11 Janvier 2019

Sénégal: Affectation et mutation à la tête des établissements hospitaliers - Quand Diouf Sarr ne parle pas genre !

Elles ont quitté des hôpitaux de niveau 3, considérés comme étant au sommet de la pyramide sanitaire pour retrouver ceux de niveau 2. La directrice de l'hôpital général de Grand Yoff tout comme sa collègue de Le Dantec ont été « rétrogradées » au moment où les directeurs de l'hôpital de Kaolack et de l'Institut national d'hygiène de la santé de Dakar (Policlinique) reçoivent des promotions.

Une décision de Conseil des ministres qui sonne comme une entorse aux compétences des femmes. Les observateurs et agents de santé analysent les contours de ces affectations, mutations ou... sanctions.

Le dernier Conseil des ministres, tenu mercredi dernier, n'a pas été favorable aux directrices d'établissement de santé, à savoir celle de l'hôpital général de Grand Yoff (Hoggy) et de l'hôpital Aristide Le Dantec.

Au chapitre des nominations, si les hommes ont pu bénéficier de promotions, les deux dames ont tout simplement été rétrogradées. Elles sont passées de manager d'établissement de niveau 3 à celui de niveau 2.

Une situation qui n'enchante guère bon nombre d'observateurs et d'agents sanitaires qui considèrent ces mutations comme une entorse à la parité qui commençait à trouver forme sous le règne de l'ancienne ministre de la Santé Eva Marie Coll Seck, avec les nominations de ces deux dames aux postes situés au plus haut du pyramide sanitaire mais aussi à la compétence.

L'avènement du ministre Abdoulaye Diouf Sarr sonne ainsi comme un coup fatal pour ces dames qui laissent libre cours aux hommes pour la gestion des établissements de santé de niveau 3 et qui sont désormais invitées à retrouver leurs sœurs au niveau des régions et des districts où elles sont plus présentes.

Pour rappel, Khadidiatou Sarr Kébé de Hoggy quitte ainsi Dakar pour L'hôpital régional de Kaolack, au même moment Aissatou Sy Ndiaye de l'hôpital Le Dantec permute avec le patron de l'Institut national d'hygiène de Dakar appelé Polyclinique.

« C'est un coup dur, le ministre de la Santé et de l'action sociale n'a pas été tendre avec ces femmes dans le choix des responsabilités.

La plupart des chefs d'hôpital à ces postes de responsabilité ont juste reçu l'équivalent de leur poste lors des mutations et non être rétrogradés. Ces nominations sonnent comme un frein à la promotion de la femme au plus haut niveau de responsabilité mais aussi comme une remise en cause de leur compétence.

Ce qui n'est pas en réalité le cas», soutient une source médicale. Avant de mettre en cas le cas Khadidiatou Sarr Kébé au niveau de l'hôpital général de Grand Yoff (Hoggy). Sous son pilotage, des changements ont ainsi été opérés dans plusieurs services allant dans le sens de rendre plus efficaces les interventions.

Dans le secteur de l'accueil, le port de l'uniforme a été instauré et des services regroupés. La surveillance au niveau de l'offre de service a été renforcée.

« C'est une dame de fer, elle a tenté tant bien que mal à faire de l'hôpital de Grand Yoff, un hôpital pour les populations de toutes couches confondues. Elle a cherché à rendre plus performante l'offre de soins» fait noter une autre source médicale.

Si un changement positif est remarqué dans cet établissement de niveau 3, les mérites reviennent à la dame qui a pu régler plusieurs dysfonctionnements au sein de l'hôpital de Grand Yoff, fait par ailleurs savoir la cellule de communication de ladite structure. « Des résultats, elle en a opérés au sein de cet établissement, elle a transformé l'hôpital de niveau trois en le dotant de matériels performants au sein des services. Elle a pu régler le problème des salaires.

Du coté social, elle a pu instaurer un climat apaisé de confiance entre le personnel et la direction », a laissé entendre Tom Guèye, responsable de la cellule de communication de Hoggy. Et de poursuivre : «j'ai travaillé avec plusieurs directeurs des hôpitaux, je peux vous assurer que sa compétence n'a pas d'égale.

Elle cherche toujours à rendre meilleure l'offre de service et à satisfaire le patient et c'est ainsi qu'elle a eu à résoudre le problème des ascenseurs pour permettre aux interventions chirurgicales de se dérouler en toute urgence car les blocs sont au niveau des étages.

Aujourd'hui, le bloc mère enfant qui est presque achevé est son œuvre sans compter d'autres projets qu'elle a eu à entreprendre».

Sa collègue de l'hôpital Le Dantec, Aissatou Sy Ndiaye, est connue aussi pour ses compétences. Elle peut se glorifier de la maternité qui a ouvert ses portes sous son magistère après plusieurs tentatives manquées, la prise en charge de la petite enfance.

Des mutations aux allures de sanctions

Quand on quitte un établissement de niveau 3 pour celui de niveau 2, on peut le considérer comme une sanction négative. Pour les observateurs, ces dames ne méritaient pas d'être mutées à des structures inférieures.

« Elles ont fait leur preuve en escaladant les marches de la pyramide sanitaire pour être au sommet. Mme Kébé a eu à diriger successivement trois établissements de niveau 3, ainsi que sa collègue. Aujourd'hui, elles se retrouvent dans un hôpital de niveau 2, ce n'est plus une question de compétence mais les causes sont à chercher ailleurs», fait savoir un ancien directeur d'hôpital.

Et de poursuivre : «ces nominations ont un élan politique, c'est une manière de récompenser les uns tout en brisant le rêve des autres. Il y a beaucoup de directeurs d'hôpitaux qui ne seront jamais inquiétés car ils seront toujours soutenus par le gouvernement du fait que dans ce pays, tout est politique».

D'un autre coté, cette mutation peut sonner comme une confirmation de leur compétence. «Certes aujourd'hui, on tend vers la réorganisation de la pyramide sanitaire qui va accueillir un autre palier à savoir le niveau 4.

Ces mutations peuvent aussi être considérées comme un défi pour ces dernières à relever le plateau sanitaire en faisant de ces structures des hôpitaux de référence à l'image de ceux qui sont à Dakar.

Si on le prend sur cet angle, on remet en cause la compétence managériale des hommes encore moins que cette idée ne peut pas être un motif de sanction négative qui risque de les décourager dans leur envie d'aller de l'avant».

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