6 Janvier 2019

Burkina Faso: Violences communautaires à Barsalogho - Yirgou vaut bien un deuil national

Photo: fasozine
Le message du président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, après la tragédie de Yirgou.

Roch Marc Christian Kaboré a eu la possibilité de prendre la mesure du désastre. Quatre jours après les violences communautaires survenues à Yirgou dans le Sanmatenga, le président du Faso s'est en effet rendu le samedi 5 janvier 2019 dans cette localité encore marquée par les stigmates de la folle journée du 1er janvier.

Pour prendre le pouls de la situation, compatir à la douleur des familles éplorées mais aussi et surtout exhorter les populations, qui cohabitaient jusque-là en bonne intelligence, à ne pas poser des actes susceptibles de mettre à mal notre vivre-ensemble.

Il faut dire qu'il a été bien inspiré d'aller constater par lui-même l'indicible horreur dont le dernier décompte macabre, selon les informations officielles, faisait état le week-end de près de cinquante personnes tuées (plus de cent selon d'autres sources), notamment de la communauté peule victime d'expéditions punitives de la part des koglwéogos après l'assassinat du chef du village par de présumés terroristes.

Tout comme il était de bon aloi pour lui, avec la mine d'enterrement de circonstance, de faire une adresse solennelle à la nation dans la soirée de samedi moins d'une semaine après son message du nouvel an déjà frappé du sceau sécuritaire.

Mais si l'initiative est louable, le contenu est quand même un peu décevant dans la mesure où le discours présidentiel a consisté en une litanie de condamnations de l'infamie et d'exhortations à l'unité pour combattre l'ennemi commun : les forces du Mal qui veulent nous diviser.

On se serait pourtant attendu à des annonces fortes allant dans le sens de l'apaisement des cœurs meurtris de nos compatriotes peuls, que ce soit ceux de Yirgou ou d'ailleurs. Hélas, il n'en fut rien.

Peut-être des mesures idoines vont-elles être prises ultérieurement de façon publique ou non, mais n'était-ce pas nécessaire par exemple pour le premier magistrat du pays d'asséner de façon claire et sans équivoque du haut de sa chaire que ces crimes de masse ne resteraient pas impunis ?

Certains seraient tentés d'invoquer la sacro-sainte séparation des pouvoirs, oubliant que la parquet, qui entretient, ne l'oublions pas, des relations hiérarchiques avec le ministère de la Justice, et donc avec l'Exécutif, peut et même doit se saisir de cette affaire si ce n'est déjà fait pour que justice se fasse afin de décourager à jamais ce genre de pogrom.

De la même manière, n'est-il pas opportun de décréter un deuil national (il n'est pas encore tard) au regard de l'ampleur de l'hécatombe et d'autres considérations sur lesquelles il n'est pas utile d'épiloguer hic et nunc ?

Car même les terroristes n'ont jamais fait autant de victimes en une seule fois, or pour moins que ça, on a déjà mis les drapeaux en berne et interdit les réjouissances publiques. C'est dire qu'il y a même plus terroristes que les prétendus djihadistes.

Loin d'être de la simple démagogie, vu les circonstances, l'allocution du locataire de Kosyam aurait été encore plus poignante avec de telles décisions ou d'autres allant dans le même registre.

Cela dit, et sans vouloir verser dans une polémique stérile, il faudra bien que la chaîne de commandement politico-militaire nous explique pourquoi c'est seulement dans l'après-midi que les Forces de défense et de sécurité, tels des médecins après la mort, ont débarqué dans le patelin sinistré depuis les premières heures de ce mardi noir.

Faut-il croire, comme nombre de nos concitoyens, que pendant que le sang coulait à Yirgou, en ce jour de l'an, la république était en vacance et se noyait dans les effluves de champagne et autres spiritueux de luxe pour palais exercés ?

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