Burkina Faso: Etat-major général des armées - Moise pourra-t-il nous sauver des eaux ?

Depuis le jeudi 10 janvier 2019, et en attendant sa prise effective de fonction, le colonel-major Moïse Minoungou, jusque-là chef de corps du Groupement central des armées (GCA), a été nommé par décret présidentiel chef d'état-major général des armées.

Et comme c'est devenu la coutume, il a été bombardé par la même occasion général de brigade. Désormais donc, les officiers, sous-officiers et militaires du rang, selon la formule immuable, devront « le reconnaître comme chef et lui obéir en tout ce qu'il commandera pour le bien du service, l'exécution des règlements militaires, l'observation des lois et le succès des armes du Faso ».

Pour celui qu'il remplace, le général Oumarou Sadou, le coup est forcément dur. Comment pourrait-il, en effet, ne pas voir dans son limogeage un désaveu, pour ne pas dire une sanction, du chef suprême des armées, celui-là même qui lui avait fait confiance, il y a à peine deux ans presque jour pour jour, puisque c'est le 4 janvier 2017 qu'il avait été installé.

C'est que depuis deux ans justement, la situation sécuritaire du Burkina n'a cessé de se dégrader, les attaques terroristes, parties du Sahel, s'étant propagées telle une onde sismique à maintenant toute l'étendue du territoire, particulièrement à l'Est et à l'Ouest.

Il ne se passe quasiment plus une semaine sans que la liste macabre, déjà suffisamment longue, des civils et militaires fauchés par les balles assassines, ou les engins explosifs improvisés de ces tueurs embusqués, s'allonge de nouveaux noms. Un péril sécuritaire doublé d'une tentative d'asphyxie éducative - avec ces centaines d'écoles fermées - et économique du pays.

Dans un tel champ de bataille sauvage où les fronts se sont démultipliés, le CEMGA, parce que le plus haut perché dans la hiérarchie, est forcément le plus à découvert, et il vient d'en faire les frais.

Pas forcément qu'il soit le (seul) responsable du pourrissement de la situation, mais, on ne le sait que trop, dans une équipe de football, à défaut de chasser tous les joueurs, c'est presque toujours l'entraîneur qu'on sacrifie en cas de contre-performances. Sadou était donc le bouc-émissaire idéal pour expier les fautes collectives.

Se pose alors la question de savoir si Moïse, celui que ses proches, notamment de son Gounghin natal, appellent affectueusement « Momo », pourra nous sauver des eaux. Il faudra, en tout cas, plus que sa foi protestante pour déplacer la montagne terroriste qui se dresse dorénavant devant lui.

Il ne reste qu'à lui souhaiter bien du plaisir, tant nombre de galonnés évitent de nos jours ce poste exposé qui devrait pourtant être le couronnement d'une carrière pour ceux qui ont « des barrettes - ou des étoiles - jusqu'à la mâchoire ».

Au fait, la victoire sur l'hydre tentaculaire, qui nous impose depuis bientôt quatre ans cette guerre asymétrique, va au-delà de la personne du CEMGA - que ce dernier s'appelle Zagré, Sadou ou Minoungou - pour toucher toute l'architecture sécuritaire du pays qui semble s'être totalement effondrée : le renseignement, l'indispensable collaboration entre les Forces de défense et de sécurité en lieu et place de l'indécente guerre des polices qu'elles se livrent parfois, l'apport du citoyen lambda et, par-dessus tout, une vision politique claire avec les hommes qu'il faut à la place qu'il faut.

Or là, on a de sérieuses raisons d'être dubitatif, le politique donnant même parfois l'impression d'une douce insouciance, d'autant plus que certains se pavanent en jean's blessé, s'intéressent publiquement aux vertus du viagra, font un étalage indécent de leurs richesses - une faute politique au moment où les combattants crient famine et disent être sous-équipés - ou s'abîment, toute honte bue, dans les vignes du seigneur.

Pour tout dire, on pourra poursuivre la valse des bérets et remplacer au besoin tous les six mois le CEMGA, mais si on ne met pas dans le paquetage du soldat Minoungou les moyens logistiques, humains et financiers qu'il faut pour monter efficacement au front, s'il n'est pas bien entouré de haut en bas ; si tous les autres maillons de la chaîne sont défectueux, c'est tout l'arsenal qui s'en trouvera enrayé.

Inutile donc de se bercer d'illusions si le locataire de Kosyam, qui vient de donner un signal fort par le largage sans parachute de Sadou, ne se résout pas à poursuivre l'indispensable grande lessive qui s'impose à moins de deux ans de la fin de son mandat. C'est maintenant ou jamais, car en 2020, l'essentiel de son énergie, pour notre malheur s'il n'y a pas d'embellie d'ici là, risque d'être consacrée à sa réélection.

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