Cote d'Ivoire: Salomon Kalou - "Nous sommes une fondation ouverte à tout"

interview

Générosité, partage, entraide, assistance sont autant de valeurs qui caractérisent Salomon Kalou. Président de la Fondation Kalou, un organisme qui œuvre aux côtés du Samu pour la lutte contre l'insuffisance rénale, dans l'assistance et la protection de la petite enfance, dans l'éducation... , l'attaquant du Hertha Berlin a accepté de s'ouvrir à nous.

Son engagement social, les Eléphants, sa carrière, la guéguerre entre la FIF et le GX, la CAN 2021, sa relation avec Didier Drogba, il n'a rien occulté. Salomon Kalou sans détours.

Ambassadeur du Samu pour la lutte contre l'insuffisance rénale, assistance à la petite enfance et aux orphelins. Maintenant une école primaire à Bouitafla. Qu'est-ce qui explique l'engagement social de Salomon Kalou ?

L'engagement social est une priorité pour nous, en tant que Fondation. Personnellement, j'étais engagé avec le Samu. J'ai voulu agrandir mon champ d'action en tant que personne. C'est toujours important de tendre la main et de donner la chance à tout un chacun de goûter à la joie de vivre.

Je suis content qu'on arrive à enchainer dans nos projets. Au départ, ce n'était pas évident qu'on ait un centre de de dialyse à Bouaké, ce n'était pas aussi évident d'aider chaque année les pensionnaires de l'orphelinat national des jeunes filles de Grand-Bassam, et maintenant doter Bouitafla (localité située dans la commune de Vavoua) d'une école. Je suis fier de tout ce boulot qu'on a abattu en tant que Fondation.

 Comment vous vous voyez? Un vagabond de la charité?

Au-delà de la charité qu'on offre, je pense qu'il faut toujours terminer ce qu'on commence. Quand tu décides d'entreprendre une action, il faut la conduire à son terme et bien la conduire. Ça a toujours été une source de motivation pour moi.

Quand j'entreprends quelque chose dans ma vie, j'ai envie de la terminer. C'est cette même envie que nous avons au niveau de la Fondation. Chaque année, on se fixe des objectifs qu'on essaie d'atteindre dans un timing bien défini.

Combien de centres d'hémodialyses la fondation compte-t-elle construire à terme ?

Chaque année, nous faisons ce que nous pouvons avec les moyens qu'on a. On essaie de s'appuyer sur les pouvoirs publics pour nous faciliter le travail.

Cela a été plus facile à Bouaké parce qu'on nous a ouvert des portes pour pouvoir aller là-bas et travailler.

Cela a été plus facile dans les villes où nous nous sommes rendus. On espère que les gens vont continuer à nous ouvrir des portes.

Cela nous amènera à créer plus de centres de dialyse. Mais pas que les centres de dialyses. Au-delà de la santé, nous sommes aussi dans l'éducation, l'assistance sous toutes ses formes et beaucoup d'autres œuvres. Nous sommes une Fondation qui est ouverte à tout, qui œuvre pour les autres.

Revenons à l'école Youanty Iritié Antoine. Pourquoi avoir choisi spécialement Bouitafla, dans la commune de Vavoua pour la première école de la Fondation ?

Nous gardons les bonnes choses pour la fin. Je suis de Vavoua mais je n'ai jamais posé d'acte ici. Nous sommes en Afrique.

Les gens comprennent difficilement qu'on pose des actes partout et pas dans son propre village. J'estime que le moment est venu de dire aux populations de Bouitafla qu'on ne les a pas oubliées.

Avec l'élection de Bonaventure (Kalou, nouveau maire de Vavoua, ndlr), cette école est un moyen de leur dire qu'on a des projets pour la commune de Vavoua.

En tant que Fondation, on essayera de l'aider dans sa mission pour respecter les engagements pris et pousser Vavoua dans le développement souhaité. L'école marque la toute première action. Il y en aura beaucoup d'autres.

A l'EPP Youanty, on y voit l'infirmerie Salomon Kalou. Ce qui n'est pas forcément une surprise. Mais tous ceux qui étaient à l'inauguration ont pu s'apercevoir qu'il y avait des salles Gervinho, Wilfried Bony et Jeanine Diagou. Qu'est-ce qui explique cet honneur fait à ces personnes.

Cet hommage répond au fait que ces personnalités citées sont les premiers et gros donateurs de la Fondation. Gervinho est l'un des donateurs les plus réguliers de la Fondation depuis sa création. Il en est de même pour Bony Wilfried.

Madame Diagou, avec sa Fondation, nous a aidés dans bien de choses. C'est donc un hommage que nous leur rendons parce qu'ils ont été consistants dans notre travail.

Le volet sportif nous amène à nous interroger sur l'avenir de Salomon Kalou avec la sélection nationale. Tu es y absent depuis la non qualification pour le Mondial du 11 novembre 2017. Est-ce finalement la fin de l'aventure avec les Eléphants ?

Déjà la Côte d'Ivoire est qualifiée pour la CAN en juin 2019. On a une équipe de jeunes qui me rappelle celle de 2006. Il y a un groupe en place avec beaucoup de talents mais la mayonnaise n'a pas encore bien pris.

Ça me rappelle beaucoup 2006 parce qu'on a été à un moment de transition où les jeunes de l'Académie Mimosifcom et certains joueurs européens comme Didier Drogba ont fait fusion.

On a vu ce que cela a donné. Nous avons été en finale de cette CAN et ensuite, nous nous sommes qualifiés pour la première Coupe du monde de l'histoire de la Côte d'Ivoire. J'estime qu'il y a de la place pour tout le monde, pour tout jeune joueur ivoirien de s'exprimer.

Je ne peux pas décider de venir en sélection et priver un jeune Ivoirien d'une place de 23 joueurs. S'il peut apporter un plus dans sa manière de voir les choses, dans sa façon de jouer, il faut lui donner sa chance. Je suis plus focaliser sur mon club.

Mon avenir, c'est plus en club qu'en sélection. Je ne pense pas encore à la sélection. Je suis tous les matchs de la sélection et quand je vois qu'il y a beaucoup de jeunes qui montent en puissance, cela me réjouit énormément.

l'a fait Wilmots, avoir besoin de Salomon Kalou pour la phase finale de la CAN 2019, sortirez-vous à nouveau de cette retraite au nom et pour l'honneur du pays ?

Si le cas se présente, je verrai avec le sélectionneur. Nous allons nous asseoir ensemble, discuter et voir ce qu'il attend de moi. Si c'est pour renforcer l'équipe, si c'est pour encadrer les jeunes, tout cela se discute.

Aujourd'hui, ce n'est pas ma priorité majeure de revenir en sélection. En tant qu'ancien, j'estime qu'il y a des jeunes qui montent en puissance et qui peuvent apporter beaucoup à la sélection nationale.

Cela démontre que le football ivoirien est à un haut niveau. Et il faut soutenir et continuer à croire en ces jeunes-là. Parce que ce n'est pas évident de venir après une telle génération qui est celle de Didier Drogba, Yaya Touré, Kolo Touré, Gervinho.

Ce n'est pas évident de faire la transition entre toute notre génération dite dorée et une nouvelle génération.

Mais cela n'exclut pas qu'ils ont aussi bien du talent que la nôtre. Il faut lui laisser le temps de se mettre en place et de devenir dans les cinq prochaines années l'une des meilleures équipes du Continent.

A vous entendre parler, on se dit que Salomon a déjà fait un trait sur la sélection.

On ne peut jamais faire un trait sur la sélection. Parce que la sélection, c'est mon pays. J'aime mon pays. Et j'ai représenté mon pays pendant dix années. Je ne peux pas tourner le dos à ma sélection nationale.

Bien que n'étant pas un acteur actif lors de la phase qualificative, j'ai toujours suivi les prestations de l'équipe. Je suis constamment en contact avec certains joueurs, l'encadrement technique,...

Avant de devenir un joueur de la sélection, j'étais d'abord supporter de cette équipe nationale. A ce titre, on ne peut jamais tirer un trait sur la sélection. Surtout que je suis encore en activité.

 Salomon Kalou fait partie des voix qui portent aujourd'hui au niveau du football ivoirien. A ce titre, l'on est tenté de lui demander ce qu'il pense concrètement de la crise larvée née au lendemain de l'élimination de la Côte d'Ivoire de la Coupe du monde en Russie.

C'est compliqué de jouer dans un environnement de conflit. En tant que sportif, notre objectif est d'aller en compétition en ayant l'esprit posé.

Avoir des conflits comme ce à quoi on assiste actuellement, c'est un peu saper le moral de ceux qui défendent les couleurs du pays. C'est dommage !

Mais il faut que les joueurs fassent des efforts pour se mettre au-dessus de tout cela pour être performants et faire ce qu'on attend d'eux. C'est vraiment dommage qu'on arrive à ce niveau d'incompréhensions avec une crise dont on aurait pu s'en passer.

 Si Salomon est appelé à mener une médiation pour un apaisement, quel message lancera-t-il ?

Asseyons-nous et discutons ! J'aimerais bien faire la médiation. Je n'ai jamais eu de problème avec mes coéquipiers, les dirigeants du football ivoirien. Il n'existe aucun problème sans solution.

Pour faire une médiation, il faut accepter de s'asseoir autour d'une table. On peut ne pas être d'accord sur plusieurs points mais il faut privilégier les intérêts du football ivoirien.

Tous autant qu'ils sont, les dirigeants disent se battre pour un football ivoirien mieux structuré, mieux organisé, un football ivoirien développé.

Pour le progrès du football ivoirien, tout le monde doit accepter de se mettre autour d'une table et de discuter.

Je préconise la voie de la négociation au nom du football ivoirien. Et pour ceux qui aiment ce football, il faut qu'ils acceptent de le faire pour une solution de sortie de crise.

 Il y aussi la polémique relative à la CAN 2021 promise à la Côte d'Ivoire que la CAF a réattribuée au Cameroun.

Je ne sais pas comment sont choisis les pays organisateurs mais je trouve dommage qu'on n'ait pas donné assez de temps à la Côte d'Ivoire de prouver qu'elle peut organiser la CAN 2021. Qu'est-ce qu'on demande dans le cahier de charges ? Des stades, des hôtels ? J'ai fait beaucoup de CAN (6).

J'ai vu les hôtels dans lesquels on logeait les équipes. En Côte d'Ivoire, on a assez de réceptifs de qualité par rapport à ce qu'il nous a été donné de voir ailleurs.

Quand tu as fait Cabinda (Angola), quand tu as fait Oyem (Gabon) et certaines villes où il y a eu la CAN, on ne peut pas dire que la Côte d'Ivoire ne sera pas prête.

Surtout en ce qui concerne l'hôtellerie. Pour les autres aspects, je ne vais pas trop me prononcer mais je pense qu'avec un ferme engagement de nos autorités, on doit pouvoir arriver à tenir le cahier de charges et les délais.

Parlons de la carrière en club. Salomon se sent parfaitement bien au Hertha Berlin où il entame une 5ème saison.

Oui ! J'aime bien les clubs qui ont une culture de famille. Le Hertha Berlin est un club familial, avec un bel esprit d'équipe.

On essaie tous de progresser ensemble. Si je suis encore au Hertha, c'est parce que l'état d'esprit me convient parfaitement.

Je me sens bien dans la ville de Berlin. Je suis très bien intégré au niveau social et sportif. Je me vois encore dans cette ville pour plusieurs autres années.

Vice-capitaine du club, cela implique également de grosses responsabilités.

SK : Bien sûr ! Beaucoup de responsabilités ! Tu dois être à l'heure et jamais en retard. Ça aussi, c'est bien. En tant que joueur africain, c'est aussi notre défaut.

Etre tout le temps en retard. Depuis que je suis en Allemagne, j'arrive à respecter les horaires, j'arrive très tôt à l'entraînement, souvent avant certains, souvent avant tout le monde.

Ce sont des choses qui arrivaient rarement quand j'étais à Lille où à Chelsea. Parce qu'on n'a pas l'obligation du temps ici en Afrique. Maintenant, je me suis bien adapté à cette exigence. J'ai intégré la «German Attitude».

 Les ambitions du club cette saison ?

Nous avons bien débuté la saison. Nous avons battu le Bayern, fait match nul à Dortmund, battu Schalke. Nous avons battu les têtes du championnat.

Je pense que nous avons a une bonne équipe maintenant et il faut qu'on soit constant dans notre manière d'attaquer les plus petits. Je pense qu'on peut aller en finale de la Coupe d'Allemagne. Nous pouvons aussi décrocher une place en Europa League.

 A chacune des manifestations de Salomon Kalou, on sent une forte présence de Didier Drogba à ses côtés. Quelle est la teneur de la relation qui unit les deux hommes?

Une bonne relation de grand frère à petit frère. Quand je suis arrivé à Chelsea, je ne connaissais pas Didier. Les gens se disaient qu'on se connaissait. Je sais que c'était Drogba avec l'équipe nationale et tout.

Mais on ne s'était jamais rencontré. La première fois qu'il m'a vu, la première question a été : «tu as signé avec nous. Tu vas jouer avec nous ou c'est pour jouer avec la deuxième équipe ?» (Rires).

J'ai répondu : «C'est pour jouer avec vous». A partir de cet instant, il a commencé à me prodiguer beaucoup de conseils. J'ai été bien intégré dans sa famille. Il m'emmenait manger chez lui.

Puisque j'habitais seul. A partir de là, est née cette relation de grand frère à petit frère. C'est normal qu'on arrive à se soutenir mutuellement dans nos tâches. Que ce soit dans sa Fondation ou dans la mienne. Chaque fois qu'il a une activité et que j'ai le temps, je ne me prive pas d'y aller.

 A 40 ans, Didier Drogba a décidé de mettre un terme à sa carrière. Qu'est-ce qu'il t'inspire et qu'est-ce qu'on peut vraiment retenir de lui ? Quel genre de capitaine et de coéquipier a-t-il été ?

Un coéquipier exemplaire, qui aime le travail, qui travaille beaucoup parce qu'il voulait être le meilleur. Il a une attitude qui motive. Quand tu es à côté de Didier, tu as envie de progresser, d'être meilleur aussi.

Il te donne envie de travailler. Didier est quelqu'un qui avait envie de gagner. Il n'aimait pas du tout perdre. Il avait cette rage-là que dégagent tous ces grands joueurs. C'est vraiment quelque chose de fort que je garde de lui. J'espère bien qu'il aura l'occasion d'être fêter ici en Côte d'Ivoire.

Tous les joueurs de la classe de Didier Drogba, que ce soit Henry avec l'Equipe de France, et d'autres pays, sont célébrés. J'espère qu'on aura l'occasion lors d'un match des Eléphants de le célébrer.

Il le mérite. Il a porté haut les couleurs de la sélection. Quelqu'un qui a plus de 100 sélections, il faut le respecter. Cent sélections en équipe nationale, ce n'est pas donné à tout le monde.

A 33 ans, jusqu'où Salomon Kalou compte aller dans sa carrière ?

Jouer aussi longtemps que Didier Drogba. C'est bizarre parce que quand je suis arrivé à Chelsea, on en parlait avec Mourinho. La question c'était : «Ton objectif est de jouer longtemps ou bien de jouer bien pendant quelques saisons ?»

Je lui ai répondu que mon objectif était de jouer longtemps. Et il m'a dit ceci : «Si tu veux jouer longtemps, il faut savoir s'adapter». Maintenait je pense que je me suis adapté. Et on verra au fur et à mesure des saisons.

Salomon Kalou songe-t-il à sa fin de carrière ? Et dans quel domaine compte-t-il se reconvertir ?

J'y songe. Le football s'arrête un jour. Pour le moment, je profite énormément.

 Ton aîné Bonaventure a opté pour la politique en se faisant élire maire de Vavoua. On peut prévoir le même parcours pour Salomon ?

Pour moi ? (Eclats de rire). Je suis plus dans la création. Je suis plus quelqu'un qui met ses idées en place en vue de les développer. Moi je suis plutôt dans la conception et j'adore rester en back-office.

Bonaventure est quelqu'un qui aime le terrain, qui prend les devants. Lui, il est un leader naturel. C'est quelqu'un qui exprime clairement ses idées, quelqu'un qui aime être écouté, qui sait guider.

Il est bien à sa place, dans son rôle. Ce rôle de meneur d'hommes, de leader lui va bien. Je pense qu'il est dans son milieu. Moi, la politique, ce n'est pas mon terrain

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