Congo-Kinshasa: L'opposition congolaise dénonce le report des élections

Fatou Bensouda, Procureure de la CPI

Les autorités congolaises ont annoncé jeudi le report d'une semaine des élections, qui sont donc désormais prévues pour le 30 décembre. Une décision remise en cause par l'opposition.

La principale raison invoquée par la Commission électorale nationale indépendante (Céni) pour justifier le report du scrutin, c'est l'incendie d'un entrepôt la semaine dernière.

Selon la commission électorale, il a détruit une grande partie du matériel électoral destiné à Kinshasa, notamment des machines à voter et plusieurs millions de bulletins de vote. Quatre millions sont d'ailleurs attendus samedi.

L'opposition dénonce ce nouveau report, le troisième pour la présidentielle prévue initialement fin 2016.

Jean-Pierre Bemba, le président du MLC et l'un des leaders de la coalition Lamuka, qui soutient Martin Fayulu, remet en cause l'argument de l'incendie.

« Ce n'est pas que nous n'entendons pas cet argument, explique-t-il, c'est qu'il n'y a aucune preuve qu'il y avait même des machines dans cet entrepôt, aucune photo ou image n'a été montrée des carcasses de ces machines à voter. »

Il va même plus loin affirmant avoir « des renseignements très précis sur ce qui s'est passé. Nous ne croyons absolument pas que les machines ont brûlé. Je pense que c'était un prétexte. »

Ce report, annoncé à trois jours des élections, suscite en tout cas de nombreuses questions. Le candidat à la présidentielle et ancien Premier ministre, Samy Badibanga, regrette de ne pas avoir été associé à cette décision et il s'interroge sur l'indépendance de la Céni.

« Je me demande si on peut encore appeler cette institution une "Commission électorale nationale indépendante".

Cela devient une "Commission électorale nationale dictatoriale", ironise-t-il. Je voudrais bien pouvoir faire confiance à la Céni, mais pour cela il faut avoir des discussions et pouvoir évaluer la situation ensemble avant de prendre une décision. »

Marie-Josée Ifoku Mputu, candidate indépendante et seule femme en lice, n'est, elle, absolument pas surprise par ce report et demande la démission pure et simple de la Céni. Report ou pas, nous sommes déjà dans un chaos politique affirme-t-elle.

Pour la Céni a failli, M. Nangaa doit démissionner.

Stéphie Mukinzi, membre du mouvement citoyen la Lucha, s'oppose également à tout nouveau report du scrutin et appelle le peuple congolais à ne pas l'accepter.

« M. Kabila devait nous organiser des élections en 2016. Nous sommes en 2018, il a déjà eu deux ans de sursis sans pouvoir nous offrir de bonnes élections, s'insurge-t-il.

Et maintenant, la Céni veut nous demander de reporter encore les élections d'une semaine ? C'est insupportable, c'est trop. Si pendant deux ans Kabila n'a pas réussi à nous organiser des élections, croyez-vous qu'en une semaine ce sera possible ?

C'est une insulte à notre peuple, nous ne pouvons quand même pas cautionner ça. C'est pourquoi nous demandons à notre peuple de ne jamais accepter ce report. »

La majorité défend la Céni

Face aux doutes exprimés notamment par l'opposition, les autorités maintiennent leur confiance à la Céni. Néhémie Mwilanya, directeur de cabinet du président Kabila et coordonnateur de la plateforme soutenant le candidat de la majorité, expliquait jeudi soir sur l'antenne de RFI comprendre ce report, justifié selon lui par un imprévu.

Cette décision est regrettable, mais bien compréhensible.

Chez les militants, les soutiens du PPRD, le parti présidentiel, disent comprendre la situation et continue à faire confiance à la Céni. Mais le son de cloche est bien différent du côté des militants de l'opposition qui expriment leur colère.

On est prêt à tout ! Le peuple congolais a trop souffert !

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