18 Décembre 2018

Burkina Faso: Procés du putsch manqué / Me Séraphin Somé - « Aujourd'hui, c'est le bori bana du général »

Photo: L'Observateur Paalga
Général de brigade Gilbert Diendéré

L'audition du Général Gilbert Diendéré se poursuit à la barre du Tribunal militaire. Il est accusé d'attentat à la sûreté de l'Etat, meurtre, coups et blessures volontaires sur 42 personnes, trahison et incitation à poser des actes contraires à la discipline et au règlement.

Les débats ont tourné autour des documents censés justifier l'origine des 160 millions F CFA que le Général de brigade Gilbert Diendéré aurait distribués aux éléments de l'ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) lors du coup d'Etat.

Accusé d'attentat à la sûreté de l'Etat, meurtre, coups et blessures volontaires sur 42 personnes, trahison et incitation à poser des actes contraires à la discipline et au règlement, le Général de brigade Gilbert Diendéré continue de plaider non coupable. Il était à la barre hier 17 décembre 2018.

A la reprise de l'audience, Me Yanogo, un des avocats de la partie civile, a invité ses confrères de la défense de donner les bénéfices qu'ils comptent tirer des documents versés au dossier quelques jours plus tôt.

Avant que la parole ne soit donnée aux avocats de la défense, l'accusé lui, prend la parole en ces termes : « Nous avons produit ces pièces pour prouver la véracité du prêt contracté.

Nous avons également remis une liste. Cette liste, nous l'avions remise au juge au moment de notre arrestation, mais jusque-là il n'a pas mené des enquêtes pour confirmer ou non la véracité des informations qui y sont. Ce document pouvait permettre au juge d'approfondir son enquête».

Ce document est, selon lui, un compte rendu d'une réunion du Comité de résistance populaire, tenue les 18 et 20 septembre 2015. Une rencontre au cours de laquelle, les participants auraient décidé, entre autres, de manifester en mettant les enfants devant comme des boucliers, et amener les éléments de l'ex-RSP à commettre des meurtres.

Quant aux documents relatifs au prêt, le Général dit ne plus vouloir en parler. Pour lui, même s'il produit encore d'autres documents, la partie civile et même le parquet trouveront à redire. Et la réaction de la partie civile ne s'est pas fait attendre.

Dans ses observations, Me Guy Hervé Kam a dit déplorer les contradictions constatées dans les propos du Général lorsqu'il s'agit de donner la provenance des 160 millions. A l'en croire, cette inconstance a conduit les avocats de la partie civile à faire des recherches sur l'entreprise dont parle l'accusé.

De cette recherche, il ressort que ladite entreprise est gérée conjointement par Ismaël Diendéré et Fatoumata Diawara, respectivement fils et belle-fille de l'accusé. Selon cette même recherche, l'entreprise en question était redevable à la banque avant même le 16 septembre 2015.

Ce qui veut dire que sa trésorerie ne pouvait pas permettre à ses gestionnaires de disposer d'autant d'argent. Pire, le prêt en question a été contracté en 2013 et était à hauteur de 93 millions de F CFA au lieu de 160 millions de F CFA.

A la lumière de tous ces faits, conclut-il, l'argent est venu de la Côte d'Ivoire. Et Me Séraphin Somé d'ajouter : « Aujourd'hui, c'est le Bori Bana du Général ». (la fin de la course du Général en langue dioula), puisque les preuves censées le décharger ont produit les effets contraires, c'est-à-dire le charger.

C'est pour cela, selon lui, que l'accusé, ayant remarqué cette erreur ne veut plus parler des documents versés au dossier.

« Avons-nous, au stade actuel, des éléments qui incriminent le Général Diendéré ? La réponse est oui », a ajouté l'auxiliaire de justice avant d'indiquer qu'une procédure avait été engagée contre la société dont parle le Général Diendéré en 2015.

Par conséquent, elle était incapable de permettre à ses deux actionnaires qui ne sont rien d'autre que le fils de l'accusé et sa compagne de trouver la somme de 160 millions de F CFA pour donner à une tierce personne.

Et de déduire que les 160 millions de F CFA ne sont qu'une infime partie d'une grosse somme d'argent venue de la Côte d'Ivoire au même moment que le matériel de maintien d'ordre. Signalons que les avocats de la défense n'ont pas manqué les occasions de relever des contradiction dans l'argumentaire du parquet.

En effet, suite à une observation du parquet qui trouvait qu'en droit, la forme tient le fond, en parlant de la pièce produite par le Général Diendéré, Me Dabou s'est offusqué parce que le parquet croit à ce principe quand ça l'arrange. Quand il s'est agi d'opposer les écoutes téléphoniques à leurs clients, il avait oublié cette règle de droit.

Le Général Diendéré à Me Yanogo

« Vous les défendez mal. Ils vont venir ici en tant que quoi ? Depuis 3 ans, les autres sont inculpés. Eux, ils sont où ? Ils sont nommés ambassadeurs ou attachés de défense dans les ambassades. S'ils viennent ici, ils vont leur donner les procès-verbaux et ils vont tous dire la même chose.

Même s'ils viennent et qu'ils sont inculpés, ce ne sera pas la même chose. Ce qu'il diront aujourd'hui serait différent de ce qu'ils auraient dit s'ils avaient été inculpés depuis 3 ans. A la rencontre, nous étions 23 personnes. Sur les 23, seul 7 personnes ont été entendues. Les autres sont où ? »

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