24 Décembre 2018

Afrique de l'Est: Après la paix, l'Éthiopie et l'Érythrée s'attèlent au développement

Isaias Afwerki et Abiy Ahmed à la signature de la déclaration conjointe de paix et d'amitié entre l'Erythrée et l'Ethiopie, le 9 juillet 2018. Photo: Yemane Gebremeskel

Un vent de changement souffle sur la Corne de l'Afrique, après la signature, à Djeddah, en Arabie saoudite, de l'accord de paix du 17 septembre entre le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et le Président érythréen Isaias Afwerki.

Ainsi ont cessé les hostilités entre les deux pays, qui ont restauré leurs liens économiques et diplomatiques.

« Le commerce local est reparti, les Érythréens et les Éthiopiens n'ont pas de problèmes de taux de change. Sur place, le Birr et le Nakfa s'échangent au même taux. C'est une évolution positive mais il faut l'institutionnaliser!», déclare Kjetil Tronvoll, chercheur norvégien spécialiste de la Corne de l'Afrique pour l'Institut international de droit et de politiques qu'il a créé à Oslo.

Après vingt ans (1998 à 2018) d'une guerre acharnée durant laquelle quelque 100 000 personnes ont été tuées, l'accord a permis la cessation des hostilités, la réunification des familles, la reprise des liaisons aériennes et des télécommunications.

À l'annonce de l'accord, on assista à des célébrations et des scènes de liesse entre centaines de citoyens. Les points de passage frontaliers entre les deux pays furent aussi rouverts après vingt ans.

Les chefs ou représentants de chacun des états ne se rendaient plus rendu visite Depuis 1998. Les lignes téléphoniques étaient coupées, bloquant toute communication entre les deux territoires.

Ethiopia Airlines, qui avait cessé ses liaisons aériennes en 1998, propose à présent des vols hebdomadaires pour Asmara, la capitale érythréenne. Ceci va permettre de renforcer les liens commerciaux et contribuer à la croissance économique.

« Voici mon message aux Éthiopiens : l'amour vous va bien », a déclaré le Premier ministre Ahmed à Djeddah, ajoutant « seul l'amour nous permettra de cohabiter avec nos frères érythréens. »

Quant au président Afwerki, il a déclaré : « La haine, la discrimination et la conspiration n'ont plus cours. Ensemble, nous devons nous concentrer sur notre développement et notre croissance. C'est maintenant qu'il faut rattraper le temps perdu. »

Pour les Érythréens et les Éthiopiens, la guerre a eu de graves conséquences. Astebeha Tesfaye, un Éthiopien vivant en Érythrée depuis 1998, espère pouvoir enfin rentrer chez lui. Il était en visite chez des amis en Érythrée, il y a vingt ans, quand la guerre a éclaté et que les frontières ont été fermées. Il a alors été contraint de rester en Érythrée.

« J'allais prendre le bus le lendemain [pour l'Éthiopie], mais j'ai appris que les routes étaient bloquées et que plus personne ne pouvait passer d'un côté ni de l'autre de la frontière », a-t-il raconté à la BBC.

Beaucoup estiment que le Premier ministre de 41 ans a contribué aux changements de ton et de cap dans les négociations de paix ainsi qu'à l'accélération du processus.

M. Ahmed a pris une décision stupéfiante, dès son entrée en fonction, en annonçant que l'Éthiopie rendrait à l'Érythrée la ville frontalière de Badme dans la région de Gash-Barka, à 139 kilomètres au sud-ouest d'Asmara. Pour justifier cette décision, le parti au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien, a indiqué que « les Éthiopiens et les Érythréens sont liés par leurs langues, leur histoire et leur héritage commun. »

L'accord dit de Djeddah a été l'aboutissement d'initiatives de paix qui ont débuté le 8 juin 2018 avec une accolade historique entre les deux dirigeants à Asmara. Puis, il y eut la signature d'une déclaration conjointe à Asmara le 9 juillet. Enfin, l'accord de Djeddah, suivi de la reprise des relations diplomatiques et commerciales, le 18 septembre.

L'accord fut facilité par le Roi d'Arabie saoudite Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, qui remit rapidement aux deux dirigeants la médaille du Roi. Parmi les dignitaires présents lors de la cérémonie se trouvaient le Secrétaire général des Nations Unies António Guterres et le Roi d'Arabie Saoudite.

Selon le premier article de l'Accord de Djeddah : « L'état de guerre entre les deux pays a pris fin et une nouvelle ère de paix, d'amitié et de coopération générale commence.»

D'autres articles prévoient le renforcement des partenariats dans les domaines de la sécurité, de la défense, du commerce, des investissements, de la culture et des questions sociales ; la création de zones économiques communes ; la collaboration dans la lutte contre le terrorisme, « le trafic d'êtres humains, d'armes et de drogues, en vertu des pactes et conventions internationaux. »

Grâce à l'accord de paix, l'Éthiopie, qui n'a pas d'accès à la mer, peut à présent utiliser, sans taxes douanières, le port d'Assab sur la mer rouge, au sud de l'Érythrée, et de Massawa au nord. L'Éthiopie dépense actuellement plus de 1,5 milliard de dollars annuellement pour l'utilisation des ports de Djibouti. Pour leur part, les industries érythréennes auront accès à 100 millions de consommateurs potentiels éthiopiens.

Avant l'Accord de Djeddah, plusieurs tentatives de paix avaient échoué. L'Éthiopie rejeta la décision de 2002 de la Commission du tracé des frontières selon laquelle Badme revenait à l'Erythrée.

En septembre 2017, le Conseil œcuménique des églises, basé en Suisse, et qui compte 50 millions de membres en Éthiopie et 2,5 millions en Érythrée, n'avait pas réussi à réconcilier les deux pays. D'autres efforts furent déployés par le Département d'état américain, l'ONU et l'Union africaine, mais en vain, selon l'EastAfrican, journal basé à Nairobi.

Les mois à venir seront un test pour l'accord de paix, estime Martin Plaut, Chargé de recherche principal pour la Corne de l'Afrique et l'Afrique australe à l'Institut des études du Commonwealth en Grande-Bretagne. « Si la paix doit durer, l'Éthiopie comme l'Érythrée doivent mener des réformes nationales. » D'après lui, « le Premier ministre Abiy [Ahmed] conduit l'Éthiopie sur le chemin des réformes alors que l'Érythrée prend du retard. Consolider la démocratie et la paix est indispensable si l'on veut maintenir le rythme rapide des changements dans la région. »

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