23 Décembre 2018

Tchad: Macron au Tchad - Jupiter chez son meilleur fantassin africain

Photo: Présidence de la République du Tchad
Le président Idriss Déby du Tchad et son homologue Emmanuel Macron de la France, lors de la conférence de presse conjoint organisée le samedi 23 décembre 2018 à Niamey

Dans «cette république des comptables» (dixit le général de Gaulle) devenue ingouvernable depuis quelques décennies, quand le chef de l'Etat français séjourne à l'étranger, c'est presque des vacances aux frais de la princesse qu'il se paye. C'était déjà le cas avec Nicolas Sarkozy et François Hollande, ça l'est davantage avec Emmanuel Macron, qui plus est, quand le moment s'y prête en cette période de fêtes de fin d'année.

Malmené par les gilets jaunes depuis plusieurs semaines, le locataire de l'Elysée, qui paie la rançon de son arrogance, aura sans doute rarement apprécié un séjour africain comme celui qu'il a effectué le week-end dernier au Tchad. Au menu de cette visite présidentielle, un réveillon de Noël avant l'heure avec les soldats de la Force Barkhane concocté par le chef cuisinier du Palais, qui a convoyé tout droit de France les douceurs et mets exquis pour des papilles exercées : pâté en croûte de veau et foie gras en entrée, volailles des Landes aux morilles et gratin dauphinois en guise de plat de résistance avec, comme dessert, fromages de France ainsi qu'un entremet au chocolat avec macarons et mandarines de Corse.

Une carte, comme on le voit, royale, pour ne pas dire jupitérienne dont les saveurs doivent avoir changé l'aimable amphitryon du tumulte et de l'odeur âcre des gaz lacrymogènes qu'il doit sentir depuis son bureau élyséen chaque samedi. Et comme le beau parleur et, à l'occasion, malcauseur, de la rue du faubourg Saint-Honoré, qui a retrouvé sa verve en terre africaine, n'est jamais à court d'idées, il a encore sorti de son chapeau un projet de banque des femmes africaines dont lui-même ignore encore tout de la faisabilité et des contours. Encore heureux qu'il ne leur ait pas dit qu'il suffisait de traverser la rue pour trouver les financements de leurs activités rémunératrices.

Pour les militaires de Barkhane, cette escapade du chef suprême des armées était aussi, à coup sûr, une bonne récré avant de se replonger dans les sables mouvants de la bande sahélo-saharienne où une quinzaine des leurs a déjà perdu la vie depuis cinq ans. Car fort heureusement, il n'y avait pas que ce « repas copieux et festif ». En débarquant à Ndjaména, le général Macron venait d'abord chez son "fantassin" africain le plus aguerri et son meilleur allié dans la lutte contre le terrorisme au Sahélistan. Autant dire qu'entre la poire et le fromage, le G5 Sahel était également au centre des préoccupations alors que, depuis plus d'une année, la force conjointe des Etats de la ligne de front tente laborieusement de se mettre en branle, faute de l'indispensable nerf de la guerre non seulement pour les opérations en chantier mais aussi pour la pérennité de l'entreprise.

En effet, force est de constater que le premier magistrat français a beau pousser et encore pousser, les sommets se multiplient mais la machine, tel un baudet rétif, refuse obstinément de démarrer. La visite tchadienne de Jupiter intervient du reste au moment où dans l'Est du Burkina, trois éléments des Forces de défense et de sécurité ont encore été tués après que leur véhicule a sauté sur les fameux et redoutables engins explosifs improvisés. Au cours de cette annus horribilis 2018, l'épicentre du terrorisme semble s'être d'ailleurs déplacé du Mali voisin, d'où tout est parti en 2012, pour se situer dans « la Patrie des hommes intègres ».

Pour se dépêtrer du piège infernal, le Burkina, à la faveur de la récente visite hexagonale du président du Faso, a, rappelons-le, signé avec la France un accord intergouvernemental pour améliorer le cadre juridique de la coopération militaire entre les deux pays. Vivement donc que les bonnes résolutions couchées sur le papier à Paris produisent rapidement à Fada, Pama, Djibo, Ouaga... les effets escomptés pour soustraire le Burkina des tentacules l'invisible pieuvre qui l'enserre.

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