10 Janvier 2019

Congo-Kinshasa: Victoire de Tshisekedi - Le choix du moindre mal

Ça y est ! Le prochain président de la République démocratique du Congo, sous réserve de validation officielle des résultats provisoires par la Cour constitutionnelle, est connu. Il s'agit de Félix Tshilombo Tshisékédi qui a été déclaré vainqueur avec 38,57% des voix par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), au bout d'une nuit électorale qui a tenu les Congolais en haleine jusqu'au petit matin du 10 janvier 2019.

Pour une surprise de taille, l'on peut dire que c'en est une au regard de tous les moyens matériels, financiers et logistiques déployés par Joseph Kabila et compagnie en faveur du candidat du parti au pouvoir arrivé finalement troisième avec 23,8% des voix, derrière Martin Fayulu qui en a récolté 34,8%.

Mais si du côté du pouvoir, l'on semble accepter la défaite, ce n'est pas le cas de Martin Fayulu, l'autre candidat de l'opposition, arrivé en deuxième position, qui est dans la contestation et parle de résultats fabriqués.

Une déflagration aurait eu lieu si le candidat du parti au pouvoir était déclaré vainqueur

Quoi qu'il en soit, si le brusque rapprochement de Tshisékédi fils avec le camp Kabila peut effectivement laisser penser à de petits arrangements, il n'en demeure pas moins qu'au point où en était arrivée la tension en RDC, Félix Tshisékédi apparaît comme le choix du moindre mal. Et pour cause.

Primo, au regard de ce qui s'est passé avant, pendant et après le vote, une déflagration aurait eu lieu si le candidat du parti au pouvoir était déclaré vainqueur.

Secundo, en raison de la haine viscérale qu'il voue au tandem Bemba-Katumbi, Kabila pouvait nourrir de sérieuses inquiétudes en cas de victoire de Martin Fayulu dont la candidature était portée par ce duo qui, et c'est un euphémisme de le dire, ne le porte pas dans leur cœur pour les raisons que l'on sait.

Finalement, de par sa position quelque peu médiane, Félix Tshisékédi était quelque peu le candidat qui présentait les meilleurs gages de stabilité pour la RDC. Car, quoi qu'on dise, c'est quand même un candidat de l'opposition qui a gagné ces élections.

De ce fait, l'on imagine que malgré la contestation du camp Fayulu qui n'a visiblement pas encore digéré sa défaite, le fils du Sphinx de Limete n'aura pas trop de mal à nouer le dialogue avec ses désormais anciens camarades de lutte.

En outre, si son rapprochement avec le camp Kabila doit se traduire dans les actes, cela pourrait l'amener à travailler à mettre ses compatriotes dans des dispositions d'esprit de réconciliation afin d'éviter toute chasse aux sorcières qui pourrait être préjudiciable à la concorde nationale.

Aussi, qu'il y ait eu arrangement ou pas, Félix Tshisékédi est peut-être une chance pour la RDC aujourd'hui. Car, le pays revient de loin et l'on a vraiment craint le pire pour la patrie de Lumumba.

Cela dit, si par rapport à l'histoire tourmentée du pays, Kabila peut être félicité parce que c'est par lui qu'arrive la première alternance pacifique portant le sceau des urnes en RDC, il est loin d'être le démocrate bon chic bon genre.

Car, à la vérité, Kabila n'a jamais voulu de ces élections, encore moins quitter le pouvoir. Il a été contraint par la pression nationale et internationale à faire le deuil de ses ambitions monarchistes.

Mais en habile manœuvrier, à défaut de voir son poulain l'emporter, il a trouvé en Félix Tshisékédi le candidat le plus docile et qui présentait le moins de risques pour lui, sa famille et son clan, si fait qu'il aura travaillé en coulisses, à lui assurer la victoire. Ce qui serait une façon pour lui de partir sans vraiment partir en faisant du nouveau président son obligé.

Il faut encourager les contestataires à utiliser les voies légales de recours

En même temps, l'on ne peut pas dire que Félix Tshisékédi a volé sa victoire, car au-delà des sondages qui lui étaient déjà favorables, il avait aussi des arguments à faire valoir.

C'est pourquoi Félix Tshisékédi devrait rapidement travailler à lever les doutes en montrant qu'il n'est pas l'homme lige de Joseph Kabila.

En tout état de cause, si l'on peut penser que Kabila a triché sur toute la ligne avec les Congolais, l'on peut au moins se réjouir que ces élections aboutissent à la première transition démocratique du plus grand pays d'Afrique centrale.

Car, la démocratie ne se construit pas en un seul jour. Elle se construit pas à pas. Surtout dans un pays comme la RDC où les antagonismes politiques se transforment très vite en drames. C'est pourquoi il faut encourager les contestataires à utiliser les voies légales de recours et à s'abstenir de tout comportement visant à mettre en péril la paix sociale.

En cela, l'on peut d'ailleurs saluer l'attitude de la Conférence épiscopale qui a non seulement été aux avant-postes de la lutte pour le changement en essayant de se donner les moyens de sa politique, mais qui dit prendre acte des résultats donnés par la CENI, même si tout porte à croire qu'ils ne concordent pas avec les siens.

Son attitude est d'autant plus à saluer qu'au plus fort de l'attente des résultats qui faisait monter le mercure, elle s'est abstenue de donner officiellement un quelconque nom de gagnant, même si elle disait connaître le futur vainqueur.

Pour le reste, il appartient aux Congolais de se donner la main et de savoir nouer le dialogue politique pour éviter une crise postélectorale inutile à leur pays.

Il est aussi du devoir de la communauté internationale de les accompagner car il y a des montagnes de défis qui attendent le nouveau président qui doit par ailleurs progressivement tracer son territoire pour se dégager de toute tutelle « Kabiliste ».

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