Afrique de l'Ouest: Le crime organisé est une réelle menace à la paix et à la sécurité régionale, selon le GIABA

Photo: Onutogo
Évocation du crime transnational. Selon l'ONUDC, le chiffre d'affaires de la criminalité transfrontalière représente six fois le montant de l'aide publique au développement. - Unies.

Le directeur général du Groupe intergouvernemental d'action contre le blanchiment d'argent en Afrique de l'Ouest (GIABA), le togolais, Kimelabalou Aba a affirmé que le crime organisé constitue une menace à la paix et à la sécurité régionale, entrainant ainsi des pertes en vies humaines et privant les paisibles citoyens de leur quiétude et de leur prospérité, et est de nature à compromettre, entre autres, la bonne gouvernance, les technologies de communication, la sécurité aux frontières, l'intégrité et la stabilité de nos systèmes financiers.

"Le trafic de drogues, la traite d'êtres humains et le trafic de migrants, celui d'armes légères et de petit calibre, la contrefaçon de produits et la cybercriminalité sont, entre autres, des activités relatives au crime organisé dans notre espace", a signalé Kimelabalou Aba, qui s'exprimait au deuxième forum régional conjoint sur la dimension genre et implication des groupes vulnérables dans les crimes économiques et financiers en Afrique de l'Ouest . Il s'est ouvert à Saly-Portudal à l'initiative du GIABA et du Centre de la CEDEAO pour le développement du genre (CCDG).

L'objectif principal de ce forum de trois jours est de rassembler des acteurs clés des États membres de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) pour un partage de connaissances, d'expériences et de meilleures pratiques sur l'intégration de la dimension genre et groupes vulnérables dans la lutte contre les crimes financiers et connexes dans l'espace CEDEAO.

Selon lui, les réseaux criminels tirent parti des progrès des communications et des transports pour étendre leur champ d'action au monde entier et, dans certains cas, pour faire convergence avec des groupes terroristes et d'autres acteurs évoluant dans l'ombre.

"Les terroristes individuels, les groupes terroristes et les financiers du terrorisme détournent également les transactions commerciales légales dans le but de mobiliser des ressources pour soutenir leurs activités et venir en appui aux organisations terroristes plus puissantes.

Ils s'engagent dans des formes de financement complexes et transnationales afin de dissimuler l'identité et l'origine des fonds qu'ils reçoivent et/ou envoient", a renseigné le DG du GIABA, qui précise que les terroristes ne tirent pas leurs fonds uniquement des produits d'activités criminelles, mais également des produits ayant des sources légales de financement de leurs opérations.

"Les criminels organisés sont de véritables prédateurs recherchant des vulnérabilités dont ils peuvent tirer avantage pour contraindre les jeunes à entreprendre toute action ou tout service conforme à leurs besoins immédiats", a-t-il poursuivi, ajoutant que les responsables de ces groupes du crime organisé ont tendance à rechercher les individus de leurs communautés, en vue de les employer dans leurs entreprises.

Ceux-ci peuvent être des professionnels tels que des avocats ou comptables, ou des personnes possédant des compétences techniques. Dans le cas des jeunes, la clé de voûte est leur vulnérabilité, a expliqué Kimelabalou Aba.

"La plupart de nos jeunes impliqués dans le crime transnational organisé sont victimes de violence, d'abus et de négligence à la maison, dans leurs communautés et écoles, soit à travers des adultes, des collèges où même d'agents de la force publique.

La qualité de l'éducation est sujette à caution et de nombreux obstacles empêchent l'accès à l'éducation formelle de base, aux opportunités d'emploi et aux emplois décents", souligne-t-il, avant d'indiquer que cette absence d'opportunités réelles pour les jeunes permettant de concevoir un "plan autonome de vie", couplé aux défis de la jeunesse effective de leurs droits, tire sa source d'une exclusion socio-économique structurelle que les gouvernements peinent à résoudre dans les communautés.

Par conséquent, poursuit-il, les inégalités de tous ordres, les violations des droits, la dégradation des instruments étatiques, la criminalité et la violence se propage à grande vitesse.

"Dans les zones où opèrent des groupes criminels transnationaux organisés et des gangs, ces jeunes sont souvent victimes de pressions, de menaces et de ruses les forçant à rejoindre ces groupes. D'autres s'affilient à ces groupes à la recherche d'opportunités, de reconnaissance, de protection et d'un sentiment d'appartenance, des aspects qu'ils n'auraient autrement pas trouvés ailleurs", a-t-il expliqué.

Une fois intégrés à ces structures, ils sont utilisés par des adultes dans un large éventail d'activités allant de la surveillance au transport et à la vente de drogues, au vol, à l'extorsion, aux enlèvements, au terrorisme et à d'autres activités criminelles.

"Nos efforts de lutte contre les activités criminelles dans notre communauté, notamment la participation de notre jeunesse à de telles activités ignobles dans notre espace peuvent être entravés par l'absence de volonté politique d'engager des poursuites pour les affaires pénales impliquant des personnalités haut placées, une infrastructure inadéquate pour les agences chargées des enquêtes et poursuites pénales, etc.", a fait noter le DG du GIABA.

De son côté, Fatma Siga Jagne, commissaire Genre et Affaire sociales de la CEDEAO a signalé que chaque année, entre 3800 et 5000 filles et femmes sont victimes de la traite des êtres humains dans la sous-région ouest-africaine, car, selon elle, "la traite des êtres humains est une autre activité criminelle transnationale qui a des implications financières et est largement alimentée par la pauvreté et d'autres facteurs économiques", a-t-elle dit au cours de ce forum auquel a pris part la ministre libérienne en charge des questions de genre, Mme Johnson.

"Le rôle et l'influence croissants des femmes et des jeunes dans le fonctionnement de la criminalité économique et financière en Afrique de l'Ouest constituent une menace à la paix et au développement de la région, mais offrent en même temps de grandes possibilités de combattre cette menace de manière globale et durable", a indiqué Mme Jagne

Elle estime nécessaire que les femmes et les jeunes soient placés au cœur de la lutte pour le démantèlement des réseaux criminels financiers transnationaux et l'éradication de l'extrémisme violent qui engloutit lentement l'espace CEDEAO.

"Une tendance émergente très importante de la criminalité économique et financière en Afrique de l'Ouest, qui nécessite une attention particulière est la participation croissante des femmes et des jeunes, à la fois, en tant qu'acteurs et victimes", a indiqué Fatma Siga Jagne.

Selon elle, sur une population ouest-africaine estimée à 349 millions d'habitants, les femmes représentent 52%, ce qui en fait la majorité de la population où 66% ont moins de 25 ans. Une proportion importante de ces femmes et de ces jeunes sont non scolarisés, sans emploi et vulnérables et sont, donc, la cible de terroristes et d'autres criminels.

"En tant que victimes de l'extrémisme violent et d'autres activités criminelles, les femmes et les jeunes continuent d'endurer diverses formes d'avilissements, y compris des violations flagrantes des droits humains, des enlèvements, l'esclavage sexuel, le vol et le pillage et bien d'autres formes d'exploitation et de violence sexuelles, et la mer, dans certains cas", a regretté Mme Jagne qui, donnant l'exemple de l'enlèvement de plus de 250 filles de l'école secondaire publique des filles de Chibok, au Nigéria, par Boko Haram en avril 2014, a signalé que "certaines de ces filles sont devenues des kamikazes et font des ravages dans plusieurs régions du Nigéria", a-t-elle affirmé.

La commissaire Genre et Affaire sociales de la CEDEAO est convaincue que l'intégration des questions relatives à l'égalité des sexes et à la jeunesse dans les lois, politiques, stratégies et mécanismes nationaux et régionaux permettra non seulement de créer un cadre équitable et durable de lutte contre la criminalité économique et financière et l'extrémisme violent, mais aussi de garantir la transparence, la responsabilisation, le partage des responsabilités et une appropriation plus ciblée du processus.

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