toutes les missions du rassemblement jusqu'à la victoire finale. Aujourd'hui, il y a des murmures, des bruits qui partent des différentes chapelles politiques.

C'est bien dommage. Il est aussi bon de rappeler que le Rhdp est la voie que les leaders politiques ont choisie de manière sincère.

Partant de cela, nous, artistes partie prenante de cette coalition qui a pris le pouvoir, il est de notre responsabilité d'être là, de la soutenir, de faire en sorte qu'elle ne disparaisse pas. Que le Président de la République, qui en est le président, ait les coudées franches pour que la Côte d'Ivoire aille de l'avant.

Selon vous, quels sont les acquis que peut revendiquer le Rhdp ?

D'abord, il y a la paix, que l'on ne doit pas considérer comme une absence de guerre. C'est dans le vécu qu'il faut mesurer son impact.

Depuis huit ans, partout les Ivoiriens vivent de manière paisible. Les bruits de bottes étaient récurrents entre 2000 et 2010, avec des marches par-ci, par-là, des répressions avec leur lot de morts. Nous étions dans ce qu'on appelle les calculs macabres.

Aujourd'hui, tout cela est loin derrière nous. À part la paix, il y a la stabilité et le travail qui se fait à l'intérieur de cette stabilité. Nous avons des chantiers ouverts, en cours, et qui vont être comptabilisés au moment du bilan.

On dira voilà ce que le Rhdp a réalisé en matière d'infrastructures, en termes de cohésion sociale. Le Président met un point d'honneur à faire en sorte que ses administrés vivent en de bons termes en dépit de leur diversité d'opinions.

À preuve, on a des frères qui rentrent d'exil et qui vont directement voir la ministre de la Cohésion sociale, Mariatou Koné, qui, à son tour, trouve des mots apaisants à leur endroit. C'est de cela que la Côte d'Ivoire a besoin.

En termes d'acquis, je pense que le Rhdp donne les gages de la protection des uns et des autres. Sinon ceux qui sont en exil ne seraient pas rentrés.

Aujourd'hui, on se rend compte que tous ceux qui sont encore en exil, c'est pour des raisons personnelles. Certains ont du boulot là-bas. D'autres y ont refait leur vie. Ce ne sont plus pour des raisons politiques.

Qu'est-ce qui n'a pas marché, selon vous, pour que le Pdci-Rda décide se retirer du Rhdp ?

Non, le Pdci-Rda ne peut pas se retirer. Il le fait en faisant quoi. Le Pdci-Rda ne peut pas se retirer du Rhdp. S'il y en a qui estiment qu'ils n'y trouvent pas leur compte, que l'alliance ne fait pas leur affaire, qu'ils ne prennent pas leurs problèmes personnels pour en faire des problèmes généraux. Ce n'est pas possible.

On dit que le bon Dieu ne donne que ce qu'il a. Il ne faut pas lui demander sa barbe. Houphouët-Boigny a toujours dit que la plus belle femme ne donne que ce qu'elle a.

De manière générale, lorsque nous avons tout reçu de ce pays, il faut penser à nos enfants, aux générations futures, à nos petits-enfants. On ne peut pas se taper la poitrine pour dire que sans moi ce sera le chaos.

Donc le Pdci-Rda est partie intégrante du Rhdp. Peut-être qu'on ne prend pas le train ensemble. Mais, il y aura certainement d'autres stations pour ceux qui n'ont pas pris le train maintenant pour rejoindre la grande famille du Rhdp.

Selon vous, le Pdci-Rda a donc forcément sa place au Rhdp, pas ailleurs...

Absolument !

Pourtant, on annonce une alliance du Pdci-Rda avec le Fpi...

Qui le dit ? Moi, je ne fais pas de politique fiction. La politique que je fais, c'est celle que je vois de mes yeux. Etre avec des gens avec lesquels on a croisé le fer ? Pour combien de temps ? En tout cas, moi, je ne lâcherai pas ma mère pour être le fils de sa rivale.

Le président Bédié a dit qu'il se retirait du Rhdp. Quels sont les documents qui attestent de son retrait après avoir signé une plateforme ? Mais, Bédié ne va pas être le champion des plateformes. C'est lui qui a signé la plateforme de 2005.

Il va encore signer une autre ? Celle avec les Anaky Kobena, Mabri Toikeusse et autres alliés tient toujours. Et c'est lui seul qui prend la décision d'en sortir pour aller créer une autre plateforme. Il ne va pas être un créateur de plateformes.

Il faut qu'il voie ce qui est bon pour le pays. Tout le monde dit que le président Bédié est un nationaliste. Je le reconnais, mais ce n'est pas un nationaliste étriqué. C'est un nationaliste global. Il ne pense pas exclusion, départ.

Il pense plutôt rassemblement. Cette image, que j'ai de lui, ne peut pas être battue en brèche. Chacun, dans la vie, a des humeurs. Il peut prendre une décision parce qu'il y a un moment d'exaspération.

Mais de là à aller s'allier avec des personnes avec lesquelles on a croisé le fer il n'y a pas si longtemps, c'est difficile. Je ne crois pas, pour ma part, en cette alliance Pdci-Rda - Fpi. Elle peut exister. Mais je crois que la majorité des militants du Pdci-Rda regarde cela de très loin.

La place du Pdci-Rda n'est pas dans une alliance avec le Fpi...

Ce sont des Ivoiriens. On peut être des amis. Mais dire qu'on va être ensemble, je ne le pense pas. Qu'est-ce qui va nous lier pour prendre le pouvoir ensemble? Qu'est-ce qui nous lie ? Je crois que le PdciRda a sa place au Rhdp.

Maintenant, ce que certains individus du Pdci-Rda veulent faire, ce n'est pas mon souci. Ce que je crois, c'est que le Pdci, dans sa grande majorité, est dans le Rhdp.

Mais là, vous prenez le contre-pied du président Bédié de qui vous êtes le fils

Bédié de qui vous êtes le fils. Bédié est mon père. Je ne le renie pas. Mais je ne suis pas d'accord avec sa démarche politique. C'est le sang qui nous lie. Mais pour les idées, je ne partage pas son avis de prétendue sortie du Rhdp. De quoi s'agit-il ?

Le Pdci-Rda au pouvoir en 2020, cela n'a pas été remis en cause. Le Président Ouattara dit on choisit ensemble. Quand deux personnes s'appellent : « Grand frère »et « Petit frère »,elles vont sur la tombe d'Houphouët-Boigny à Yamoussoukro et prennent des engagements, il faut qu'elles aillent au bout. Kablan Duncan n'est-il pas un militant actif du Pdci-Rda ?

Ou bien, dans ce parti il y a un tribunal qui juge les bons et les mauvais militants. Tous les militants le sont au même titre. Si c'est Kablan Duncan qui doit venir en 2020, où est le problème ?

Si on estime que c'est à cause de lui que le Pdci-Rda va s'allier à d'autres partis, alors celui qui a un problème avec Duncan, qu'il lève le doigt pour qu'on le règle avant 2020.

Comment expliquez-vous l'absence de Bédié à la messe dédiée à Houphouët-Boigny dimanche dernier?

C'est une grosse erreur. Le président Bédié et le ministre Guikahué, pour ce qu'on sait, sont les dernières personnes à avoir vu le Président Houphouët-Boigny avant sa mort. 25 ans après, cette flamme-là doit toujours les habiter.

C'étaient des témoins privilégiés. On a passé le flambeau à Henri Konan Bédié. Il doit assumer cette charge. Le fait de n'être pas allé à Yamoussoukro a été une grosse erreur. Parce que Houphouët-Boigny était un homme de paix.

Si son caveau avait servi de ciment ce jour-là pour taire toutes les querelles, ne serait-ce qu'un instant, j'aurai été le plus heureux. Malheureusement, Bédié n'y était pas. Il a sûrement ses raisons. Mais c'était une grosse erreur.

Que dites-vous de ceux qui pensent que perdre le sigle Pdci-Rda est inadmissible ?

Le Syndicat agricole africain a existé. C'était l'œuvre d'Houphouët-Boigny. Il s'est mué en Rassemblement démocratique africain (Rda). Qui est devenu Pdci-Rda. Si tant est qu'on veut préserver le Pdci-Rda, dans ce cas, on ne rentre dans aucune alliance.

Si c'est garder le nom qui est le programme politique, donc on ne fait pas d'alliance. On reste seul et on assume ses succès et ses échecs.

Avec cette rupture qui chaque jour va grandissant, qu'est-ce que vous pouvez faire en tant qu'organisation d'artistes pour tenter de ramener l'entente entre les deux partis leaders du Rhdp ?

Je pense que le président Bédié ne voit pas encore la grandeur de sa responsabilité dans la cohésion sociale et la paix en Côte d'Ivoire. Je lance un appel au président Bédié. Que son ventre, comme on le dit en Côte d'Ivoire, « soit valise ».

Qu'il entende tout, écoute tout et accepte tout. C'est la grandeur qu'il va tirer de tout cela. Il n'y a rien de plus grand que l'humilité, l'abaissement. Il ne doit pas écouter aux portes. Quand tu écoutes tout le monde, on dit que tu es manipulé.

Dire cela de quelqu'un que j'appelle mon père, j'ai mal. Bédié doit attraper la main de son frère pour lui dire : « j'ai été Président avant toi. Voilà les erreurs que j'ai commises, voilà ce qui m'est arrivé. Je ne veux pas que la même chose t'arrive.

Allons sur ce chemin ». Quel que soit ce qui se passe, le leadership ne se décrète pas. Il se mérite par les actes qu'on pose au quotidien. La responsabilité est tellement grande que des cadres ont décidé de se mettre ensemble pour créer « Agir pour la paix ».

Nous parlons là d'une paix véritable. Il ne faut pas effrayer les investisseurs et compter les morts demain. Je pense qu'Alassane Ouattara a, pour sa part, montré suffisamment de gages pour la paix. Nous devons l'y accompagner.

Si, de toute façon, il emprunte un autre chemin, nous allons lui dire non. Ce n'est pas à Bédié de battre le tambour pour que des plateformes se mettent en place contre la paix, la stabilité, le progrès et le développement de la Côte d'Ivoire.

N'avez-vous pas mal au cœur, lorsque, chaque jour, des cadres sont éjectés du parti parce qu'ils parlent justement d'union et de progrès ?

Je déclare aujourd'hui que je suis Pdci pro-Rhdp. C'est la seule voie. Ouattara, aujourd'hui, incarne un leadership au niveau international. On ne doit pas le laisser en route. Nous sommes avec lui, et nous allons l'aider à bâtir cette Côte d'Ivoire.

Vous êtes aussi membre du comité des sages du Pdci-Rda. Quelle démarche avez-vous avez mené à ce titre?

Nous avons tenu une première réunion. Nos délibérations sont secrètes. Mais nous avons pris une grande décision qui est que le président Bédié ne doit plus prendre de décision tout seul. Le doyen Amon Tanoh, en présentant Cheickna Sylla comme nouveau président, a fait le bilan de toutes les démarches entreprises.

J'ai eu mal. Il dit : « mais nous les sages, le Président Bédié ne nous reçoit pas ». J'estime que ce n'est pas normal. Amon Tanoh est ministre depuis 1963, avant Bédié.

Je pense que les sages sont en train de préparer une déclaration pour dire qu'ils sont contre la rupture. Ils sont pour que Bédié et Ouattara soient ensemble. Les sages réfléchissent pour le bien de la Côte d'Ivoire, de leurs enfants, de leurs petits-enfants et des générations à venir.

Maintenant, en tant qu'artistes, nous allons organiser une grande manifestation pour être présents de manière visible et sonore au congrès du 26 janvier 2019.

Savez-vous le nombre d'artistes en exil ? Nous ne pouvons pas être tout le temps les souffre-douleur des politiciens. Le Président Ouattara nous a démontré qu'on ne doit pas faire de la politique. Et on ne la fait pas. Mais comme sa politique pour nous est grande, on est avec lui. Des artistes reçoivent 300000 FCFA.

Je l'ai dit récemment à des compatriotes en France. Qu'ils rentrent. Ils en auront droit aussi. Ils ont trouvé cela formidable et dit leur confiance au Président de la République.

J'aimerais dire aux militants du Pdci-Rda que l'Appel de Daoukro nous a dit clairement que le Président Ouattara devait faire un mandat sans opposition du Pdci. 2020 n'est pas encore arrivé et des gens veulent créer une rupture, à mi-mandat.

Militants du PdciRda, faisons bloc autour du Président Bédié pour qu'il aille voir Ouattara, pour qu'ils soient ensemble. On ne veut pas un Pdci handicapé.

Ne pas avoir des gens comme Duncan, Adjoumani, Amédé Kouakou, Patrick Achi... au Pdci-Rda, c'est un Pdci-Rda handicapé. Ce n'est pas ce Pdci-Rda là qu'Houphouët Boigny a laissé à Bédié.

Il se raconte de plus en plus que le Président Bédié sera candidat en 2020... Non ! Ce ne sont que des rumeurs !

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