Afrique: Plaidoyer pour une restitution du patrimoine culturel africain

Pour cette nouvelle année 2019 qui s'ouvre, riche en promesses et chargée d'enseignements des précédentes, que souhaiter qui n'ait été déjà exprimé par des milliards d'âmes, à l'instar du plein de santé, bonheur et prospérité pour tous ?

Nous voulons porter un toast fort qui recueille un assentiment aussi puissant et unanime en faveur du rapatriement de tout ce que notre cher continent Afrique, berceau de notre humanité, a vu s'évaporer comme objets et œuvres de culture, de tradition à destination d'Outre-mer continentale vers l'Europe, les Amériques, l'Asie, sur toute la surface de la terre (99% de nos œuvres d'art classique demeurent hors d'Afrique, qui a été vidée de son art pendant un siècle) et bien souvent de manière dramatique, par des subterfuges et autres raisons mercantiles.

L'Afrique a le droit d'avoir accès à ce patrimoine. Ils sont trop peu nombreux, ces Africains, en mesure de se déplacer pour visiter les musées qui possèdent ces œuvres à l'extérieur du continent. Dans le cas des pièces que réclame, par exemple, le Bénin, le Sénégal et le Congo démocratique, il est largement établi qu'elles ont été volées !

Nos Etats auraient dû exiger des Etats étrangers concernés, qu'ils déterminent le nombre de pièces exactes qu'ils possèdent et, de ce fait, entamer une démarche judiciaire qui demande réparation.

Il est anormal que les pays souverains d'Afrique n'aient pas accès à leur patrimoine. Le débat récent sur la restitution dans un délai de cinq ans du patrimoine artistique africain, lancé par le président français, Emmanuel Macron, à Ouagadougou, est un signe de cette volonté commune mais peut-être pas assez partagée, de voir réglée cette question lancinante qui perdure depuis des siècles.

La restitution récente par la France de vingt-six objets culturels au Bénin ne devrait pas nous inciter à nous endormir sur nos lauriers car, l'idée du rapatriement des biens culturels africains n'est pas nouvelle et s'exécute à pas de tortue.

Il faut se souvenir que déjà au XIXe siècle, un mouvement s'était manifesté, consécutivement à la décolonisation, pour patiemment aboutir au texte de référence, la Convention de l'Unesco de 1970, qui oblige les Etats signataires à restituer le patrimoine sorti illégalement du continent.

Nous devons donc nous engager plus efficacement pour le rapatriement de ces œuvres d'art dans leur musée d'origine et pour ce faire il faut, bien entendu, que les politiques du continent prennent grande conscience de la valeur inestimable du patrimoine culturel africain afin de le défendre.

Il faut, à l'image de l'homme d'affaires congolais Sindika Dokolo, détenant l'une des plus importantes collections d'art africain contemporain, soutenir cet engagement de faire revenir sur le sol africain les pièces volées après les indépendances, durant les guerres civiles.

De nos jours, la majorité des pièces anciennes a un historique. Elles sont toujours accompagnées d'un certificat d'authenticité les retraçant. Il devient donc extrêmement difficile d'acheter de telles pièces. Mais, faute d'avoir été répertoriées, certaines pièces de musée ne seront jamais retrouvées.

L'absence de marché d'art classique africain sur le continent a contribué également à favoriser ce pillage organisé. Il est indispensable d'en créer, pour que le continent apprenne à reconnaître pleinement son art, son patrimoine et que soient créées des galeries pour susciter des vocations de collectionneurs.

L'Afrique, telle toute autre civilisation, n'évolue pas comme il se devrait ; sans doute à cause de sa culture, ce passé kidnappé!

Certains Etats grands collectionneurs d'art africain, à l'instar de la France, évoquent l'inaliénabilité des collections, défendant par là même le caractère « universel » des musées. Cette posture n'est pas à la hauteur du sujet, c'est juste un manque de considération pour l'Afrique, pour sa population et ses cultures. Il y a manifestement une justice à deux vitesses, on doit le dénoncer et les solutions ne sont pas si complexes. Le musée du quai Branly, à Paris, par exemple, doit reconnaître sa part de responsabilité et démontrer par cette occasion que l'ensemble de ses collections n'est pas issu d'un pillage. Les Etats ne peuvent pas se cacher derrière la loi et ignorer la morale qui demeure également une source de droit susceptible de permettre la prise de nouvelles dispositions. Pourquoi ne pas s'inspirer de ces experts qui ont suggéré au président français de modifier le code du patrimoine pour permettre la restitution d'objets africains dans le cadre « d'accords de coopération culturelle » entre « l'Etat français et un Etat africain » ? Ce serait peut-être un bon départ pour 2019 !

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