9 Janvier 2019

Cote d'Ivoire: Hommage - Un pionnier de la presse ivoirienne qui a vécu dans la discrétion, s'en va !

La mort a encore frappé dans le monde de la presse. Samedi dernier, à Tanokoffikro, Atta Koffi, l'un des tout premiers journaliste africain, ivoirien, en vue dans les années 1960 à Abidjan Matin (il y entre en 1961), l'ancêtre de Fraternité Matin, a définitivement dit adieu au monde de la presse.

Son nom évoquera peu de souvenirs pour les jeunes de la presse ; même moi-même qui lui rend hommage, je n'ai lu que quelques articles, sans plus, de ce « fendeur de brousse » ; lui qui a pourtant tracé le chemin que suivront, plus tard, Laurent dona Fologo, Auguste Miremont, Abougnan Marcellin, Jean pierre Ayé... ; chemin qu'emprunteront aussi, ayant indiqué la voie, les frères, neveux, cousins : Michel Kouamé, journaliste, ex-directeur général de Fraternité Matin, de 1994 à 1999, Essy Kouamé Noel Ebony, journaliste brillant, décédé à Dakar dans des conditions non encore élucidées (les prix qui consacrent les meilleurs journalistes du pays portent son nom), Yao Noël, journaliste, actuellement, Conseiller chargé de la Communication du vice-président de la République, M. Daniel Kablan Duncan, premier président aussi de l'Union nationale des journalistes de Côte d'Ivoire (UNJCI).

Ces trois sont des exemples de ce « virus de la presse» que Gabriel Atta Koffi a inoculé au clan : Pour moi, dira Noel Yao, le neveu, affligé il fut le pionnier, le devancier, l'inspirateur qui m'a mis sur la voie du journalisme.

D'autres plûmes sortiront de la grande famille d'Atta Koffi: Jean-pierre Kwaku (Feu Kassamoi, Monsieur Faits divers d'Ivoir'Soir), Jean-Baptiste Kouamé, enseignant à l'Université de Cocody et le dernier de la génération, Paul Bahini, chef du service Sports de Fraternité Matin.

Une salle, un boulevard, même un couloir d'une rédaction ou autre ne portera sans doute jamais son nom. Dans son village Tanokoffikro, où il s'était retiré pour en être le chef, il vivait au milieu des siens, loin de ce milieu qui a failli le broyer, mais qu'il aura servi avec passion et engagement militant.

Le 5 janvier, il a plu au Seigneur de le rappeler à Lui. Il avait 77 ans. Journaliste ivoirien, au début des années 1960, il aura couvert, comme reporter, les premiers voyages et déplacements du premier président ivoirien, Félix houphouët-Boigny.

C'est un des pionniers de Fraternité Matin aussi, qui s'en va, l'ayant servi, de sa date de naissance, le 9 décembre 1964, jusqu'en 1969.

Quand il en part, pour Fraternité Hebdo, sur instruction de Félix Houphouët-Boigny, c'est pour éviter bien des embrouilles entre sa hiérarchie et lui. Une hiérarchie qui avait du mal à canaliser les ardeurs d'homme de gauche d'un homme épris de liberté, libre dans sa tête comme dans ses idées.

Quelle idée, en effet, en pleine guerre froide, par exemple, de se fendre d'un édito pour s'attaquer à la toute puissante Amérique, face au Vietnam ? Quelle idée ! Il y avait, en ce tempslà, dans cette presse des premiers âges de l'indépendance, un homme libre, et ses idées d'homme libre. Donc un homme de trop.

De lui, Diomandé Métouba, un ancien de la radio nationale, a pu dire: C'est un brave et intrépide guerrier qui vient de tomber.

Je ne saurais dépeindre ici toutes les qualités de l'homme, de l'honnête homme dont la science, le savoir et la grandeur d'esprit ont marqué notre génération... Il est parti avec sa dignité et sa fierté.

Á Fraternité Hebdo, organe du Pdci-Rda, il s'occupera à écrire ses éditoriaux, loin de Fraternité Matin sur lequel veillait, comme à la prunelle de ses yeux, le chef de l'Etat, ne tolérant aucune autre forme de liberté pouvant saper sa politique, sinon que celle inspirée de sa politique et de la compréhension du rôle de la presse dans la jeune république de Côte d'Ivoire à construire.

Y veillait, à Fraternité Matin, en gardien prudent, et frileux, une hiérarchie qui savait des lignes rouges, souvent non écrites à ne pas franchir.

Ô temps du parti unique ! Une porte s'était fermée, une autre s'ouvrait donc pour lui. Il consacrera 23 ans de sa vie à servir Fraternité Hebdo comme éditorialiste, y meublant donc sa vie, sans plus, jusqu'à ce qu'un jour de l'an 1992, sous les Soleils du multipartisme, sa rencontre avec un autre esprit épris de liberté, Laurent Gbagbo, lui redessine sa trajectoire professionnelle.

Á un moment où il en avait le plus grand besoin. Besoin de respirer le vent de la liberté, et de sortir de l'ombre dans laquelle on l'avait plongé ; lui le grand journaliste et homme de lettres que salue le professeur Jean-Noël Loucou, historien, Secrétaire général de la Fondation Félix Houphouët-Boigny.

Á 50 ans, dont 23 passés dans l'ombre, victime de tant d'injustices, désillusionné ou désabusé, l'aventure sur instructions de Laurent Gbagbo en tant que rédacteur en chef du Nouvel Horizon, journal de gauche, quoique épousant ses convictions, fit long feu. Seulement deux ans!

En 1994, comme une manière de laisser des traces, et transmettre son savoir aux jeunes générations désireuses d'embrasser le métier, il s'en alla créer son École africaine de journalisme (EAJ).

Elle ne durera que le temps d'un été. Parce qu'il était temps, sans aucun doute aussi, pour un des derniers dinosaures de la presse (El hadj Youssouf Sylla, ex-journaliste Fraternité Matin) de se retirer.

Pour répondre à l'appel de la tradition et se plonger dans les entraves de cette tradition, pour y assumer des responsabilités de chef de Tanokoffikro, à la mort du patriarche, Tanoh Koffi paul, le fondateur du village. Noel Ebony ? Parti ! Atta Koffi, qui part.

C'est une autre figure marquante de la presse ivoirienne qui s'en va, ayant marqué son époque. Samba Koné, journaliste, a raison de dire : la presse vient de perdre une icône pour ma génération.

Celle des pionniers de la presse, des médias en général (presse, radio, télévision) en Côte d'Ivoire, dans ses premiers balbutiements.

Un catalogue précieux, en préparation, à l'initiative de l'Institut des sciences et techniques de la communication (IStC), rendra l'hommage mérité à ces illustres devanciers.

S'il ne fut pas si connu, comme ses autres cadets de cette famille de journalistes, Michel Kouamé, Noël Ebony, Yao Noël, c'est tout simplement une question d'époque, avec un homme aussi qui a vécu dans la discrétion, l'humilité qui sied aux hommes cultivés, à la recherche permanente du savoir, là où il se trouve : dans la lecture- il lisait beaucoup ; dans la musique - il aimait le jazz, la musique classique ; dans les voyages - il a voyagé, beaucoup. Il... se reposera, désormais dans son village. Requiescat in pace !

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