Congo-Kinshasa: Ce vendredi, LAMUKA décrète l'opération « ville morte »

Photo: Radio Okapi/Axel Gontcho
Vue de l'avenue de la Libération (ex-24 Novembre) à la hauteur de l'Académie des beaux Arts
28 Décembre 2018

La solidarité nationale se met en place

La décision de la Céni postposant en mars 2019 les élections à Beni, Butembo et Yumbi a créé un tsunami sur la scène politique congolaise. On voit mal comment Corneille Nangaa, président de la Céni, pourrait finalement organiser les élections du 30 décembre prochain. Le pays brûle déjà. Beni, Butembo et Goma ont été en feu hier jeudi. Il faut craindre que l'onde de choc ne s'étende au-delà des territoires et villes mises en quarantaine électorale par la Céni. Dans les états-majors politiques, les réactions ne se sont pas fait attendre. Ce vendredi déjà, la coalition LAMUKA lance une opération « ville morte » sur l'ensemble de la RDC. Par solidarité aux électeurs exclus de Beni, Butembo et Yumbi.

À Lamuka, coalition qui soutient la candidature de Martin Fayulu à la présidentielle, on n'y est pas allé par quatre chemins. Dans une déclaration au vitriol, signée jeudi par Pierre Lumbi, directeur de campagne de Fayulu, Lamuka étale toute son indignation par rapport à la décision inique de la Céni.

Par solidarité aux électeurs de Beni, Butembo et Yumbi, la coalition Lamuka a décrété une opération « ville morte » ce vendredi sur l'ensemble de la République démocratique du Congo. Une façon, selon lui, de marquer toute la désapprobation du peuple congolais au schéma électoral incendiaire que met en œuvre la Céni.

« Aucune loi ne donne compétence ni qualité à la Ceni de priver une partie de la population congolaise de son droit élémentaire et souverain », a indiqué Pierre Lumbi, prenant soin de rappeler que « la campagne électorale vient juste de s'y dérouler, drainant les foules, sans qu'une quelconque mesure d'interdiction n'ait été prise [... ] ».

Qui pis est, note Pierre Lumbi, Beni et Butembo ne sont pas les seules zones touchées par le virus Ebola. « Nous tenons à rappeler à la Céni que cette épidémie touche au-delà de ces circonscriptions et sévit aujourd'hui dans les territoires de Mambasa, Irumu et même dans la ville de Bunia », a dit à ce propos le directeur de campagne de Matin Fayulu.

Au nom de la coalition Lamuka, Pierre Lumbi a exigé que la Ceni « retire instamment » ce report « injustifié ». Face au virage dangereux que vient de prendre le processus électoral et dont Corneille Nangaa en portera seul la responsabilité, Lamuka a lancé en même temps un message en direction de l'ONU, l'UE, l'UA, la SADC et la CIRGL afin qu' « elles obtiennent de la Ceni la levée de cette décision susceptible de fragiliser l'ordre et la stabilité dans la sous-région de l'Afrique centrale ».

Dans ces conditions, faut-il encore espérer la tenue effective d'élections ce dimanche 30 décembre ? Difficile à dire pour l'instant. Toujours est-il qu'avec sa décision d'exclure Beni, Butembo et Yumbi aux élections de ce dimanche, la Céni a créé un précédent fâcheux qui pourrait bien l'emporter. À tout prendre, c'est la petite goutte qui a fait déborder le vase.

Que reste-t-il donc à faire ?

Le plus évident est que l'avenir du processus électoral paraît de plus en plus incertain. Par la faute de Corneille Nangaa qui aura minimisé, malgré tous les appels à la raison, toutes les critiques lancées contre ses méthodes, notamment le recours à la machine à voter et l'existence d'un fichier électoral corrompu par des millions d'électeurs sans empreintes. Par arrogance et son entêtement, Nangaa a fini par aggraver la situation jusqu'à compliquer le jeu électoral. Il doit aujourd'hui porter seul le fardeau d'un processus désormais voué à la dérive.

Ce dimanche 30 décembre 2018, la Céni a rendez-vous avec l'histoire. Et le peuple congolais, plus que jamais mobilisé, n'attend plus que cette date. Nangaa l'a promis, espérons qu'il tiendra parole. Si non, c'est tout le pays qu'il va entraîner dans un cycle d'horreur aux conséquences imprévisibles.

Jeudi dernier, Beni, Butembo et Goma ont d'ors et déjà annoncé les couleurs. Et ce vendredi, c'est par une opération ville morte que Lamuka apporte de l'eau à la grande vague de contestations qui s'apprête à embraser toute l'étendue de la RDC. Il y a péril en la demeure.

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