5 Janvier 2019

Tunisie: «Pour les beaux yeux d'Amira»

Dans une ambiance chaleureuse et conviviale, s'est tenu, jeudi dernier à l'espace du 4e Art, le concert de Yasser Jradi programmé dans le cadre du «Happy Hour».

Muni de sa guitare et de son harmonica, le chanteur a conçu sa prestation autour de son histoire personnelle depuis sa naissance à Gabès où il a grandi et fait ses études jusqu'au baccalauréat. A l'instar des jeunes débutants, il a commencé son parcours artistique en se produisant dans les mariages et en interprétant des refrains du répertoire folklorique de la région.

C'est grâce à un professeur d'anglais qui leur a fait écouter une chanson «Imagine» de John Lennon, hymne pacifique et utopique publié dans un album en 1971, que le jeune chanteur en herbe a eu le déclic et a décidé de mener un parcours d'artiste rebelle. Yasser Jradi chantera ce refrain, resté gravé dans sa mémoire. Après des études à l'Ecole des beaux-arts de Tunis, n'ayant pas trouvé de travail, il achète une guitare et apprend à en jouer décidant ainsi de quitter le troupeau et de s'engager dans une voie risquée, mais source de bonheur et de plénitude.

«Dans les moments les plus sombres, ma guitare est ma plus fidèle compagne». Les images de l'enfant palestinien Mohamed El Dura, tué par balles par les Israéliens, alors que son père tentait de le protéger, ont marqué Yasser Jradi qui par «nécessité intérieure», a écrit sa première chanson «Silence», un psaume mélancolique reflétant son état d'âme et ceux des millions de personnes sensibles à la cause palestinienne. La guitare lui a permis de découvrir une nouvelle dimension et de l'énergie.

N'ayant pas trouvé de boulot, notre musicien essaie de survivre en donnant des cours de guitare et c'est ainsi qu'il croise Amira, l'amour de sa vie. «Elle est devenue indispensable dans ma vie du fait qu'elle me procure beaucoup de joie». En 2001, il lui dédie une chanson. Puis, il y a eu éloignement, séparation, rupture et enfin retrouvailles. Chaque étape sera ponctuée d'une composition nouvelle «Neptune», «Dima dima» célèbre refrain inspiré d'une chanson cubaine de Maria Teresa Vera. Une chanson triste que Yasser Jradi, artiste fleur bleue, qualifie de « morceau de l'âme qui s'arrache sans pitié».

Après quatre ans de tournée sur les scènes des festivals et un voyage en Suisse, vers 2010, il s'empare d'un morceau sur un air catalan révolutionnaire «L'estaca» de Lluis Llach, traduit dans une cinquantaine de langues et propose «Dima dima» (toujours, toujours) une version en arabe à la fois romantique et très mélancolique :

Je jure sur la sueur des maçons qui tombe sur la pierre et la fait fondre,

Je jure sur ceux qui ont les pieds nus et ceux que le destin a fatigués [...]

Non, non, je ne me lasserai jamais de t'aimer [...]

J'écrirai ton nom avec le sang de mes mains,

Je retournerai vers toi, toujours, toujours ...

De sa séparation avec Amira, il en restera des séquelles. Dans le long tunnel obscur de la solitude Yasser Jradi évoque une citation de Chemseddine Tabrizi : «Tu apprends à travers la lecture, mais tu ne comprends qu'à travers l'amour».

Le désert affectif lui inspire cet air «Maâdech nouhsel». Il interprète une chanson qui lui tient à cœur «Ne me quitte pas» du chanteur belge Jacques Brel, puis «Wahdi» (Seul). Après six ans et ses retrouvailles d'avec Amira qui se solde par un mariage il écrit «Stenitek» (Je t'ai attendue) et comme dit Spinoza : «Le désir qui naît de la joie et plus fort que le désir qui naît de la tristesse».

Acteur de la scène alternative tunisienne, Yasser Jradi a réussi à s'imposer non seulement en tant que chanteur-auteur-compositeur, mais aussi en tant que calligraphe et amateur de cinéma.

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