17 Décembre 2018

Sénégal: Abbé Jacques Seck, par le journaliste Gilles Arsène Tchedji - A hauteur d'homme...

2004 : première poignée de mains entre le journaliste, qui ne s'imagine pas encore réalisateur, et le plus inclassable des hommes d'Eglise. Jusqu'à ce film : Abbé Jacques Seck, Prêtre Musulman-Imam Chrétien, du journaliste réalisateur Gilles Arsène Tchedji.

Un portrait-hommage, à hauteur d'homme, «l'homme derrière la soutane», et au-delà du «style» ou de la «façon d'être». Première sortie du film ? C'était ce samedi 15 décembre au Complexe Sembene Ousmane du Magic Land ; avec la bénédiction de Mgr Benjamin Ndiaye, archevêque de Dakar, et de l'abbé Jacques Seck lui-même.

On ne sait pas toujours comment le prendre. Il est insaisissable, imprévisible, inclassable, peut-être même un peu excessif, sinon un peu «fou» sur les bords, le fameux grain de folie des originaux, des pas comme les autres, des décalés... Quant à ses prêches ?

Ils sont, comment dire... survoltés, électriques, parfois déjantés. Le pas de danse n'est jamais bien loin, idem pour le mot pour rire, la petite formule populaire plus ou moins à la mode, qu'il va comme qui dirait revisiter ; toujours à sa façon.

On aime, ou on n'aime pas... Un personnage, l'Abbé Jacques Seck ? Un sacré personnage oui, dont on sait si peu de choses finalement, sans doute parce que le masque social de ce «prêtre musulman, imam chrétien», intitulé de ce long métrage de 52 minutes que vient de lui consacrer le journaliste Gilles Arsène Tchedji, a parfois l'air de suffire.

Juste assez pour se faire une idée sur le bonhomme, en préjugeant de... Il est comme ci, ou il est comme ça, mais que sait-on vraiment de l'Abbé Jacques Seck, au-delà de son personnage, au-delà de la frêle silhouette de cet homme en soutane blanche.

Un prêtre catholique qui cite et récite des versets du Coran, et qui se promène avec son incomparable drôle de chapelet ?

C'est vite dit, ce n'est pas faux, mais ça intrigue, fait peut-être jaser, parce que c'est un peu ce que tout le monde voit : le petit cliché superficiel. Dans le fond, il y a peut-être bien plus que cela, derrière le regard pétillant de ce monsieur à la chevelure cendrée.

Abbé Jacques Seck, c'est ce prêtre catholique pas comme les autres, qui garde jalousement, tout en haut de sa bibliothèque, un exemplaire du Coran, juste à côté d'un bouquin sur Nelson Mandela, et d'une très discrète photo d'El Hadj Malick Sy.

Entre deux confidences, face caméra, on apprend d'ailleurs qu'il se balade, depuis plusieurs d'années, avec une photo de «Serigne Touba au fond de sa poche». Il faut dire que monsieur a ses entrées dans toutes les familles religieuses, où il est à la fois introduit et écouté.

Autre bizarrerie, dans la biographie absolument pas lisse de ce personnage : c'est à Rome, chez les Pères blancs, qu'il a appris l'arabe dans le temps. Autrement dit, Abbé Jacques Seck ne baragouine pas, pas plus qu'il ne fait semblant, il sait de quoi il parle, lui qui a d'ailleurs eu l'outrecuidance de réciter le Coran devant le Pape Jean-Paul II, lors de sa visite au Sénégal en 1992.

«Instituteur... Député»

Son modèle dans l'Eglise ? Saint-Paul, sans hésitation, qui aura tout donné au Christ. Abbé Jacques Seck n'a évidemment pas toujours été prêtre.

L'actuel archevêque de Dakar, Mgr Benjamin Ndiaye, qui assistait ce samedi 15 décembre, au Complexe Sembene Ousmane du Magic Land, à la toute première sortie du film de Gilles Arsène Tchedji, a eu le privilège de connaître le Jacques Seck «instituteur».

Pareil pour l'homme politique Jean-Paul Dias, qui dit, au sujet de son ancien camarade de classe, que c'était quelqu'un d'à la fois «studieux» et «sérieux». Quand il était dans les parages, on s'interdisait par exemple toutes les blagues et conversations coquines.

Sourire entendu, Abbé Jacques Seck lui-même raconte aussi, qu'à une certaine période de sa vie, il se voyait plutôt dans la peau d'un Senghor ; «député», comme lui, jusqu'à sa fameuse «rencontre avec Jésus». De quoi bouleverser toute une vie...

Aujourd'hui à la retraite, de façon officielle tout au moins, il y a toujours un «style», une «façon d'être»... Jacques Seck, pour reprendre les mots de Jean-Paul Dias, qui dit de son ancien camarade de classe, que c'est un «incompris»

Un homme complexe, qui a parfois l'air d'être ailleurs, décalé, ou en tout cas difficile à cerner, à ranger, à classer, à mettre en boîte. Un «prêtre musulman, imam chrétien», d'après la formule de Gilles Arsène Tchedji, un «Saltigué lébou», aussi, aux yeux du président de l'Entente des mouvements et Associations de développement (Emad), Abdou Khadre Gaye.

Né à Palmarin à 1934, 1936 sur le papier, il sera ordonné prêtre en 1969. Fils d'un «père musulman», on dit de lui qu'il est «l'idole», pas des jeunes, comme dans la chanson, encore que... Mais «de son village», où on lui doit au moins une mosquée.

Quoi d'autre ? Il est toujours très «gai», un véritable boute-en-train, avec de «l'humour» à revendre, et beaucoup d'autodérision. Sans oublier son côté «très spontané», et cet autre-là, celui d'un monsieur-tout-le-monde sans protocoles, qui cultive l'art de papoter avec «petits» et «grands» de ce monde. Le qu'en-dira-t-on ? Vous avez dit «hérétique» ? Il assume...

Ses homélies ? Des moments d'anthologie : électriques, déchaînées, l'air d'une rock star en soutane, qui parle d'ailleurs avec ce petit timbre de voix nasillard et chantonnant, comme s'il vous fredonnait un air de sa composition, toujours plus ou moins prêt à donner de sa personne pour haranguer les foules, et donner à ses sermons un cachet populaire, jeune, «in»...

Sur l'autel, on le sent dans une sorte de «transe perpétuelle», avec cette façon qu'il a de parler toujours très vite... Abbé Jacques Seck préfère plutôt parler de «crise» : sa nature passionnée peut-être.

L'idée de ce film remonte à 2004 : la toute première poignée de mains entre les deux hommes. Le journaliste se laisse très vite «séduire» par le discours de ce religieux catholique, qui n'a pas peur de citer le Coran. Il songe d'abord à écrire un bouquin sur le personnage, qui ne se fera malheureusement pas...

Jusqu'à ce film, projeté en présence de l'Abbé Jacques Seck lui-même. Un portrait-hommage, donc pour les critiques, on oublie.

Le long métrage de notre confrère Gilles Arsène Tchedji chercherait plutôt à nous le rendre presque lisible, sinon nous pousse-t-il à aller voir au-delà du côté peut-être excessif de l'Abbé Jacques Seck, à faire connaissance avec cet homme en «soutane blanche», et avec son «message humain».

Malgré certaines failles techniques, à la caméra, par endroits, et dans certaines longueurs du récit.

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