2 Janvier 2019

Tunisie: Le travail ne fait que commencer

Quand Youssef Chahed, chef du gouvernement, a décidé de prendre en charge personnellement la lutte contre l'augmentation vertigineuse des prix, la prolifération de la contrebande et la multiplication des entrepôts où les spéculateurs stockent les produits de consommation de première nécessité, il savait -- lui et ses ministres -- qu'en descendant sur le terrain pour découvrir comment un kilo de tomates vendu par un agriculteur à raison de 500 millimes est revendu au consommateur à 2 dinars, qu'il allait affronter une nébuleuse de spéculateurs et de contrebandiers assez forts et maîtrisant «admirablement» les faux circuits de distribution et d'écoulement des produits de consommation.

Une nébuleuse dont les ramifications et les méthodes d'intervention remontent -- faut-il le reconnaître -- à bien des décades et dont les «gros poissons» agissent pratiquement à découvert bien avant que Youssef Chahed n'accède à la présidence du gouvernement et aussi des années avant l'avènement du 14 janvier 2011.

Sauf qu'auparavant et durant les époques Bourguiba et Ben Ali, voire durant l'époque du gouvernement provisoire dirigé, de fin février 2011 à fin novembre de la même année, par le Premier ministre intérimaire Béji Caïd Essebsi, on avait pris l'habitude de ressentir les méfaits des barons de la spéculation lors du mois de Ramadan ou à l'occasion des fêtes de fin d'année quand certains produits de grande consommation comme le lait, les œufs, etc. étaient dissimulés par ces mêmes spéculateurs puis écoulés au compte-gouttes à des prix exorbitants.

Malheureusement, ces dernières années, la spéculation n'est plus conjoncturelle ou épisodique. Elle est devenue quotidienne et ses auteurs agissent désormais à visage découvert.

Pire encore, elle concerne, désormais, des produits ou des matières qu'on croyait à l'abri de la contrebande comme les médicaments qu'on ne trouve plus dans les officines hospitalières ou dans les pharmacies, mais qu'on peut trouver chez le trafiquant du quartier, à un prix trois ou quatre fois supérieur au tarif initial.

Que faut-il faire dans le but de mettre un terme à cette situation devenue intolérable et inadmissible au point que les annonces répétées des saisies des marchandises dissimulées dans les dépôts secrets ne suscitent plus l'intérêt des citoyens qui considèrent que la lutte contre la spéculation et la cherté de la vie passe inexorablement par la mise au pas de ces spéculateurs et l'éradication de la contrebande et du commerce parallèle ?

Le gouvernement se dirige aujourd'hui vers l'adoption d'une stratégie de communication qui passe par la mise en place d'une campagne d'information et de sensibilisation à l'intention des consommateurs appelés eux aussi à accompagner et à soutenir la guerre que mène le gouvernement contre la corruption, la contrebande et la spéculation.

Certes, la plus grande part dans cette guerre est à assumer par le gouvernement. Il reste également que les associations de la société civile et pas uniquement celles censées défendre les consommateurs se doivent de s'impliquer avec plus de vigueur dans cet effort citoyen de conscientisation et de responsabilisation pour qu'ensemble tous les Tunsiens parviennent à faire face aux professionnels de la spéculation et aux barons de la contrebande qui ne reculent devant aucun stratagème pour dominer le marché selon leur bon vouloir et imposer les prix qui servent leurs propres intérêts.

Et quand les services de contrôle économique parviennent à débusquer un million d'œufs cachés dans des dépôts appartenant à des spéculateurs et les font écouler dans de grandes surfaces à des prix abordables, soit comme l'a décidé le ministère du Commerce, on ne peut que saluer l'initiative et demander à ce qu'elle ne soit pas conjoncturelle, dans le sens que le dévoilement des caches se doit de se poursuivre et aussi la révélation de l'identité des spéculateurs sans oublier les sanctions les plus sévères qui doivent leur être infligées.

Un jour avant la célébration du réveillon 2019, Youssef Chahed est allé écouter les préoccupations des commerçants et des clients du marché municipal de Nabeul. Et ceux qui ont dialogué avec le chef du gouvernement ont dit tout ce qu'ils avaient sur le cœur.

Maintenant que le chef du gouvernement est au fait des «secrets et des manœuvres», on attend qu'il prenne, dans les plus frais délais, des mesures urgentes à même de redonner espoir et confiance aux Tunisiens.

Tunisie

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