Congo-Kinshasa: Elections - Une histoire de rendez-vous manqués

Photo: Radio Okapi/Photo John Bompengo
Un agent de la CENI présente la fiche des résultats du comptage manuel des bulletins d’un bureau de vote le 31/12/2018 après le vote organisé le 30 décembre en RDC

Une semaine après la tenue des élections provinciales, législatives et présidentielle en RDC, les résultats se font toujours attendre. La date d'hier, 6 janvier, initialement retenue par la CENI pour proclamer les résultats n'a pas été respectée.

En lieu et place, et comme pour pallier quelque peu cet énième rendez-vous manqué, elle a fait le point de la compilation des résultats au niveau central. Il en ressort que moins de 55% des bulletins ont été dépouillés. On n'en saura pas plus sur ces scrutins : pas de taux de participation ni de tendances partielles.

Les Congolais, l'Afrique, la communauté internationale devront donc attendre et encore attendre l'épilogue d'un processus électoral colmaté de bout en bout.

De fait, les rendez-vous manqués se suivent et se ressemblent dans l'organisation de ces élections où le désordre managérial le dispute aux difficultés logistiques, et cela depuis deux ans.

C'est connu, le premier rendez-vous manqué dans l'organisation de ces élections a été acté en décembre 2016 à la fin du deuxième et dernier mandat du président Kabila.

Trois autres reports s'en suivront jusqu'à ce 30 décembre 2018 où les scrutins ont pu se tenir dans un désordre qui n'est pas de nature à dissiper la suspicion qui entoure tout le processus.

L'incendie suspect du principal magasin de la CENI, le report des élections dans trois provinces, l'absence de listes électorales dans certains bureaux de vote, la création de bureaux de vote clandestins, etc., sont autant d'anomalies, trop d'anomalies qui font penser qu'une main invisible prend un malin plaisir à brouiller la vérité des urnes en RDC.

Et si ce retard dans la proclamation des résultats n'était qu'une pièce de plus du puzzle d'embrouillaminis destiné à flouer les électeurs congolais de leur choix librement exprimé par les urnes ?

En effet, bien que voter ce 30 décembre ressemblât à un parcours du combattant, ils ont fait montre d'un civisme électoral qui s'interprète comme une volonté de renouveler sa classe dirigeante.

Joseph Kabila, son Front commun pour le Congo, son dauphin, Emmanuel Ramazani Shadary, sont-ils suffisamment ouverts au jeu démocratique pour accepter cette éventualité ?

Rien n'est moins sûr et c'est à se demander si la lenteur de la CENI à compiler les résultats des scrutins ne participe pas à une manœuvre de falsification de la vérité des urnes.

En tout cas, le Canada, les Etats-Unis, l'Union africaine et la conférence épiscopale congolaise (CENCO), en appelant la CENI à publier des résultats conformes à la volonté du peuple, corroborent les analyses qui tendent à dire qu'Emmanuel Ramazani Shadary a perdu l'élection présidentielle et que le pouvoir Kabila, de connivence avec la CENI, grenouille pour faire mentir les résultats des urnes.

C'est dire donc que dans cette avalanche de rendez-vous manqués dans l'organisation et la proclamation des résultats des élections en RDC, les soupçons de trucage sont latents.

La CENI peine à convaincre des difficultés logistiques qui la handicapent, et le climat de tension entre ses agents, les témoins des partis politiques et les observateurs des scrutins est le signe d'une atmosphère sociale volatile.

Et la CENCO de prévenir : la plus grave des irrégularités qui pourrait pousser les populations congolaises au soulèvement serait de publier des résultats, même provisoires, qui ne seraient pas conformes à la vérité des urnes. On attend de voir.

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