13 Janvier 2019

Burkina Faso: Procès putsch manqué/ Djibrill Bassolet - « Si vous n'avez que les écoutes comme preuves, nos chemins se séparent »

Le général Djibrill Bassolet persiste et signe : il ne donnera pas de réponses aux questions relatives aux écoutes téléphoniques qu'il qualifie de fabrication. Le vendredi 11 janvier 2019, à la barre du tribunal militaire, il a fait savoir à l'accusation que si elle n'a que les écoutes comme preuves de son implication au coup de force de septembre 2015, alors « nos chemins se séparent ».

A l'audience du 11 janvier 2019, le parquet a voulu savoir si le général Djibrill Bassolet, maintenait que l'ensemble des communications interceptées est une fabrication. Mais la position de l'accusé sur la question n'a pas changé : les écoutes ont été fabriquées.

« Je voudrais que les choses soient claires : nous avons prouvé que les écoutes interceptées ne répondent pas aux normes. Vous êtes aujourd'hui incapables de nous dire d'où viennent ces écoutes.

Nous sommes convaincus que des éléments ont été fabriqués pour les besoins de l'accusation, et c'est à ces éléments que vous vous accrochez.

J'ai été le premier à être arrêté et il fallait justifier mon arrestation. Faites machine arrière. Remontez la filière des enregistrements, vous verrez qu'il n'y a pas de concordance ».

Le ministère public s'est dit surpris par ce raisonnement. Pour lui, quand le général dit que les conversations ne sont pas de lui, « il doit pouvoir dire qu'il a dit ceci en lieu et place de cela, ou dire qu'il n'a absolument rien dit ».

Mais malheureusement, a déploré le parquet, le général de gendarmerie refuse de se prononcer sur quoi que ce soit sur le sujet et ne cesse de répéter qu'au moment venu, il va montrer au tribunal que les écoutes sont fabriquées.

Cette posture entame la patience du procureur qui a demandé à l'ancien ministre de la Sécurité de Blaise Compaoré « quand est-ce que ce moment va arriver ?»

Après cette déclaration, le parquetier a fait une proposition au général. Elle consiste à lui lire la retranscription des écoutes, et en retour le natif de Nouna lui montrera, au fur et à mesure, quel message est bon et quel message a été fabriqué.

Réponse de Bassolet : « L'exercice auquel le parquet veut nous soumettre est humainement insupportable. Avec le temps passé, cet exercice est difficile. Le parquet dit que je suis juriste, merci pour le compliment.

J'ai juste pris quelques cours de droit. A cet effet, je n'accepterai pas que mes droits les plus élémentaires soient bafoués. Si vous n'avez que les écoutes comme preuves, nos chemins se séparent ».

Pour le parquet, si le général veut qu'il fasse marche arrière pour analyser les données qu'il a, c'est à celui qui fut ministre des Affaires étrangères de dire quelle partie de l'enregistrement a été fabriquée et insérée pour l'accabler. Le ministère public a beau usé de subterfuges, cela ne marchera pas.

Le général refuse de se livrer à cet exercice. « Non, je n'entrerai pas dans ce jeu. Vous voulez que je dise "ça j'ai dit", "ça je ne l'ai pas dit".

C'est un exercice pénible et insupportable pour moi. Je connais mes droits, j'en fais un principe. Si une chose n'est pas faite dans les règles de l'art, je n'entre pas dedans ».

Après cette étape, l'accusation demande au général s'il connait une certaine Rebecca. « C'est ma vie privée, je ne souhaite pas en parler », s'est-il contenté de répondre. Et le parquetier de rebondir en faisant savoir au général que pourtant ce qu'ils se sont dit, entre dans le cadre de l'affaire pour laquelle il est à la barre.

L'accusation tenant mordicus à charger Djibrill sur la base des écoutes téléphoniques, s'est demandé comment les enquêteurs ont pu imputer des propos à cette Rebecca, et comment ils ont su que le général la connaissait.

Le parquet conclut en affirmant que la défense du général Bassolet est ondoyante, variante et versatile. Pour étayer ses propos, le ministère public a cité quelques propos contenus dans le plumitif. Substance !

Me Bonkoungou : « Même si vous arrivez à analyser cette bande, vous n'avez pas d'éléments factuels. Aucun élément n'attribue les voix de ces échanges aux supposés interlocuteurs ».

Me Thiam : « Soro à lui seul n'est pas une puissance étrangère, même étant président de l'Assemblée nationale de la Côte d'Ivoire ».

De leurs côtés, les avocats de la partie civile ont soutenu que le général Bassolet manque d'arguments. Ils se demandent en quoi cela consiste à dire qu'il va démontrer que les écoutes sont fabriquées et il ne le fait pas. « Il n'y a pas autre phase ou le général pourra se défendre, s'il veut le faire, c'est maintenant.

Depuis le début de son audition, il dit qu'il va démontrer que les écoutes ont été fabriquées, mais il ne le fait pas.

C'est parce qu'en réalité, il n'a rien pour le prouver », a affirmé vigoureusement Me Kam. L'avocat poursuit en disant qu'il est impossible pour le général de répondre à une question relative aux écoutes parce qu'il ne savait pas qu'il était écouté.

Son confrère, Me Prosper Farama a embouché la même trompette. « Il ressort, à maintes reprises que le général détiendrait des preuves pour démontrer que les écoutes sont une fabrication. Nous souhaitons qu'il verse ces éléments dans le dossier pour que nous puissions opiner ».

La suite des échanges au cours de cette audience sera un monologue, le général ayant poursuivi avec sa stratégie qui consiste à s'abstenir de répondre ou de commenter les propos des avocats des parties civiles.

Mais, Me Prosper Farama n'en démordant pas est revenu à la charge sur les écoutes téléphoniques. Morceaux choisis.

Soro : « Le feu que nous allons allumer sur leurs têtes, Salif va fuir le pays » ; « Il faut me donner le salaire des petits, je vais ajouter quelque chose sur leur paie. Quand on donne au chef, ça ne descend pas » ; « Si on voit qu'il y a une opportunité, on frappe. On frappe sur plusieurs fronts ».

« Il y a deux personnes que tu dois me laisser régler leur compte après. Notamment Salif Diallo. Ces gens-là ne peuvent pas vivre et le Burkina va être en paix. Tu penses que si les IB-là vivaient, on allait pouvoir faire ce qu'on fait en Côte d'Ivoire ? Ils allaient être tentés de faire des coups d'Etat ».

Bassolet : « Il ne faut pas qu'on frappe doucement. On frappe de telle sorte que même si les choses redeviennent normales, la Transition n'arrive pas à gérer ».

L'audition de Djibrill Bassolet se poursuit ce lundi 14 janvier à la salle des Banquets de Ouaga 2000 à 9 heures.

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