17 Décembre 2018

Cote d'Ivoire: Violences électorales sur fond d'alliance entre le PDCI et le FPI - Le pays danse sur un volcan

Le week-end dernier, la reprise des élections locales dans certaines localités de Côte d'Ivoire, a été émaillée d'incidents. Notamment dans les communes de Port-Bouët dans la capitale économique, et dans la cité balnéaire de Grand-Bassam où le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) et le Rassemblement des républicains (RDR) étaient aux prises.

Si dans la première commune citée, des sources font état du cailllassage du siège du candidat du parti de l'Eléphant, dans la ville côtière de Grand-Bassam, les esprits se sont échauffés quand les partisans du maire PDCI sortant, ont vu dans l'irruption d'hommes dans le bureau de vote, une manœuvre du pouvoir visant à leur « voler la victoire ».

Morceau choisi : « Ils ont tout cassé ; même si les policiers étaient là, ils auraient cassé les urnes. Les policiers ne sont même pas intervenus, parce qu'ils sont de leur camp ».

2020 s'annonce avec angoisses et incertitudes

Pour ces élections sans grand enjeu, le scrutin ayant été largement plié par le RHDP en mi-octobre dernier, de telles violences sont incompréhensibles et n'augurent rien de bon pour le pays d'Houphouët Boigny.

Car, si pour des broutilles comme ces communales de rattrapage, l'on est prêt à déterrer la hache de guerre, qu'en sera-t-il au moment de la présidentielle et des législatives ?

Pour sûr, le pays risque de s'embraser à nouveau si rien n'est fait pour jouer balle à terre de part et d'autre. Surtout quand on voit comment la carte politique ivoirienne est en train de se redessiner, avec des alliances presque contre-nature, où libéraux du PDCI et socialistes du FPI ne sont pas loin de se retrouver dans un front commun contre les Républicains du RDR.

En tout cas, c'est ce que l'on croit comprendre de l'interview du président du parti de l'Eléphant, Henri Konan Bédié, qui, pas plus tard que la semaine dernière, déclarait en substance avoir l'accord du célèbre prisonnier de La Haye pour une alliance avec son parti dans la perspective de la présidentielle de 2020.

On se croirait, à s'y méprendre, au temps du nauséeux concept de l'ivoirité qui avait déjà connu une alliance Bédié-Gbagbo contre l'enfant de Kong. La suite, on la connaît.

C'est pourquoi, au vu de la tournure des événements, l'on ne peut s'empêcher de penser que la Côte d'Ivoire danse sur un volcan. Car, l'histoire de ce pays a suffisamment démontré que quand des alliances de ce genre commencent à se nouer contre un régime en place, cela finit toujours par produire des étincelles.

Et 2020 s'annonce avec d'autant plus d'angoisses et d'incertitudes que l'on a le sentiment que les luttes ne se font pas autour de programmes mais plutôt autour d'individus, avec de forts relents ethniques ou régionalistes.

Et quand on voit comment la Côte d'Ivoire peine encore à panser les plaies de 2010-2011, avec une réconciliation au point mort, l'on ne peut que nourrir de sérieuses inquiétudes face au feu qui couve et qui risque, si l'on n'y prend garde, d'être beaucoup plus dévastateur que celui que le pays a déjà connu. La Côte d'Ivoire n'a pas besoin de çà. Car, on sait toujours quand ça commence, mais on ne sait jamais quand ça finira.

Il appartient à la classe politique ivoirienne de savoir conjurer le mauvais sort

C'est pourquoi les acteurs politiques ivoiriens doivent savoir raison garder pour ne pas exposer leur pays à une autre crise postélectorale dont nul ne saurait prédire ni l'ampleur ni l'issue. En tout cas, il ne faudrait pas en rajouter aux 3 000 morts de 2010-2011, dont le dossier judiciaire est encore loin d'être bouclé.

En tout état de cause, la situation de tensions qui a prévalu le week-end dernier lors de la reprise des municipales partielles dans les élections de proximité dans certaines communes, est révélatrice du malaise qui règne au sein de la classe politique ivoirienne, principalement entre le PDCI et le RDR qui, hier encore, s'entendaient comme larrons en foire, mais qui, aujourd'hui, ne veulent plus se voir, même en peinture.

Pendant ce temps, le Front populaire ivoirien, qui était devenu l'ombre de lui-même après sa perte du pouvoir et l'incarcération de ses principaux leaders dont le président Laurent Gbagbo lui-même, semble se positionner en embuscade avec ce regain de vitalité depuis l'élargissement de l'ex-Première dame, Simone Gbagbo, et la possibilité de voir son champion bénéficier d'une liberté provisoire et quitter les geôles de La Haye.

Dans le même temps, le président de l'Assemblée nationale, Guillaume Soro, dont les velléités de briguer à la magistrature suprême font de moins en moins l'objet de doute, semble attendre le moment favorable pour dévoiler ses intentions.

Et si tout ce beau monde doit se disputer le fauteuil du palais de Cocody dans un climat de tensions et de méfiance, 2020 s'annonce, d'ores et déjà, comme un cocktail molotov qui pourrait péter à la figure des Ivoiriens.

Il appartient donc à la classe politique ivoirienne de savoir conjurer le mauvais sort en mettant, dès à présent, des garde-fous pour éviter tout débordement. Il y va de l'intérêt de tous. Car, quand la Côte d'Ivoire s'enrhume, c'est toute la sous-région ouest-africaine qui éternue.

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