Afrique: Vers une migration sûre et ordonnée

En août 2018, le Président français Emmanuel Macron, la Chancelière allemande Angela Merkel et la Première ministre britannique Theresa May se sont rendus dans des pays africains, suscitant l'espoir d'un accroissement des investissements directs étrangers (IDE) sur le continent.

M. Macron était au Nigéria, Mme Merkel s'est rendue au Ghana, au Nigéria et au Sénégal et Mme May a fait des haltes au Kenya, au Nigéria et en Afrique du Sud.

Outre la question des IDE, ces dirigeants influents cherchaient la manière d'endiguer le flux des migrants africains rejoignant l'Europe en quête d'un emploi et d'une vie meilleure.

« Je crois en une solution gagnant-gagnant. Aidons l'Afrique à réussir. Offrons un nouvel espoir à la jeunesse africaine en Afrique », a déclaré le Président Macron au Nigéria, expliquant qu'il était dans l'intérêt de l'Europe de traiter à sa racine la migration en provenance d'Afrique.

Les rédacteurs du New York Times Eduardo Porter et Karl Russell ont fait écho aux sentiments du président français :

« Si les pays riches veulent moins d'immigrants, leur meilleure chance pourrait être d'aider les pays pauvres à s'enrichir, pour que moins de personnes éprouvent le besoin de partir. »

Les Africains sur la route

Chaque jour, des centaines d'Africains, notamment des femmes et des enfants, partent à la recherche de richesses réelles ou imaginaires en Europe ou en Amérique. Environ un million de migrants d'Afrique subsaharienne sont partis pour l'Europe entre 2010 et 2017, selon le Pew Research Center, un centre de recherche basé à Washington.

Alors que le Ghana, le Kenya, le Nigéria, le Sénégal, la Somalie et l'Afrique du Sud sont les principaux lieux de transit pour les migrants subsahariens se rendant en Europe et aux États-Unis, Pew cite le Sud-Soudan, la République centrafricaine, Sao Tomé-et-Principe , l'Érythrée et la Namibie comme pays comptant certaines des populations migrantes internationales à plus forte croissance.

Les Africains se déplacent à cause des « conflits, des persécutions, de la dégradation et du changement de l'environnement, et d'un manque profond de sécurité humaine et d'égalité des chances », déclare l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), dans son rapport État de la migration dans le monde 2018. Les couloirs de migration les plus utilisés par les Africains sont l'Algérie vers la France, le Burkina Faso vers la Côte d'Ivoire, l'Égypte vers les Émirats arabes unis, le Maroc vers l'Espagne et la Somalie vers le Kenya.

Sur les 258 millions de migrants dans le monde, 36 millions dont 19 millions vivent dans un autre pays africain et 17 millions en Europe, en Amérique du Nord et dans d'autres régions, a expliqué Ashraf El Nour, directeur du bureau de l'OIM, New York, à Afrique Renouveau.

Lorsqu'elle n'est ni réglementée ni gérée, la migration peut créer « une perception fausse et négative des migrants qui alimente un discours xénophobe, intolérant et racistei», a déclaré le Secrétaire général de l'ONU António Guterres à New York, en septembre dernier.

Migration ordonnée

Le Pacte mondial sur les migrations, premier accord négocié au niveau intergouvernemental sur les migrations internationales, pourrait contrer la perception négative des migrants, selon les experts.

L'OIM indique que le pacte contribuera à réaliser « une migration sûre, ordonnée et régulière », ce qui permettra

« d'améliorer la gouvernance en matière de migration, de relever les défis liés aux migrations actuelles et de renforcer la contribution des migrants et des migrations au développement durable ». iiiiiiiiii

iiiiiLe pacte comporte 23 objectifs, dont les suivants : atténuer les facteurs négatifs et structurels qui empêchent les individus de trouver et de conserver des moyens de subsistance durables dans leur pays d'origine ; réduire les risques et les vulnérabilités auxquels sont exposés les migrants aux différentes étapes de la migration en promouvant le respect, la protection et la réalisation de leurs droits de l'homme et en prévoyant la fourniture d'une assistance et de soins ; et créer des conditions favorables qui permettent à tous les migrants d'enrichir nos sociétés grâce à leurs capacités humaines, économiques et sociales, et facilitent ainsi leur contribution au développement durable aux niveaux local, national, régional et mondial.

Le pacte vise également à rendre les envois de fonds plus rapides, plus sûrs et moins coûteux et à favoriser l'inclusion financière des migrants ; munir tous les migrants d'une preuve d'identité légale et de papiers adéquats ; assurer l'accès des migrants aux services de base.

Le Pacte mondial sur les migrations n'est pas juridiquement contraignant, mais ses dispositions peuvent constituer un puissant point de référence pour ceux qui formulent les politiques d'immigration ainsi que pour les défenseurs des droits de l'homme face aux mauvais traitements infligés aux migrants.

Selon une étude du Conseil de recherches en sciences humaines (HSRC) basé en Afrique du Sud, un organisme officiel de recherche, les attitudes négatives, voire la violence à l'égard des migrants, découlent généralement de la crainte qu'ils priveraient les autochtones de travail ou se livreraient à des activités criminelles.

Ce à quoi l'OIM Afrique du Sud a rétorqué que « l'immigration ne nuit pas aux perspectives d'emploi ni aux salaires à long terme des travailleurs natifs », ajoutant que « les migrants sont deux fois plus susceptibles de créer une entreprise que les natifs sud-africains ». Le gouvernement sud-africain condamne régulièrement les attaques xénophobes.

L'économie

M. Kituyi a indiqué que la plupart des études sur les migrations se concentrent sur « la situation déplorable des migrants, la crise de solidarité internationale ou les défis humanitaires ». Il a exprimé le souhait qu'une plus grande attention soit accordée aux migrations sous l'angle du développement économique.

Mme Lúcia Kula, une migrante angolaise chercheuse au Royaume-Uni, abonde dans le même sens, ajoutant que les discussions sur les migrations devraient porter sur la contribution des migrants à leur nouvelle société.

De nombreux migrants sont des professionnels talentueux qui offrent des services spécialisés dans leur nouveau pays. Iso Paelay, par exemple, a quitté le Libéria au plus fort de la guerre dans les années 90 et s'est installé au Ghana, où il est devenu un présentateur vedette de TV3, l'un des principaux médias du pays. Apparemment, la perte du Libéria a été le gain du Ghana.

Tout en travaillant dur, en gagnant de l'argent et en versant des cotisations à leur nouveau pays, les migrants africains

« envoient aussi de petites sommes d'argent pour subvenir aux besoins de leur famille », a expliqué M. Kituyi. « Quatre-vingt-cinq pour cent [des revenus des immigrants] reste dans le pays d'accueil et 15 % transféré vers le pays d'origine. »

« Une bonne partie de l'argent que je gagne ici [aux États-Unis], je le dépense ici ; je paie mes factures et m'achète des choses. J'en envoie à mes parents pour subvenir à leurs besoins », confie Mme Christy Emeagi, une avocate qui a quitté le Nigéria

« parce que je voulais une vie meilleure pour mes enfants ».

L'inclusion dans le Pacte mondial sur les migrations de moyens d'accélérer et de rendre plus sûrs les envois de fonds ne manquera pas de réjouir les migrants africains.

En 2017, les transferts de fonds des migrants vers l'Afrique subsaharienne s'élevaient à 34 milliards de dollars, selon la Banque mondiale, soit plus que les 25 milliards de dollars d'aide publique au développement (APD) versés à la région cette année-là.

Actuellement, indique M. Kituyi, « il est douloureux de voir ce coût de transaction excessif qui profite principalement aux services de paiement internationaux comme Western Union, PayPal, etc. »

La réalisation des objectifs du Pacte mondial sur les migrations peut prendre un certain temps, estiment les experts. Néanmoins, l'impact immédiat du pacte tient au fait que la migration sûre, ordonnée et régulière est actuellement au cœur de la conversation mondiale. C'est un pas dans la bonne direction.

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