Congo-Kinshasa: Médias - Thierry Michel attaqué sur les réseaux sociaux

Dans un mail envoyé au Courrier de Kinshasa le 12 décembre, le réalisateur belge affirme qu'il est victime d'une campagne totalement inattendue et très violente de sa personne mais visant aussi indifféremment Colette Braeckman, Louis Michel et in fine le Dr Denis Mukwege.

L'objet du mail reçu annonce clairement la couleur : « Campagne violente me visant sur les réseaux sociaux ». Thierry Michel semble visiblement étonné par ce qu'il tient pour une « campagne totalement inattendue et très violente » menée contre sa personne « à l'approche des élections et suite à l'attribution du Prix Nobel de la paix » à Denis Mukwege.

C'est en recoupant les différents messages que le réalisateur de "L'homme qui répare les femmes : la colère d'Hippocrate", film sorti en 2015 en hommage au médecin directeur de l'hôpital de Panzi susmentionné, s'est rendu compte qu'il n'est pas le seul ciblé. En effet, ses compatriotes, la journaliste Colette Braeckman dont le livre l'a inspiré pour son film, et l'ex-ministre des Affaires étrangères, Louis Michel, ainsi que l'illustre Dr Mukwege.

Déjà persona non grata en RDC où l'entrée lui a été refusée à la sortie de "L'affaire Chebeya, un crime d'État ? ", le réalisateur doit à présent faire face à l'hostilité de certains simples citoyens congolais. L'on note néanmoins qu'aucun des quatre personnes dont il a partagé les messages ne l'a fait à partir de Kinshasa. Selon les coordonnées reprises au bas de leurs noms, ils sont tous issus de la diaspora. Par ailleurs, si les deux premiers et le dernier se résument à quelques deux-trois phrases, le troisième par contre compte cinq paragraphes.

Un des messages non signé repris en tête semble résumer déjà la pensée des suivants. Il commence par cette sommation : « Bon Thierry, tais-toi. Mukwege est nobélisé. Ton boulot est fini ». Et se poursuit de la sorte : « Tu ne veux pas nous obliger à t'accueillir comme les Congolais l'ont fait à Oslo ? Plus sérieusement, Thierry, tu es contre le bonheur des Congolais, tu es un diable qui, dans sa « mauvaiseté », est toujours prêt à nuire ».

Pour la suite, Thierry Michel précise que les remontrances émanent d'un « Groupe Whatsapp pro UDPS ». Le premier lui adresse d'abord cette interrogation : « Pourquoi vous voulez toujours vous comporter insidieusement en colon ? ». Et achève son adresse par une sorte de constat assorti d'une recommandation. « Vous injectez le virus du mal chaque fois que vous intervenez. Arrêtez SVP d'inoculer votre venin, le Congo n'en a pas besoin », lit-on. Et le second est sur le même ton de sommation que le précédent : « Monsieur, nous vous demandons de vous taire et de laisser les Congolais dans leurs souffrances, vous avez beaucoup de mépris et de haine à notre égard ».

Plus virulent que les deux précédents, le troisième message où Thierry Michel est traité de menteur est une somme de reproches adressés également à ses compatriotes Braeckman et Louis-Michel. Et puisqu'il est aussi question de ses réalisations, des noms comme celui de feu Chebeya, l'ex-gouverneur Moïse Katumbi sont aussi cités. Quant au quatrième et dernier message, il se contente d'appuyer le long réquisitoire : « Je viens de lire ton pamphlet sur Thierry Mechel et t'en félicite cher ami ». Une partie de la signature renseigne sur la ville d'origine et la date du message, à savoir « Bruxelles, le 12 décembre 2018 ».

Pas question de se taire

Pour sa part, Thierry Michel s'est réservé un droit de réponse afin de « mettre un terme à une polémique improductive », déclare-t-il. Il y indique notamment : « Je suis et filme la transition en RDC depuis la conférence nationale en 1991. J'ai admiré et accompagné, au risque de ma vie et en vivant l'emprisonnement à Kinshasa, le combat de l'UDPS toutes ces années. J'ai le plus grand respect pour le courage des militants UDPS qui ont payé trop souvent le prix du sang ».

Sur les critiques à propos de sa filmographie partisane, il souligne avoir « réalisé de très nombreux films pour rendre compte de la tragédie congolaise ». Et de préciser donc à cet effet : « Depuis "Le cycle du serpent" en 1991, "Mobutu, roi du Zaïre" en 1998 qui montra la lutte courageuse d'Etienne Tshisekedi contre le régime Mobutu, "L'affaire Chebeya, un crime d'Etat ?" qui me valut une expulsion du Congo et un procès intenté par le général Numbi, une interdiction de retour en RDC, mais aussi des films comme "Congo River", "Katanga Business" qui dénonça le rôle des multinationales dans la prédation du sol congolais, et enfin un film sur la tragédie de l'Est, la guerre non médiatisée, la souffrance des victimes de viols et de massacres, je ne peux donc accepter que vous traitiez ainsi les amis du peuple et de l'opposition congolaise en les accusant de manière vexatoire, attentatoire et inquisitoriale de "mépris et de haine à notre égard" ».

Loin de se laisser intimider, le réalisateur belge conclut son propos affirmant qu'il ne cesserait d'élever la voix en faveur de la RDC. « ... non, je ne me tairais pas, je continuerais cette lutte qui a maintenant 30 ans pour que le peuple congolais recouvre ses droits et une dignité élémentaire, par un Etat de droit respectueux de chacun, quel que soit son clan, son ethnie et sa race, pour un Congo prospère où le bonheur puisse être partagé par tous », affirme-t-il sur un ton décidé.

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