13 Décembre 2018

Congo-Kinshasa: Campagne électorale - Ces étincelles qui menacent les scrutins

Photo: Radio Okapi/Ph. John Bompengo
Des policiers à l’aéroport international de Ndjili à Kinshasa

A moins de dix jours des élections du 23 décembre en RDC, la tension sociale est fortement montée dans le pays, exprimée dans des violences qui ont affecté les meetings des deux principaux candidats de l'opposition.

Ainsi mardi et mercredi derniers, au moins 4 partisans du candidat Martin Fayulu ont été tués au Katanga pendant des meetings organisés par la coalition dont il est le porte-drapeau.

Jeudi, une autre étincelle de cette campagne électorale tendue a enflammé la ville de Mbuji-Mayi dans la province du Kasaï où un partisan de Félix Tshisekedi a été tué par un policier.

Avant cela, au petit matin du même jour, un grand incendie causait d'énormes dégâts matériels à Kinshasa, dans un entrepôt de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Une bonne partie des 8000 machines à voter, des isoloirs, des véhicules, des batteries destinés à l'organisation des élections a été consumée.

La perturbation des rassemblements de l'opposition, la violence exercée contre ses militants, cet incendie du principal magasin de la CENI, l'interférence de groupes armés dans la campagne, le retard dans le dispatching du matériel électoral et dans la formation du personnel des bureaux de vote font craindre, sinon un report des élections, à tout le moins leur tenue dans un désordre organisationnel qui n'en garantisse pas la crédibilité.

Au demeurant, la représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies en RDC, Leila Zerrougui, s'est inquiétée du climat délétère qui entoure la campagne électorale et a appelé les différents acteurs à la retenue pour ne pas aggraver la situation.

La CENI n'est pas en reste. Elle accuse le coup avec cet incendie, probablement d'origine criminelle, de son plus grand entrepôt mais assure que les élections auront lieu à la date prévue.

Pourvu qu'elle tienne parole, car voilà deux longues années que le peuple congolais ronge son frein à attendre une élection présidentielle que le pouvoir de Kabila a traîné les pieds à organiser malgré l'expiration du mandat de ce dernier.

Que de sueur, de sang et de larmes versés par le peuple congolais qui, conjugués aux pressions de la communauté internationale, ont décidé Mobutu light et son gouvernement à organiser les scrutins du 23 décembre.

Ce serait dommage que ce cadeau de Noël, pas comme les autres, car arraché de haute lutte, tombe à l'eau, à cause, d'une part, des subterfuges d'un pouvoir qui ruse avec les principes démocratiques pour se succéder aux commandes du pays et, d'autre part, de l'animosité entre les candidats les plus en vue à cette présidentielle qui empoisonne le climat social.

Il est devenu si surchauffé, le climat social, qu'il pourrait s'embraser à la faveur des incidents qui accompagnent le déroulement de la campagne. Qu'elle a raison Mme Zerrougui d'appeler les autorités congolaises à prendre les mesures nécessaires pour en éviter de nouveaux !

En attendant, la semaine qui vient de s'écouler a envoyé de bien mauvais signaux sur la sérénité de la campagne électorale et la tenue même des scrutins. C'est dire que la dernière semaine de campagne s'annonce décisive.

Au gouvernement et aux acteurs politiques congolais de se ressaisir et de modérer, le premier, l'utilisation outrancière des Forces de défense et de sécurité contre les rassemblements des opposants, les seconds, l'emploi de milices privées pour perturber les meetings de leurs adversaires.

C'est la condition sine qua non d'une élection apaisée. Sinon gare au chaos consécutif à des élections calamiteuses !

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