13 Janvier 2019

Burkina Faso: Drame de Yirgou - On a marché à Ouaga et à Dori

A l'appel du Collectif contre l'impunité et la stigmatisation des communautés (CISC), les Burkinabè en général et la communauté peule, fortement mobilisée, ont marché le 12 janvier 2019 à Ouagadougou sur un circuit fermé d'environ 5 km, les manifestants ont protesté contre les tueries de Yirgou, survenues dans la nuit du 31 décembre 2018 ou 1er janvier 2019.

Un drame dont le dernier bilan fait état d'au moins 75 morts et de plus de 6000 déplacés selon le porte-parole dudit collectif, Daouda Diallo.

En plus d'exiger vérité et justice pour les victimes, le CISC a estimé que l'autorité de l'Etat doit s'affirmer pour que cesse ce cycle de violence des Burkinabè contre d'autres compatriotes.

«Yirgou : nous sommes un même peuple», pouvait-on lire sur les tee-shirts noirs ou blancs arborés par les organisateurs de la marche-meeting de protestation contre l'impunité et la stigmatisation des communautés.

Des écriteaux estampillés en rouge et en noir qui traduisent certainement le sang versé dans la nuit du réveillon dans cette localité située dans la commune de Barsalogo, région du Centre-Nord, et la violence inouïe qui s'est abattue sur la communauté peule.

Si besoin était de le rappeler, tout a commencé par l'assassinat du chef du village et de cinq autres personnes avec des individus non encore identifiés.

En représailles, des Koglwéogo ont procédé au massacre de ladite communauté au motif que les assaillants auraient des traits peuls et auraient bénéficié de l'aide de ces derniers dans la commission de leur forfait.

Seuls ont été épargnés les vieillards, les femmes et les enfants. De quoi déclencher des condamnations tous azimuts : du premier des Burkinabè au citoyen tartempion en passant par les formations politiques et des organisations professionnelles, entre autres, tous ont vu en ces furies une remise en cause de la cohésion sociale.

Pour le Collectif contre l'impunité et la stigmatisation des communautés (CISC) qui dit n'être pas monté au créneau uniquement en faveur des «Pulakou»1, il y a urgence à œuvrer pour que, plus jamais, un drame pareil ne se reproduise.

Sa trouvaille, une marche silencieuse. Dès 8h 45, le MC invite les manifestants à se tenir debout et à se donner la main pour observer une minute de silence à la mémoire des disparus.

Il exhorte les détenteurs de pancartes et d'affiches à constituer le peloton de tête. Morceaux choisis : «Non aux Koglwéogo, oui à la République» ; «Devoir de justice pour Yirgou, droit de vivre pour tous au Faso » ; «Je suis Yirgou» ; «Stop stigmatisation » ; «Touchez pas à notre vivre-ensemble» ; «Plus jamais ça au Burkina Faso !» ; «Plusieurs communautés, un seul Faso » ; «Tous unis contre le nettoyage ethnique».

Au rang des personnalités, Newton Ahmed Barry, Mélégué Traoré, Ahmed Aziz Diallo, Gilbert Noël Ouédraogo, Hubert Bazié, Tahirou Barry, Ablassé Ouédraogo, Abdoulaye Soma pour ne citer que celles-ci.

9h 10 : une marée humaine s'ébranle vers le rond-point des Cinéastes pour emprunter l'avenue Mgr Thevenoud dans un silence de... mort. Ils sont encadrés par des gilets jaunes et orange qui se démenaient à qui mieux mieux pour stopper momentanément les usagers de la circulation afin que l'élan du monde bigarré ne soit pas cassé.

De l'avenue de la Cathédrale Notre-Dame de l'Immaculée Conception, ils rallient l'avenue du Dr Kwamé N'Krumah avant d'avoir comme dernière ligne droite, l'avenue de la Nation.

Un circuit fermé d'environ 5 km. Pour une marche qui se voulait silencieuse, la procession n'a toujours pas été calme, certains n'ayant pas pu contenir leurs humeurs.

Les chiffres de l'horreur continuent d'évoluer

10h 30, retour à la case départ, la place de la Nation, où des artistes, qui n'ont pas été indifférents à la tragédie, sont entrés en studio pour produire ce qu'ils savent faire le mieux : une chanson, cela en hommage aux victimes.

Celle-ci porte les timbres vocaux de Dicko Fils, Solo Dja Kabako, Idak Bassavé, Sana Bob, Imilo Lechanceux, entre autres. «Plus jamais de Yirgou au Burkina Faso», interpellent-ils avec insistance.

Dans la foulée, l'hymne national, un autre symbole de l'appartenance de tous les Burkinabè au même pays, est entonné en chœur avant le bal des discours.

Le président du comité de crise du Collectif, Assane Barry, est le premier à faire face au public. Malgré la soixantaine d'ethnies que compte la Patrie des hommes intègres, il invite les citoyens à ne plus raisonner en termes de groupes ethniques mais simplement en Burkinabè. Lui succède au parloir le porte-parole du CISC, Daouda Diallo, qui dit disposer de nouveaux chiffres sur le drame.

«Le massacre de Yirgou a entraîné beaucoup de pertes en vies humaines, soit au moins 75 morts, et plus de 6000 déplacés. Les chiffres que nous enregistrons continuent d'évoluer sur le terrain », déclare-t-il.

S'il a salué la bonne assistance sociale qui a été mise en place dans la commune de Barsologho, il juge cette assistance «très défectueuse et insuffisante dans la commune de Kelbo et à Arbinda». Selon lui, les déplacés y ont de sérieux problèmes pour se nourrir, se vêtir et se soigner.

En sus, la prise en charge psychologique, dit-il, laisse à désirer. Sur le plan économique, il a fait cas de beaucoup de bien détruits et emportés, y compris les animaux des déplacés, toujours pris en otage par les «justiciers de la brousse».

«L'autorité de l'Etat, contrairement aux tergiversations auxquelles nous assistons dans la gestion de cette crise, doit s'affirmer plus que jamais pour que cesse ce cycle de violences des Burkinabè contre d'autres Burkinabè», clame le Dr Diallo. Il interpelle toutes les composantes de la Nation à se mobiliser pour promouvoir la vérité, la justice, la paix et le vivre-ensemble.

Pour lui, aucun des Burkinabè ne doit tomber dans le piège des terroristes qui sèment la zizanie depuis trois ans. «Le terrorisme n'a pas d'ethnie ni de nationalité : c'est un fléau mondial qui menace tous les équilibres.

Evitons donc de tomber dans la conjecture et la stigmatisation en cherchant à identifier nos bourreaux. Les citoyens doivent se départir des accusations gratuites et fortuites de même que des préjugés, au nombre desquels le délit de faciès.

En dressant le portrait-robot du terroriste, nous ne devons pas lui attribuer un faciès ethnique. Non ! Car en le faisant nous rendons plus service aux terroristes qu'à nous-mêmes !» fait savoir le porte-parole du CISC qui se réclame désormais cadre pérenne de veille et de lutte contre la stigmatisation des communautés et de promotion de la paix et de la non-violence.

D'ores et déjà, relève-t-il, pour que le Burkina Faso ne connaisse plus jamais un tel drame, la structure lance un appel pressant à la contribution des autorités administratives et coutumières à la promotion de mécanismes traditionnels de règlement et de gestion des conflits aux côtés de ceux institutionnels. Chose qui favoriserait leur appropriation par les citoyens en lieu et place de «méthodes moyenâgeuses».

La faillite de l'Etat pointée du doigt

L'avocat des victimes de Yirgou, Me Ambroise Farama, lui, dénoncera sans passer par quatre chemins une «faillite de l'Etat» en précisant que le pays ne s'est jamais aussi mal porté.

En trois années de gestion du pouvoir MPP et alliés, il a estimé à 300 personnes, les morts occasionnés par les différentes attaques terroristes, puis à plus de 800, le nombre d'écoles fermées. Les événements funestes de Yirgou, à l'écouter, ont duré trois jours sans la moindre réaction ni des FDS, ni des autorités administratives et politiques.

Et d'en venir aux témoignages d'un Koglwéogo peul, qui avait confié qu'avant de passer à l'acte, ses pairs Koglwéogo ont pris le soin de les éliminer. «Il a été victime d'une tentative d'égorgement par ses pairs, mais a eu la chance de survivre à ses blessures.

Ce miraculeux a témoigné de l'horreur qu'il a subie. Hier nuit (ndlr : dans la nuit du 11 janvier) alors que nous étions en pleine préparation de ce meeting, le survivant nous a fait parvenir un message d'appel au secours, demandant que des mesures soient prises pour le sortir du lieu où il recevait des soins, car il avait de forts soupçons que ses bourreaux tenaient à l'achever pour éviter qu'il puisse témoigner.

Mais deux heures plus tard, nous apprenions que l'irréparable s'était produit. Il était finalement mort. Est-il mort des suites de sa blessure ?

Ou a-t-il été assassiné ? Je ne pourrai vous le dire pour l'instant, mais ce qui est évident, nous avons enregistré un mort de plus », raconte Me Farama, laissant l'assistance dans les conjectures.

Il s'étonne par ailleurs qu'il se soit écoulé une dizaine de jours sans que les auteurs de cette barbarie, ses commanditaires et leurs complices soient inquiétés. «L'heure est grave», martèle-t-il, estimant que la stigmatisation ethnique n'est pas un problème nouveau et isolé à Yirgou ou spécifique aux Peuls.

Cette question a toujours été traitée «avec laxisme comme un sujet tabou par les autorités, il est temps de crever l'abcès afin d'épargner au Burkina Faso une guerre civile qui couve lentement et sûrement», estime Me Farama.

Dans la même journée, les populations de Dori étaient également dans la rue pour demander vérité et justice pour les victimes et une autre marche-meeting est annoncée pour le 19 janvier prochain à Bobo-Dioulasso.

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