26 Décembre 2018

Burkina Faso: Ecole primaire publique Bantia de Bogande - Un gouvernement pas comme les autres

Nelson Mandela disait que « l'éducation est l'arme la plus puissante qu'on puisse utiliser pour changer le monde ». Et l'ONG Oxfam l'a compris. Sur financement de l'Ambassade royale du Danemark dans le cadre du DANIDA, ladite ONG et ses partenaires, notamment la Coalition nationale pour l'Education pour tous du Burkina (CN-EPT), le Cadre de concertation des associations et ONG actives en éducation de base (CCEB/BF), Semfilms et radio Djawoampo, ont lancé en juin 2018, la deuxième phase du Programme intégré gouvernance, éducation et citoyenneté (PIGEC II, phase II), un projet qui vise à contribuer à la réalisation des objectifs 2012-2021 du PDSEB (Programme de développement stratégique de l'éducation de base) en matière d'éducation de qualité, avec un accent particulier sur les filles, et est mis en œuvre dans trois communes de la province de la Gnagna en l'occurrence Manni, Bogandé et Thion. Dans les deux dernières communes, lors d'un voyage de presse organisé par Oxfam du 17 au 19 décembre 2018, nous nous sommes imprégnés des résultats du PIGEC II qui mettent en lumière un gouvernement scolaire dans la commune de Bogandé et un groupe de plaidoyer dans celle de Thion.

Il est environ 9h, quand le véhicule qui transporte le groupe de journalistes venu de Ouagadougou stationne sous un neemier dans la cour non clôturée de l'école Bantia située au cœur de la ville de Bogandé. Elle est la première école de la province de la Gnagna. En témoignent ses 70 ans d'existence commémorés le 1er décembre dernier. Dans la matinée de ce 18 décembre 2018, il souffle un vent frais et sec sur Bogandé. La cour de l'école est vide, les élèves sont en classe. Lorsque nous descendons du véhicule, la première chose qui nous impressionne dans ce temple du savoir est la propreté de la cour. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

En effet, on nous révèle que dans cette école, il y a « un gouvernement scolaire ». Toute chose qui ravive notre curiosité. A présent, nous voulons voir à quoi ressemble ce « gouvernement scolaire ». Nous sommes accueillis par le directeur de l'école Bantia, Henri Lankoandé, qui nous sert les formalités d'usage. Après quoi, nous sommes conduits au Cours moyen première année (CM1). Dès que nous franchissons la porte, tous les élèves se mettent debout pour nous présenter leur respect comme cela leur a été appris par leurs enseignants. Au CM1, on nous indique qu'il y a quelques membres du gouvernement. « Qui sont ceux qui sont membres du gouvernement dans cette classe ? », demandons-nous. Quelques doigts se lèvent. Nous cherchons donc à rencontrer le gouvernement de l'école de Bantia.

Alors, les « petits ministres » se retrouvent tous au Cours moyen deuxième année (CM2) pour l'entretien. C'est écharpes en bandoulière comme des élus locaux, que le gouvernement au complet nous reçoit. Par le sérieux qu'on lit sur le visage de ces enfants, on voit qu'ils prennent leurs rôles au sérieux. Quelques minutes plus tard, avec l'aide des enseignants, on regroupe le gouvernement des enfants pour qu'il nous explique son rôle au sein de l'école. L'entretien a eu lieu dans la classe de CM2. « Les petits ministres » sont sages comme des images. De prime abord, le président du gouvernement scolaire, imperturbable, prend la parole : « Je m'appelle Bienvenu Lompo. J'ai pour mission de présider le Conseil des ministres, de nommer et de révoquer les ministres, de prendre les décisions les plus urgentes et de convoquer les rencontres du gouvernement scolaire.

Dans le gouvernement scolaire, nous avons 11 ministres et un secrétaire général ». Sur les 11 ministres, on dénombre 5 filles. Le président du gouvernement fait comprendre aux journalistes que le gouvernement a été mis en place grâce à l'appui de Oxfam. Et pour cette ONG, la participation des enfants dans la gouvernance scolaire peut non seulement les amener à apprendre la citoyenneté, mais aussi à trouver un cadre d'expression pour partager leurs préoccupations et discuter entre eux.

Quand on dit gouvernement, on pense au Premier ministre et le gouvernement scolaire de Bantia a aussi un Premier ministre qui est d'ailleurs une fille, Flora Korogo en classe de CM1. Elle nous dit que son rôle c'est « d'éditer les cahiers de charges par ministre, de contrôler les activités de chaque ministre, de proposer les ministres pour nomination». Quant au Secrétaire général du gouvernement, sa mission est de rédiger le compte rendu du Conseil des ministres, de conserver les documents du gouvernement scolaire.

En plus de ces trois postes, il y a le ministre de la Sécurité et de la discipline, le ministre de l'Information, le ministre des Etudes, le ministre des Finances, le ministre de la Culture, le ministre de l'Hygiène et de l'assainissement, le ministre de l'Eau, le ministre des Sports, le ministre de la Santé, le ministre de la Promotion du genre et de la solidarité.

Un gouvernement scolaire, beaucoup d'avantages

L'âge des détenteurs de ces postes ministériels varie entre 9 et 12 ans. Le président précise que le gouvernement scolaire de l'école de Bantia a vu le jour grâce à l'appui de Oxfam et à ses partenaires. « Ce gouvernement a été formé pour nous permettre de bien travailler ensemble ». En ce sens, il explique que chaque ministre a une mission bien déterminée. « Par exemple, si nous devons nettoyer les latrines, c'est le ministre de l'Information qui passe dans chaque classe pour donner l'information. Après cela, nous donnons l'information à la marraine et au directeur. Si ceux-ci donnent leur accord, nous nous regroupons pour faire le nettoyage ». « Comment formez-vous le gouvernement scolaire ? », questionnons-nous.

Le président du gouvernement indique qu'«on forme le gouvernement en passant par l'élection du président qui, à son tour, avec l'aide des enseignants, forme le gouvernement avec lequel il doit travailler pendant une année ». Au gouvernement scolaire, il y a aussi des sanctions. Et là-dessus, le président est clair : « Si un ministre ne fait pas bien son travail, on peut le révoquer et le remplacer ». Le gouvernement scolaire de l'école primaire publique de Bantia séduit. Tout porte à croire qu'il initie les élèves à la démocratie et à la citoyenneté. En tout cas, le directeur de l'école publique de Bantia, n'en est pas moins fier. En effet, révèle-t-il, « le gouvernement scolaire est une belle initiative ».

Le directeur de l'école de Bantia affirme que l'initiative a contribué à améliorer les résultats aux examens. « Nous faisons à peu près 80% chaque année », déclare-t-il. Il apprécie bien l'existence de ce gouvernement parce qu'il permet à l'enfant de se familiariser avec la démocratie, d'être un bon citoyen de demain en ce sens que l'enfant apprend comment se passent les élections, comment on gouverne une structure, et l'enfant apprend également à être responsable. En plus, ajoute-t-il, le gouvernement scolaire permet de soulager les enseignants dans leurs activités quotidiennes.

Selon les propos du directeur de l'école, l'existence du « gouvernement scolaire » remonte à 4 ans et « elle a apporté beaucoup de choses à l'école, notamment la responsabilisation des élèves dans les activités scolaires, l'amélioration des résultats scolaires, la discipline, l'appropriation des activités scolaires par les élèves eux-mêmes ». C'est la démocratie en miniature à l'école, indique Henri Lankoandé qui nous fait comprendre que si les membres du gouvernement arrivent à exécuter correctement les tâches qui leur sont commises, c'est parce qu'ils sont accompagnés par deux enseignants qui sont commis à la tâche d'encadrement. « Il y a la marraine et le mentor et tout est supervisé par le directeur d'école ».

Au gouvernement scolaire, le directeur précise que le mandat est d'un an. Et au cours du mandat, le gouvernement s'investit à la tâche. A en croire les élèves, « grâce au plaidoyer du gouvernement scolaire, la mairie a construit des latrines pour nous. Il a aussi planté des arbres dans la cour de l'école », nous renseigne Odile Ouoba, élève en classe de CM2. Ramatou Haro, également en classe de CM2, déclare que le gouvernement scolaire les aide à étudier, à travers les exercices et la discipline qu'il fait régner au sein de l'école. A voir ces bouts d'hommes et ces petites dames qui portent des échanges tels des députés et qui arrivent à « gouverner» dans la vie scolaire, on souhaiterait que cette initiative fasse des émules sur tout le territoire national tout en espérant qu'elle soit un antidote à l'incivisme que d'aucuns disent grandissant.

C'est songeur, que nous embarquons dans le mini-car qui nous transporte hors de la ville de Bogandé, à une vingtaine de kilomètres, précisément à l'école primaire publique de Bourgou où nous arrivons aux environs de 11h après avoir parcouru une route caillouteuse parsemée d'escaliers. La troupe de théâtre Fandima, un partenaire de Oxfam, est sur une scène jouxtant les salles de classe, et autour de laquelle élèves et parents sont attroupés pour se délecter des jeux de scènes. Le thème du jour porte sur l'intérêt de l'éducation.

Le goulmacéma est la langue utilisée pour faire passer le message. Des rires, des approbations et des désapprobations il y en a eu. Au finish, le message est bien passé. Dans le cadre du PIGEC II, la troupe mène des activités de sensibilisation par rapport à la promotion de l'éducation dans la région. Et pour que le message passe, elle a choisi comme cible, les élèves qui sont enclins à faire passer le message au niveau de la communauté. Comme le dit si bien Ardiouma Lankoandé de la troupe Fandima, « le théâtre forum dans les écoles permet de sensibiliser la famille ».

« Sur 22 millions de ressources propres de la commune de Thion, 10 millions sont alloués à l'éducation »

L'objectif global du PIGEC II, qui s'étend de 2018 à 2021, est de permettre aux groupes vulnérables de la région de l'Est surtout ceux de la Gnagna, en particulier les femmes et les jeunes, de s'organiser et d'être fortement impliqués dans la vie de leur communauté, en utilisant une éducation de qualité et une bonne gouvernance locale pour conduire un changement durable dans des communautés résilientes. C'est dire donc que le PIGEC II, c'est aussi les groupes de plaidoyer.

Et dans l'après-midi, après avoir parcouru une trentaine de kilomètres sur une voie rouge peu praticable, le groupe de journalistes se retrouve à la mairie de Thion pour une séance de causerie avec le groupe de plaidoyer constitué de 12 membres comprenant toutes les sensibilités qui existent en matière d'éducation sur le territoire communal. Il y a des représentants des structures déconcentrées du ministère en charge de l'éducation, des Circonscriptions d'éducation de base (CEB), des associations actives en éducation, des syndicats de l'éducation, des associations de parents d'élèves et d'élèves. « Ce groupe de plaidoyer a été mis en place l'année dernière pour accompagner la commune dans le cadre de l'éducation. Il fait des actions de plaidoirie auprès de l'autorité et de la population, pour promouvoir la qualité de l'éducation dans la commune », nous confie Tindano Batchéba, responsable du groupe de plaidoyer de Thion.

Pour mener à bien sa mission, le groupe de plaidoyer procède par étapes. Et cela commence en début d'année scolaire. En effet, le responsable du groupe fait comprendre qu'au début de l'année, le groupe mène des activités qui leur permettent de s'imprégner des problèmes qui minent l'éducation. « Et c'est à l'issue de ces plaidoiries, qu'un plan est mis en place pour mener une à une des activités afin de remédier aux problèmes dans le domaine de l'éducation ». C'est ainsi que des sorties ont été effectuées dans les écoles où le taux brut de scolarisation est très faible. Et des résultats palpables, Batchéba Tindano nous en énumère : « A Tipouli, le taux brut de scolarisation est passé de 18% à 33% grâce au groupe de plaidoyer. A Tinkoura aussi, il y a eu une amélioration de 25% de plus que le départ. En plus de ces deux actions nous sommes allés dans des sites d'or non loin de la commune pour demander aux gestionnaires le retrait des enfants des sites d'exploitation parce que nous avons constaté que beaucoup d'enfants abandonnent l'école pour ces sites».

Pour être convaincant, le groupe de plaidoyer met dans la balance les méfaits de la fréquentation des sites d'or pour les enfants et les bienfaits de l'école. Un plaidoyer qui porte des fruits puisque les gestionnaires des sites d'or de la localité ont pris l'engagement de ne plus embaucher les enfants afin de les inciter à réintégrer les classes. Et quand on parle d'une éducation de qualité, elle repose sur des enseignants bien formés. Et le PIGEC II n'a pas omis cet aspect puisque l'un des objectifs du projet est de former 200 enseignants des 25 écoles cibles du projet et 11 encadreurs pédagogiques de la province en pédagogie genre sensible.

Ce renforcement de capacités ne déplait pas du tout aux enseignants. Au contraire. « Les thèmes abordés au cours de ces formations sont d'actualité. Et les enseignants apprécient beaucoup ces formations parce qu'elles contribuent à l'amélioration des capacités professionnelles des enseignants », nous révèle Amadou Bourgou, conseiller pédagogique et membre du groupe de plaidoyer de Thion. Ce groupe entend contribuer de manière significative à l'amélioration de la qualité de l'éducation dans sa localité.

Ainsi donc, avant que la délégation composée de journalistes n'arrive à Thion, dans la matinée du 18 décembre 2018, le groupe de plaidoyer a procédé à la mise en place d'un cadre de concertation pour l'éducation dans la commune de Thion, qui va désormais mener des réflexions afin de trouver des solutions aux problèmes qui tirent le taux de scolarisation vers le bas. Toute chose qui démontre la pertinence de ce groupe de plaidoyer qui entre dans le cadre du projet PIGEC II.

Une victoire non moins importante du groupe de plaidoyer de Thion est la prouesse du 30 novembre 2018 où le groupe a réussi à faire de telle sorte que « dans le budget de la commune, sur 22 millions de ressources propres, 10 millions soient alloués à l'éducation ». Un témoignage de Talardia Joseph Tiabondou, secrétaire général de la commune de Thion que nous avons retrouvé dans son bureau en cet après-midi du 18 décembre 2018. Pour lui, si ces groupes de plaidoyer n'existaient pas, il fallait les créer parce qu'ils influencent positivement le domaine de l'éducation dans la province de la Gnagna, surtout la scolarisation des filles.

Adissa Ouédraogo, spécialiste éducation à Oxfam: « Nous demandons à la population et aux autorités de s'impliquer dans la mise en œuvre du projet »

« La mise en œuvre du PIGEC II dans la province de la Gnagna se passe très bien. Les activités planifiées ont pu être mises en œuvre parmi lesquelles le renforcement des capacités des enseignants sur certaines méthodes pédagogiques dont la maîtrise n'est pas très évidente, le renforcement des capacités des parents d'élèves pour les amener à s'impliquer dans la gestion des écoles, le renforcement des capacités des jeunes, surtout des femmes pour les amener à influencer les politiques au profit de l'éducation pour un changement durable. La stratégie de Oxfam est le faire-faire ; c'est pourquoi nous travaillons avec certaines organisations de la société civile, notamment la Coalition éducation pour tous qui est le chef de file du consortium. Nous travaillons aussi avec d'autres organisations que sont le Cadre de concertation des ONG et associations en éducation de base (CCEB). Nous travaillons aussi avec la radio Djawoampo et Semfilms. Et le partenariat est très fructueux. La mise en œuvre du projet par an s'élève à plus de 100 millions de F CFA. Nous demandons à la population et aux autorités de s'impliquer dans la mise en œuvre du projet parce que la réussite d'un projet repose sur la responsabilisation des acteurs terrains, c'est-à-dire leur implication depuis la conception jusqu'à la mise en œuvre et à l'évaluation. »

Modeste Bagnomo Nébié de la Coalition nationale pour l'éducation pour tous: « Grâce au PIGEC II, la province de la Gnagna est classée première au niveau de la région »

« Le projet PIGEC II a pour objectif principal de contribuer à l'amélioration de la qualité de l'éducation et au renforcement des capacités des acteurs sur le terrain afin qu'ils soient des citoyens actifs après avoir bénéficié d'une éducation de qualité qui va contribuer à un changement social durable dans la commune de Bogandé, les communes de Thion et de Mani. Dans la commune de Bogandé, il y a 2 circonscriptions d'éducation de base (CEB) qui sont concernées. A Mani, c'est également 2 CEB qui sont concernées et à Thion le programme est mis en œuvre dans une CEB. Et chaque CEB participe au programme avec 5 écoles. Et cela fait un total de 25 écoles qui sont couvertes par ce programme qui est à sa deuxième phase. Le choix de ces communes s'explique par le fait qu'il y a eu une première expérience qui a été menée, PIGEC I, dans deux provinces, la Gnagna et le Yagha. Cela est parti d'une étude diagnostic réalisée par Oxfam, qui a fait ressortir que les provinces en situation de vulnérabilité plus poussée étaient les provinces de la Gnagna et du Yagha. Pour donner plus d'impact à l'action, on ne pouvait pas couvrir toutes les communes de ces provinces. On a donc ciblé un certain nombre de communes dans lesquelles nous intervenons. Et après cette phase, il y a eu discussion entre Oxfam et ses partenaires pour faire une évaluation. Il a été convenu de faire un recentrage du programme. Nous avons pensé qu'il y avait plus de nécessité à recentrer le programme dans la province de la Gnagna. Chacune des communes d'intervention dispose d'un groupe de plaidoyer. Et chacune des 25 écoles de la zone d'intervention dispose d'un gouvernement.

Grâce au PIGEC II, la province de la Gnagna est classée première au niveau de la région de l'Est. Ce qui n'était pas le cas avant l'intervention du programme. Ce qui a permis de tirer les résultats scolaires de la région vers le haut au niveau national. La région est actuellement classée troisième au niveau national. Avant, c'était une région qui occupait les derniers rangs. »

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