14 Décembre 2018

Tunisie: Une transcription subtile et raffinée de l'Histoire

C'est une œuvre audacieuse et même passionnante, puisant ses références mythologiques dans l'Énéide de Virgile que les Journées Théâtrales de Carthage et le Pôle Ballets et Arts Chorégraphiques ont présentée mercredi dernier au Théâtre de l'Opéra à la Cité de la culture en présence de M. Mohamed Zinelabidine, ministre des Affaires culturelles et de plusieurs directeurs de théâtres étrangers dont le prestigieux Théâtre national de Chaillot.

Il s'agit de «Didon et Enée», une chorégraphie de Luca Bruni sur une création musicale de Marco Schiavoni superbement interprétée par les danseurs de la compagnie Oplas, du Ballet de l'Opéra de Tunis et du Nouveau ballet de la danse tunisienne.

«Didon et Enée» est aussi un voyage dans l'œuvre originale de Purcell, à travers le prisme de la contemporanéité et du dialogue interculturel. Le résultat est un travail où le corps et la musique fusionnent dans une harmonie presque parfaite pour raconter la passion du guerrier Enée à la reine carthaginoise Didon. Le spectacle se présente comme une lecture dans le palimpseste de la méditerranée dont les signes et les symboles ont résisté au temps. Dans Didon et Enée, le chorégraphe comme le musicien ont réussi à déconstruire le mythe pour reconstruire cette passion entre le nord et le sud qui ont fini par se rencontrer en dépit des différences et des vicissitudes. L'œuvre de Purcell a été subtilement revisitée par Marco Schiavoni qui l'a située dans un contexte moderne en partant de sa propre lecture de ce mythe. Ici, les musiques s'entrecroisent comme les corps et les sonorités baroques de Purcell finissent elles aussi par se fondre dans d'autres musiques du monde, offrant des variétés à écouter : plusieurs instruments du violoncelle, au oud, en passant par les cymbales, le bendir ou la darbouka dans un métissage fantastique prouvant que les spécificités fondent l'universalité des cultures. Devant une salle comble, les danseurs tunisiens et italiens se sont évertués dans l'interprétation de leur rôle respectif offrant à cette production tuniso-italienne, réalisée sur le sol tunisien, une dimension d'œuvre majeure qui ne manquera pas de fasciner le public là où elle sera présentée.

Avec un décor minimaliste reproduisant l'Agora et une scénographie utilisant la lumière comme écriture principale, Luca Bruni est allé très loin dans sa création chorégraphique en lui conférant une identité ancrée dans le contemporain d'où la beauté et le raffinement absolus de ses tableaux très attachants.

Mais Didon et Enée interpelle les spectateurs par ses métaphores qui renvoient à l'actualité du monde, avec ses confrontations et les impératifs d'une entente entre les peuples pour transcender les incompréhensions, toujours à l'origine des violences.

En réinterprétant le livret de l'œuvre originale de Purcell, des jeunes se trouvent à se raconter, tous en cercle, leur propre histoire personnelle, où chacun représente un des personnages principaux de l'œuvre : Didon, Énée, Belinda, Mercure, les sorcières, les camarades d'Énée. Dans ce contexte, raconter est un acte de libération.

«Didon et Énée» fait partie d'un projet artistique et social baptisé «Dialogues». Il a pour objet la transmigration des peuples, l'intégration et l'inclusion sociale, sujet abordé sur la base du dialogue entre les différentes cultures de la Méditerranée.

Tunisie

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