13 Janvier 2019

Burkina Faso: Série de drames - La rançon de l'incurie de l'Etat

Il y avait foule samedi dernier à la mythique et bien nommée place de la Nation à l'appel du Collectif contre l'impunité et la stigmatisation des communautés, pour prôner la cohésion sociale au Burina Faso et battre en brèche la conviction de plus en plus solidement ancrée chez bon nombre de nos compatriotes, que les attaques terroristes dont notre pays est victime sont l'œuvre funeste de membres d'une seule communauté.

Ce collectif ad hoc né au lendemain des récents événements d'une ampleur sans précédent dans l'histoire pourtant mouvementée de notre pays, a, c'est le moins qu'on puisse dire, gagné le pari de la mobilisation et de la diversité, d'autant que toutes les communautés ethniques et religieuses ou presque ont pris part à cette marche œcuménique suscitée par l'inoubliable drame survenu à Yirgou et villages alentours, le 1er janvier 2019 et jours suivants.

Étaient également de la partie, des membres de formations politiques et d'organisations de la société civile venue pour aider à colmater les brèches ouvertes dans le vivre-ensemble des Burkinabè à la faveur de l'assassinat par des individus au dessein funeste, de six personnes de Yirgou-village, et de l'expédition vengeresse à caractère clairement ethnique, des koglwéogos de la localité contre les membres mâles de la communauté peule en âge de se battre, coupables aux yeux de la milice d'auto-défense, d'avoir des liens de parenté avec les assaillants.

Seule fausse note, c'est l'absence remarquée du gouvernement qui n'a pas daigné participer à cette marche pour la cause commune, en n'y envoyant pas qu'un représentant pour soutenir les organisateurs. Une bourde de plus de la part d'un Exécutif déjà sur la sellette pour ses maladresses verbales réelles ou supposées, pour n'avoir pas décrété un deuil national alors qu'une centaine de Burkinabè ont tragiquement perdu la vie au cours de ces événements et surtout, pour son incapacité congénitale à assurer la sécurité des personnes et des biens sur toute l'étendue du territoire.

C'est justement cette mollesse et cette panne de stratégies sécuritaires du gouvernement et du président du Faso himself, qui ont favorisé non seulement la prolifération des koglwéogo à travers tout le pays, mais aussi et surtout les libertés que ces derniers prennent de plus en plus avec les lois de la République.

Soyons lucides et moins populistes que certains politiciens désormais sur la touche et sans voix au chapitre, l'Etat, qu'il soit dirigé par Roch Marc Christian Kaboré ou par quelqu'un d'autre, ne peut plus garantir la sécurité de tous dans ce contexte de terrorisme et de criminalité transfrontalière, bien que cela soit théoriquement et constitutionnellement son rôle.

Mais de là à donner l'impression qu'on sous-traite cette fonction régalienne avec un groupe d'auto-défense au nom d'un pseudo-principe de subsidiarité, il y a une alerte rouge dont nos dirigeants ne semblent malheureusement pas tenir compte.

Le risque est, en effet, grand de voir les entrepreneurs du terrorisme et du crime organisé, puiser à bon compte dans l'immense réservoir de personnes frustrées ou victimes de cette impuissance avérée de l'Etat à les protéger, pour en faire des milices d'auto-défense à base communautaire afin de détricoter le tissu social d'apparence homogène et dont disposait le Burina Faso depuis l'indépendance et même bien avant.

Certes, il ne s'agit pas de jeter le bébé avec l'eau savonneuse du bain en supprimant tous les supplétifs de l'Etat en matière de lutte contre l'insécurité. Mais il est plus qu'impérieux (car tous ne sont pas mauvais), de les recadrer, de les reformer, de les renommer et de les mettre sous étroite surveillance afin d'éviter les débordements et les dérapages meurtriers comme ceux récemment survenus dans les communes rurales de Barsalgho et d'Aribinda.

Pour y arriver, il n'y a pas 36 000 solutions : il faut simplement que la puissance publique reprenne ses droits, et évite d'être à tu et à toi avec ces « CDR-brouettes » nouvelle formule. Malheureusement, avec les derniers développements et l'incapacité manifeste de nos gouvernants actuels à prendre des mesures conservatoires pendant que l'enquête sur les crimes commis à Yirgou est en cours, il n'y a pas de quoi être optimiste.

Espérons qu'avec la manifestation à Ouaga et à Dori où l'évêque et l'imam de la ville ont donné un bel exemple de tolérance religieuse en marchant côte à côte et main dans la main, on finira par convaincre ceux qui en doutent aujourd'hui, que le Burina Faso restera « un et indivisible », n'en déplaise aux pêcheurs en eaux troubles.

Il ne reste plus au commandant de bord qu'est à Roch Marc Christian Kaboré, qu'à nous prouver qu'il est véritablement à la hauteur de ces immenses défis auxquels le Burkina Faso a rarement fait face, en mettant aux commandes des différentes institutions des hommes pétris de talents et ayant le patriotisme chevillé au corps.

L'heure est suffisamment grave pour que le remaniement ministériel dont on dit qu'il est imminent, ne soit pas un simple et léger replâtrage juste pour « dorloter » l'opinion publique. Il va falloir sérieusement secouer le cocotier et élaguer l'arbre afin de le débarrasser de toutes ces branches mortes qui ne servent visiblement plus à rien.

C'est à ce prix et en décrétant l'Etat d'urgence sur l'ensemble du territoire national et non pas sur une partie seulement, que le régime actuel pourra rassurer un tant soit peu tous les Burkinabè aujourd'hui inquiets à juste raison du délitement progressif de l'Etat et de la montée subséquente du communautarisme, de l'incivisme et de la rébellion contre l'autorité publique comme ce à quoi on a assisté à Nafona dans les Cascades samedi dernier où deux agents de police en mission, ont été lynchés par une foule en furie qui s'opposait à l'arrestation d'un ressortissant dudit village.

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