Madagascar: Résultats présidentielle malgache - Jusqu'où ira Ravalomanana dans la contestation des résultats ?

Vue sur le Lac Anosy en juillet 2009, au centre de la ville d'Antananarivo, capitale de Madagascar.

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a proclamé, hier en début de soirée, les résultats du second tour de l'élection présidentielle à Madagascar. Pas de surprise : Andry Rajoelina l'emporte avec un score de 55,66% des suffrages contre 44, 34% à son challenger, Marc Ravalomanana.

La remontada n'aura donc pas eu lieu dans ce match de revanche entre ces deux mastodontes de la faune politique de la Grande Ile. Andry Rajoelina, la tête de proue de la contestation populaire qui avait poussé Marc Ravalomanana à démissionner de la présidence de la République en 2009, renvoie donc ce dernier à ses chères études politiques. Mais ce n'est pas du tout sûr que le prospère homme d'affaires, qui a chopé le virus de la politique sur le tard, reprenne le chemin de l'exil. Au contraire, il dit avoir gagné cette élection. Ainsi, avant même que la CENI ait proclamé les résultats du scrutin, il avait mis sur pied une cellule de crise et, dans un discours offensif prononcé quatre jours avant la publication officielle des résultats, appelé ses partisans à faire front contre la manipulation de l'opinion publique en vue de lui voler la victoire.

Cette attitude de mauvais perdant qui consiste pour Marc Ravalomanana à mettre la charrue avant les bœufs, c'est-à-dire à contester les résultats du scrutin avant même leur publication officielle, fait craindre le pire pour la paix sociale dans ce pays. La raison de cela, une vive animosité bien plus que la simple adversité politique, l'oppose à Rajoelina. Elle a fait le lit de la crise inextricable dans laquelle le pays est empêtré depuis une dizaine d'années. Cette élection présidentielle censée y mettre fin pourrait alors avoir réveillé de vieux démons.

De fait, joignant l'acte à la parole de son champion, la fameuse cellule de crise avait mandaté, dès le 26 décembre, des avocats pour une confrontation entre les procès-verbaux détenus par son état-major de campagne et ceux de la CENI. Le camp Ravalomanana est ainsi à la recherche de preuves tangibles pour contester les résultats de cette présidentielle devant la Haute Cour constitutionnelle. Par ailleurs, la même cellule de crise a invité les partisans du candidat malheureux à une manifestation au centre de Tananarive demain samedi.

On le voit bien, Marc Ravalomanana met deux fers au feu pour rejeter le verdict des urnes. Va pour la saisine de la Haute Cour constitutionnelle selon la procédure légale, mais quid de la manifestation de rue annoncée ? On est plus que circonspect sur son opportunité, d'autant plus qu'à la date indiquée, le Conseil constitutionnel n'aura pas encore vidé sa saisine. Par ailleurs, appeler à manifester sans l'autorisation préalable des autorités compétentes, c'est prendre le risque d'exposer les manifestants à la répression des Forces de l'ordre. Et dans les situations du genre, un dérapage est vite arrivé. De là à dire que Marc Ravalomanana, son état-major de campagne et sa fameuse cellule de crise cherchent à créer des incidents qui pourraient raviver les braises de la situation sociale encore volatile sur la Grande Ile, il y a un pas qui est vite franchi. En cela, l'homme emprunte le même chemin tortueux que ces mauvais perdants qui, sous nos tropiques, sont prompts à crier à la fraude pour expliquer leur échec à conquérir le cœur des électeurs. Et Marc Ravalomanana, qui fait fi du constat des observateurs nationaux et internationaux sur la régularité et la sincérité globale de ce scrutin, fait douter qu'il ait tiré leçon du passé. Dommage! Jusqu'où ira-t-il alors dans l'expression de son ego surdimensionné pour être calife à la place du calife ? On attend de voir.

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