20 Décembre 2018

Togo: Législatives sous haute tension au pays de Gnassingbé - Le Togo fidèle à sa douloureuse réputation de mouton noir

Depuis 1967, date à laquelle le lutteur de Pya, c'est-à-dire Gnassingbé Eyadéma, s'est emparé du pouvoir au Togo, dans les circonstances que l'on sait, ce pays est devenu le jardin potager des Gnassingbé. Après le père, en effet, c'est le fils qui s'est installé au trône après avoir tordu le cou de façon flagrante, au mécanisme de dévolution du pouvoir du pays. Pendant un demi-siècle donc, le Togo ploie sous la férule des Gnassingbé.

Et tout semble indiquer que ce n'est pas demain la veille que ce pauvre pays se dégagera de ce joug. En tout cas, ce ne sont pas les législatives d'hier qui vont mettre fin à cette réputation historique et douloureuse de mouton noir de la démocratie de l'Afrique de l'Ouest.

Elles confirmeront à coup sûr cette triste renommée. En effet, le parti au pouvoir, l'UNIR (Union pour la république), véritable clone du RPT (Rassemblement du peuple togolais), en sortira grand vainqueur pour les raisons suivantes.

La première et principale raison est que la Coalition des 14 partis de l'opposition n'y prend pas part, les autorités n'ayant pas respecté leurs engagements inscrits dans la feuille de route de la communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest.

L'autre raison est que les douze partis et les 25 indépendants en lice comptent pour du beurre face au rouleau compresseur que représente le parti présidentiel. A cela, il faut ajouter la sempiternelle fraude qui a toujours accompagné les élections dans ce pays depuis qu'il s'est engagé dans le multipartisme en 1991.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce sont des législatives sans aucun suspense quant à leurs résultats, qui se sont jouées, hier, au Togo.

L'UNIR s'en sortira avec le nombre de députés qu'il faut pour lui permettre d'opérer seul les réformes au parlement à l'effet de donner la latitude à Faure Gnassingbé de se représenter en 2020 et 2025.

Tôt ou tard, le dernier mot reviendra au peuple togolais

Et l'on ne voit pas qui peut contrarier ce scénario funeste pour l'alternance démocratique au Togo. Ce n'est pas, en tout cas, l'opposition politique qui, depuis un an, est vent debout pour permettre au pays de connaître la première alternance démocratique de son histoire sans pour autant parvenir à ses fins.

Le salut du peuple togolais ne viendrait pas non plus de la CEDEAO qui semble avoir plié l'échine devant l'entêtement solitaire de Faure à perpétuer la dynastie des Gnassingbé pendant encore des siècles et des siècles. Pour qu'il en soit ainsi, Gnassingbé fils s'en est donné les moyens. Il y a d'abord le fait qu'il gère le Togo comme la boutique des Gnassingbé.

Ce privilège qu'il tient de son père lui a permis de se donner les moyens matériels et financiers nécessaires pour alimenter sa dictature.

L'autre moyen pour garder en vie la satrapie, est l'armée togolaise. En effet, cette entité, constituée essentiellement des membres de son ethnie, ne s'encombre d'aucun scrupule lorsqu'il s'agit de réprimer les opposants.

La preuve, s'il en est encore besoin, est que les manifestations des 8 et 9 décembre derniers ont été réprimées dans le sang, causant la mort d'au moins quatre personnes dont trois par balles. Cette triste réputation de casser de l'opposant, Faure la tient également de son père.

Ainsi, le Togo est resté en marge du processus de démocratisation dans lequel pratiquement tous les pays de l'espace CEDEAO se sont engagés.

C'est pourquoi, après avoir dénoncé l'attitude arrière-gardiste de la dynastie des Gnassingbé, l'on doit pointer du doigt la CEDEAO dont certains membres visiblement, et pas des moindres, semblent apporter de l'eau au moulin du dictateur togolais.

L'on peut d'autant plus être amer à l'endroit de la CEDEAO que sa fameuse médiation a permis à Faure Gnassingbé de desserrer l'étau de l'opposition pour reprendre allègrement sa marche solitaire et forcenée vers l'arbitraire.

C'est du moins l'avis de Me Kpandi-Adzaré, un des porte-paroles du Front citoyen Togo Debout quand il dit ceci : « la CEDEAO a fait une erreur d'appréciation de la situation socio-politique au Togo, en prescrivant des élections à la place des réformes ».

En tout cas, l'on peut dire que si la CEDEAO avait appliqué la même fermeté que celle dont elle a fait preuve dans la crise socio-politique de la Guinée-Bissau, Gnassingbé fils aurait mis un peu d'eau dans son vin.

Pour ne l'avoir pas fait, le président togolais s'est tout permis au point d'organiser ces élections sans concéder au préalable la moindre réforme démocratique à l'opposition.

Il vaincra à coup sûr, mais sa victoire sera amère. Car, tôt ou tard, le dernier mot reviendra au peuple togolais. Nul n'est, en effet, jamais suffisamment fort pour mettre tout un peuple ad vitam æternam sous ses bottes.

Togo

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