Burkina Faso: Yirgou - Leçon de responsabilité collective pour tous les Burkinabè

Photo: fasozine
Commune de Yirgou

L'année 2019 burkinabè, le 1er janvier a commencé par le son lugubre d'une trompette de mauvais augure avertissant l'ensemble du peuple burkinabè du danger et des affres que peuvent comporter ses divisions, sa colère et sa haine, à peine contenues.

En effet, c'est ce 1er janvier qu'un drame macabre et sans précédent dans l'histoire contemporaine du pays est survenu à Yirgou Foulbé, un village de la commune de Barsalgho où, après une attaque terroriste ayant ciblé et assassiné le chef moagha de la localité et des membres de sa famille, une expédition punitive a été organisée contre tous les Peulhs aux alentours et leurs campements.

L'on dit que l'assassinat du chef moagha aurait été l'élément déclencheur ayant occasionné des ralliements et des descentes musclées de kolgwéogo venus d'autres contrées mossé pour perpétrer une chasse aux « sorcières peulhes » au cours de laquelle plus d'une quarantaine d'innocents ont perdu la vie.

Le motif invoqué pour justifier cette vendetta aurait été que les terroristes assaillants avaient des traits fins, qu'ils parlaient le fulfuldé, la langue des Peulhs, et qu'ils avaient certainement été hébergés dans les villages peulhs avant l'assaut contre le domicile du chef de village.

L'attaque terroriste a ainsi été éclipsée par le massacre organisé pour traquer et tuer des voisins, des beaux-parents, des collègues avec lesquels on a vécu en harmonie, en paix et en symbiose depuis des temps immémoriaux.

Quelle leçon tirer ?

La plus grande leçon à tirer de ce drame, c'est que yirgou a dévoilé au monde la ruine que risque notre humanité et la déchéance de notre intégrité si savamment mise en valeur dans le Nom générique de notre pays : Burkina Faso.

Aussi et surtout, le drame de Yirgou pose un grave et outrecuidant problème qui est celui de notre responsabilité collective dans le processus global de sauvegarde et de promotion de notre unité nationale et de notre vouloir vivre ensemble qui sont les grands piliers d'airain soutenant le devenir, la sauvegarde et la pérennité de notre pays et de notre nation.

Et s'il y a pierre à jeter, il devrait y en avoir autant qu'il y a de Burkinabè vivant à l'intérieur comme à l'extérieur car nous sommes tous fautifs de n'avoir pas devancé cette tragédie dans nos pensées, nos paroles, nos actes, nos attitudes et nos habitudes de tous les jours.

D'aucuns, qui n'ont rien entrepris en amont pour qu'une telle barbarie ne puisse jamais être éditée dans notre pays, n'ont rien trouvé de mieux à dire et à faire que de tirer à boulets rouges sur le régime et le gouvernement qu'ils ont inculpés pour faiblesse et incapacité à garantir la sécurité des personnes et des biens ; sans ignorer qu'eux-mêmes et leurs biens sont dans une relative sécurité leur permettant de faire de telles déclarations.

D'autres s'attaquent, verbalement, aux kolgwéogo et exacerbant une question peulhe qui n'existe pas au Burkina, ils appellent les Peulhs à s'organiser pour assurer eux-mêmes leur sécurité et éventuellement pour, eux aussi, entreprendre une vendetta.

Quelques-uns, plus sages et plus pondérés dont le président du Faso, appellent au pardon, à la cohésion et au retour de cette magnifique volonté de vivre ensemble qui a, de tout temps, caractérisé les différentes ethnies du Burkina.

Notre responsabilité dans ce drame étant collective, le mot Yirgou doit désormais tonner dans l'esprit et le cœur de chaque Burkinabè comme un avertissement face au danger de généralisation d'une telle stigmatisation, d'une telle barbarie et, par corollaire, de l'effondrement de notre communauté nationale et de notre Maison commune, le Burkina.

La simple évocation de ce nom, devenu tristement célèbre, devrait désormais être une invite, à chaque père et à chaque mère, à mettre plus d'ardeur et de soin à mieux éduquer nos enfants en leur enseignant le véritable sens de la Patrie qui sous-entend un amour sincère pour tous ses compatriotes, l'exigence du pardon pour ceux qui ont fauté et qui, sincèrement se battent la coulpe, et surtout leur apprendre que la paix est la meilleure richesse qu'un pays puisse offrir à ses citoyens.

Le mot Yirgou doit interpeller et interroger toutes les femmes et tous les hommes politiques, de la majorité et de l'opposition, sur le sens et la qualité de leur engagement et de leur combat politique.

Les responsables de la majorité ont-ils, oui ou non, fait ce qu'il fallait pour éviter à notre pays cet accident de l'histoire ?

Ceux de l'opposition ont-ils fait mieux que de tenter de faire des attaques terroristes, ayant fait des victimes civiles et militaires, un fonds de commerce macabre pour dénigrer le régime en place et exiger d'être consultés et associés à la gestion du pouvoir d'Etat ?

Assurément, Yirgou doit rappeler à tous nos politiciens et à tous nos partis politiques, qu'au-delà de la conquête du pouvoir, leur mission est aussi d'animer la vie publique dans une dynamique de paix, de concorde et d'unité nationale.

Et sans aucun doute, les innocentes victimes de Yirgou, du haut des cieux, ne souhaitent nullement que leur mort soit instrumentalisée en une question peulhe pour appeler à des marches-meetings et sit-in pour exiger une vengeance ou quoi que ce soit.

Les OSC et autres activistes, spécialisés dans le jet d'huile sur le feu, se mobiliseront certainement pour ameuter la planète sur notre faute et notre commune responsabilité de n'avoir pas su faire ce qu'il faut pour épargner une fin si atroce aux victimes de la tragédie de Yirgou qui est le fruit de la colère noire et de la haine qui durent depuis l'avant-veille de l'insurrection de 2014 et dont beaucoup d'entre nous n'arrivent pas à se défaire.

Yirgou les interpelle et les prévient du danger et des conséquences funestes que peuvent entraîner les appels à la colère, à la haine et à la vindicte populaire.

L'insurrection populaire de 2014, qui a été la cime de la colère légitime du peuple burkinabè est terminée et prions Dieu d'autoriser que les cœurs s'apaisent, que justice soit rendue aux victimes et le pardon accordé à ceux qui ont fauté et ont reconnu leurs erreurs.

Au reste, Yirgou a mis à nu une grande faiblesse de notre réalité nationale et de nos systèmes socioculturels qui semblent ne pas être en mesure de résister au défi du terrorisme qui a été le catalyseur du dramatique évènement.

Cela nous interpelle tous, et en premier lieu les responsables coutumiers et religieux qui sont les garants de la pérennité de nos cultures et les gardiens du socle de notre cohésion nationale, car ce qui est advenu à Yirgou est aux antipodes de la culture d'hospitalité des Mossé qui accueillent les allogènes, les hébergent, les protègent et qui vont jusqu'à les assimiler au point que des Peulhs (Silmissé) deviennent des Mossé (Silmimossé).

Notre pays est en guerre contre le terrorisme et cette guerre asymétrique ne peut être gagnée que si nous faisons front ensemble. Aussi, en ma qualité de président de l'AMBF, je lance un appel à la résistance à tous les maires et aux citoyens, de tous bords politiques, de toutes les communes du Burkina en vue de donner une réponse adéquate à la lâcheté rampante du terrorisme qui menace notre existence en tant que pays et communauté nationale.

Et comme toujours, il faut affirmer que le peuple burkinabè ne mettra jamais les genoux à terre devant l'adversité et l'animosité de ceux qui veulent assombrir son destin en s'en prenant à la cohésion de ses ethnies et à son unité nationale.

C'est à perpétuité que les Burkinabè demeureront ensemble comme une seule et même famille dans la paix et la concorde car les liens qui unissent les frères et les sœurs, que nous sommes, sont sacrés et indissolubles.

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