10 Janvier 2019

Sénégal: A charge ou à décharge/ Chansons politiques - Paroles d'artiste !

Des chansons contre, des chansons pour, à charge ou à décharge... Chanson politique, de campagne, sur commande ou dans l'air du temps... Des artistes qui s'affichent, mais à quel prix ?! «Retours de bâton» populaires ou artistes incompris ? Toute dernière chanson, ou presque, au lance-flammes : «Saï-Saï au cœur», du groupe Keur Gui...

L'intitulé de la chanson est hybride, on va dire qu'il fait dans le mélange des genres. Quant à la double-référence, elle est perceptible, mais encore faudrait-il avoir suivi, et connaître la... chanson comme on dit...

«Saï-Saï au cœur», comme l'injure suprême, pardon l' «offense au chef de l'Etat», selon la formule consacrée, qui avait valu à Amy Collé Dieng un court séjour en prison.

La chanteuse avait pourtant fini par se confondre en excuses: ses hormones de femme enceinte lui auraient joué un mauvais tour, mais passons...

«Saï-Saï au cœur»... Comme dans «Le Sénégal au cœur», le bouquin du président de la République, où Macky Sall lui-même raconte sa vie. Entre autres anecdotes plus ou moins croustillantes, l'histoire de «la (fameuse) bande à Sandrine», qui en aura fait sourire (ou pas) plus d'un, mais re-passons...

Des coups de gueule... à la pelle

«Saï-Saï au cœur», c'est surtout la toute récente chanson au lance-flamme du groupe Keur Gui : de l'irrévérence, de la provocation, des coups de griffe et autres punchlines...

Les coups de gueule ?Il suffit de se baisser pour en ramasser, et à la pelle : un pays bradé aux Français, Auchan (que l'on ne cite pas nommément mais) et ses tentacules, la très complice accolade Macky-Macron, du banditisme d'Etat, les bavures policières, opposants embastillés ou étudiants assassinés, les litiges fonciers, les «Boubou Golo» (singes) transhumants, les mêmes «vieillards dans le temps», etc.

En médaillon, les photos de Moustapha Niasse, président de l'Assemblée nationale, et d'Ousmane Tanor Dieng, le président du Haut Conseil des Collectivités territoriales (Hcct).

Dans la fausse posture d'un chef de l'Etat, entre parodie et propos sans filtre, Thiat, du groupe Keur Gui, «singe» et mime le très officiel «10 cours à la Nation» (lire discours) d'un chef de l'Etat. On aime ou on n'aime pas, le «Saï-Saï» qui fâche ou de trop, difficile à traduire du reste, sur une musique assez banale...

Mais disons que dans le texte, Keur Gui fait du... Keur Gui. Comme en 2014 d'ailleurs se défend le groupe sur sa page Facebook : «Beaucoup s'arrêteront au refrain  sans pour autant saisir la profondeur du message véhiculé dans la dernière vidéo.» 2014 donc, ou la «première alerte», avec «Diogoufi, extrait du double album Encyclopédie».

Pas de parti politique mais...

Le contexte, évidemment, n'est pas le même. Quelques semaines, à peine, nous séparent de la présidentielle du 24 février 2019, et des chansons pour ou contre, il y en aura toujours.

On suivra par exemple, avec plus ou moins d'intérêt, la chanson que l'opposant-candidat «recalé» Sheikh Alassane Sène aurait promis de composer pour Macky Sall.

Il y a quelques mois, le groupe Bideew bou bess, qui nous avait plutôt habitués à des chansons d'inspiration religieuse («Allah Baye», «18 Safar», ou «Cheikh Ahmed Tidiane Chérif»), sinon à des chansons d'amour («Belle»), surprenait son monde, en se mêlant de politique.

Un titre pas subtil, cash, destiné à vanter les mille et une réalisations du président de la République, entre infrastructures et programmes, et de son Plan Sénégal Emergent (PSE). «Un élan d'espoir», «des vendus», ou «une étoile (traduction du mot «bideew») qui s'éteint» ?!

Les commentaires sont partagés, pour ou contre, faites donc votre choix... Toujours est-il que dans la chanson elle-même, le groupe se défend et prévient : «Nous ne faisons pas de politique, et nous n'appartenons à aucun parti politique non plus.»

Postulant-président de la République

Le 29 août, lors du lancement officiel de sa campagne de parrainage à Diamniadio, c'est sur cette même musique que le candidat Macky Sall se laissait aller à quelques pas de danse maladroits ; ce qui avait eu le don d'en chiffonner quelques-uns, justement parce que même dans son costard-cravate de postulant, le président de la République n'est jamais loin...

Ce n'est certainement pas la première chanson pro-Macky. Dans le genre, il y a eu celle d'un Doudou Ndiaye Mbengue («Senegal jokk lenn taxaw...

Macky amna ndam»), un classique pour ne pas dire un hymne, que l'on ressort à la première occasion. Dans le genre laudateur ou arbre généalogique (sans remonter trop loin quand même), difficile de faire mieux...

On se souviendra aussi du très surprenant morceau d'un certain Souleymane Faye, qui ne nous avait vraiment pas habitués à ce genre de répertoire, «Macky baayi len niou wakh», (laisse-les parler Macky, Ndlr) où il dit, entre deux notes, que «le chien aboie, (que) la caravane passe», et que Macky Sall ne devrait pas perdre de temps à répondre aux critiques. Mais l'homme, artiste inclassable, est du genre à assumer ses prises de position.

Et encore, précisait-il en juin 2016 sur le plateau de l'émission Deñ Kumpa (Rts), «Macky venait d'être renvoyé de l'Assemblée nationale lorsque j'ai composé cette chanson.

J'en ai eu beaucoup de peine, mais je pressentais déjà qu'il serait président de la République.» Autre précision : «Je ne suis pas membre de l'Alliance pour la République (le parti au pouvoir, Ndlr) et je ne m'y connais pas en politique, mais Macky Sall est mon ami. »

«L'ami, le grand frère...»

Il y a quelques mois, le chanteur Alioune Mbaye Nder revendiquait aussi cette amitié qui le lierait à Macky Sall, un «ami, un grand frère», qui aurait d'ailleurs joué les intermédiaires pour faire composer une chanson pour le candidat Abdoulaye Wade.

A l'époque, Macky est dans son rôle : directeur de campagne de Gorgui, et il y en a pour penser que cela a peut-être porté préjudice à la carrière de l'artiste.

Il faut rappeler qu'à l'époque, en 2007, le fan club national de l'artiste s'était publiquement désolidarisé : «Le chanteur Alioune Mbaye Nder est notre idole mais son choix politique ne nous lie pas, en tant que fans.»

Toujours est-il que dans ses déclarations plus ou moins récentes à la presse, le chanteur insiste : il n'en est rien.

Et si sa carrière a peut-être connu quelques bas, il était plus ou moins mal entouré, et le décès de Mamadou Konté (Africa Fête), qui lui trouvait des contrats comme personne, n'a peut-être pas arrangé les choses.

«J'assume»

Et comment ne pas citer le fameux «Gorgui Doliniou» du duo Pape et Cheikh, en soutien à Abdoulaye Wade, dont la chanson avait très vite fait un messie, un homme providentiel. Au téléphone il y a deux jours, Cheikh expliquait que malgré les reproches auxquels ils ont eu droit ici et là, Pape et lui n'ont pas du tout «été inquiétés».

Quant à la façon dont ils sont entrés en contact avec le camp Wade, notre interlocuteur, à l'autre bout du fil, commence par expliquer que «c'est compliqué à dire».

Mais entre un «concours de circonstances» et une «convergence de vues»... Tout est possible. Cheikh ajoute : «On lui avait dit qu'on allait le soutenir, et des amis nous ont facilité la tâche.»

Des artistes qui s'affichent en politique, pourquoi pas ?! Sans oublier que selon lui, «ça ne doit pas poser problème. Dans les grandes démocraties» fait remarquer Cheikh, ça passe, mais chez nous, «les gens ne comprennent pas».

Idem pour Alioune Mbaye Nder, qui dit n'avoir pas de regrets. «Il faut avoir des convictions. Je l'aurais fait, si c'était à refaire. Abdoulaye Wade, je l'assume.»

Sénégal

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