23 Décembre 2018

Ile Maurice: Funérailles de Jayen Cuttaree - Adieu à l'homme de cœur

Ce matin, sous un ciel triste et bas, Lillka, la fille bien-aimée, la confidente, debout au pied du cercueil, la voix ferme malgré l'émotion, dit avec fierté l'extraordinaire et beau parcours de son père.

Vikram, arrivé de Washington, DC, enserre sa mère Swatee, soutien indéfectible de Jayen. Elle a les yeux embués et fixe le vide. C'est ça le vide.

Lillka résume l'homme de cœur que fût son père. Elle parle d'abord de sa grande bonté. C'est très juste. Je peux en témoigner. J'ai rarement vu un élu, porter à ce point, les misères de ses mandants. Cet homme, bon et attentif, arpentait sans cesse sa circonscription de Stanley-Rose Hill, en particulier les quartiers défavorisés, et se démenait pour apporter un peu de réconfort aux nombreux nécessiteux. Ses colistiers, Shirin Aumeeruddy-Cziffra et moi-même, ont vu combien les plus pauvres de Stanley, Trèfles, Camp-Levieux, Plaisance avaient reconnu en lui un bienfaiteur. Il était chez lui chez eux. J'en ai profité souvent, et je suis devenu depuis un bouffeur du «curry andan» comme il disait.

Lillka parle de son humilité. Très juste aussi. Malgré son brillant parcours académique - Jayen n'en parlait pratiquement jamais - il est resté extrêmement modeste et humble. Et s'il lui arrivait d'en faire référence, c'était toujours pour inciter ses interlocuteurs à l'effort et à la persévérance malgré la modestie de leurs moyens. Comme lui, cet enfant de tailleur d'un faubourg rose-hillien. Nous avons vu, Shirin et moi, combien il était devenu un modèle aimé par les mères de Stanley-Trèfles.

Lillka parle d'authenticité et des valeurs qu'il a inculquées à ces enfants et à son entourage. C'était un homme vrai. Il exécrait l'hypocrisie et les fauxsemblants. Et plus encore l'ingratitude, parce qu'il est, lui-même, d'une grande fidélité. Il a été blessé par le manque de reconnaissance et d'estime de quelques-uns de ses fréquentations politiques, j'hésite à dire «amis»...

Lillka a parlé de l'homme de passion. Je pourrais mettre un «s» à passion. Il s'intéressait à toutes les choses de la vie, mais sa plus grande passion s'appelle Maurice. La vie du pays, son devenir le préoccupait au plus haut point. Il était habité par le besoin de cohésion sociale. Il était révolté par les discriminations qui affectent certains groupes sociaux.

Lillka a parlé de son rayonnement international. Jayen est effectivement un des rares hommes politiques mauriciens à s'être fait connaître hors de nos frontières. Son rôle de porte-parole du groupe africain à la conférence de Doha - il est alors ministre du Commerce et des relations internationales -, son rôle dans la création du groupe des 90 sont peu connus des Mauriciens mais fût remarqué par la presse internationale. Sa campagne, soutenue dans un premier temps par l'Organisation de l'unité africaine, pour le poste de directeur général de l'Organisation mondiale du commerce, avait été très loin. Ces derniers temps, il avait commencé à envisager à écrire un livre sur ce «impossible challenge», tel qu'il le décrit dans son autobiographie, le livre d'une vie à cœur ouvert.

En cette journée maussade, sous les pleurs du ciel, c'est l'Ami des bons et des mauvais jours qui s'en est allé.

Ile Maurice

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