19 Décembre 2018

Togo: Un entre-soi électoral contreproductif

Photo: © RFI/O.Rogez
Opérations de vote dans un lycée de Lomé, Togo, le 25 juillet 2013. (Image d'archive)

Avant d'aller assurer le bon déroulement du scrutin de ce 20 décembre 2018, les éléments des Forces de défense et de sécurité du Togo ont voté en rangs serrés, colonnes couvrez, comme on dirait dans les casernes, ou plutôt dans le calme et la sérénité, selon l'expression consacrée.

Alors rien à signaler, sauf qu'en politique comme en météorologie, le calme le plus plat précède souvent les tempêtes les plus violentes. Et tout porte à croire, hélas, que cette implacable loi risque fort de s'appliquer au Togo.

C'est en effet sous les pires auspices que les législatives voulues par le pouvoir doivent se tenir ce jeudi 20 décembre. Un scrutin massivement boycotté par l'opposition qui, dès son annonce, a mené une contre-campagne pour demander le report du vote. En vain et dans le sang, puisque ses manifestations ont été réprimées, que ce soit à Lomé, Sokodé ou ailleurs, faisant des morts et des blessés.

Et comme toujours en pareilles circonstances, les différentes parties n'ont cessé de se rejeter la faute, creusant davantage le fossé déjà grand qui sépare le pouvoir du président Gnassingbé de la foule de ses contempteurs.

D'ailleurs, c'est presque une clameur de désapprobation générale qui a accueilli l'annonce de ce fâcheux scrutin, puisqu'à la voix de l'opposition s'ajoute le chœur des communautés religieuses, notamment catholique et protestante, dont les représentants ont vite fait d'emboucher la trompette Jean-Pierre Fabre et de ses troupes.

Autant de voix discordantes qui n'ont arrêté d'exiger la mise en œuvre des réformes politiques et institutionnelles avant l'organisation de toute élection. Il se trouve que les deux facilitateurs du dialogue inter-Togolais, les présidents Nana Akufo-Addo du Ghana et Alpha Condé de Guinée, ne sont pas parvenus à concilier des positions diamétralement opposées au sujet, spécialement, de la rétroactivité ou non de la clause limitative du nombre de mandats présidentiels ; autrement dit, l'héritier du clan Gnassingbé, qui est assis depuis 2005 sur le trône laissé par son défunt père, pourra-t-il postuler à sa propre succession à l'issue de son mandat actuel ?

Au regard du contexte, on se demande à quoi peuvent servir ces législatives si ce n'est à surchauffer un foyer déjà incandescent. C'est donc un entre-soi électoral proprement inutile qui pose d'ores et déjà la question de la légitimité de cette assemblée boudée par des opposants de plus en plus nombreux qui n'ont certainement pas envie d'être de simples faire-valoir de résultats qu'on sait joués d'avance.

En attendant, c'est une journée classée rouge qui commence à Lomé, Sokodé et ailleurs. Et il faut craindre que de nouvelles victimes endeuillent davantage un pays qui en a déjà eu tant d'autres.

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