13 Janvier 2019

Congo-Kinshasa: Une alternance en trompe l'œil

analyse

Corneille Nangaa et son équipe, au terme d'un processus électoral laborieux et chaotique, ont donné pour gagnant à la présidentielle, l'opposant Félix Tshisékédi avec 38% des voix contre 34% à son poursuivant immédiat, c'est-à-dire Martin Fayulu. Beaucoup ont vite fait de saluer une alternance par les urnes à la tête de l'Etat, la première de l'histoire politique de la RDC.

Si l'on s'en tient à l'apparence des choses, l'on peut effectivement décrypter la victoire de Tshisékédi de cette manière. Mais à l'analyse, l'on peut craindre une alternance en trompe-l'œil dans l'hypothèse où la Cour constitutionnelle validerait les résultats provisoires de la CENI ; à moins que les uns et les autres ne finissent par accepter le recomptage des voix comme le réclame la S.A.D.C.

Joseph Kabila est parti tout en restant

En effet, les scores pratiquement staliniens engrangés par les pro-Kabila aux législatives comme aux provinciales, font d'eux les potentiels maîtres absolus de toutes les institutions de la République en dehors de la présidence. La première conséquence politique de ce raz-de-marée des hommes de « la Kabylie » est que Félix Tshisékédi risque de se retrouver dans la posture infamante d'un président fantoche.

Et s'il n'y prend garde, il court le risque de traîner cette infamie comme un boulet à ses pieds pendant tout son mandat. Car, Joseph Kabila et ses partisans ont réussi le tour de force, voire le miracle, de demeurer, malgré leur déculottée à la présidentielle, la première force politique du pays.

Ce paradoxe, sous d'autres cieux, peut être lu comme une incongruité mais en RDC, il fait partie des nombreuses bizarreries qui ont accompagné tout le processus électoral. Et leur maître d'œuvre est un certain Joseph Kabila. Aujourd'hui, il peut se frotter les mains d'avoir réussi avec brio son ouvrage.

En effet, Joseph Kabila est parti tout en restant. Et il aura tout fait avec méthode et intelligence pour qu'il en soit ainsi. Premièrement, après son renoncement calculé à un troisième mandat, il a mis en scène un dauphin tout en étant conscient que celui-ci manquait d'envergure politique pour faire face à l'opposition.

Et les résultats de la présidentielle de Emmanuel Ramazani Shadary, confirment cette analyse. Deuxièmement, Joseph Kabila a fait voter des lois par l'Assemblée nationale, qui lui garantissent une impunité et un confort matériel pour l'après-pouvoir.

Troisièmement, il a mis en place des institutions dont il est sûr à 100% qu'elles feront sans plainte ni murmure, son jeu. La Cour constitutionnelle et la CENI sont à l'avant-garde de ces institutions acquises.

Le quatrième acte de Joseph Kabila allant dans le sens du contrôle de l'alternance, a consisté à jouer la carte de Félix Tshisékédi. Car, il sait que ce fils à papa ne peut pas porter une alternance susceptible d'exercer un droit d'inventaire digne de ce nom, c'est-à-dire de nature à faire apparaître au grand jour tous les actes bas de sa gouvernance. Bref, Kabila a tout fait pour que Tshisékédi lui succède, puisque cela ne représente aucun danger pour lui.

De ce point de vue, il se peut qu'il soit à l'origine de la révocation par le ticket Tshisékédi-Kamerhé, de l'accord qui initialement faisait de Martin Fayulu le candidat unique de l'opposition.

Les Congolais ont été roulés dans la farine

Le dernier acte que Kabila semble avoir posé pour faire de l'alternance une coquille vide, c'est d'avoir utilisé tous les moyens pour s'assurer une victoire écrasante aux législatives et aux provinciales.

De ce fait, son emprise sur les institutions sera quasi totale. Et la preuve que Kabila et Tshisékédi s'entendent comme larrons en foire, est que ce dernier ne semble pas gêné outre mesure par les scores on ne peut plus suspects engrangés par les pro-Kabila aux législatives et aux provinciales.

Ce qui semble plutôt l'intéresser, c'est le chapeau du « chef des Bantous ». Le reste passe pour du beurre à ses yeux. De tout ce qui précède, l'on peut dire que les Congolais ont été roulés dans la farine par Kabila et son désormais allié Tshisékédi.

Et ce n'est pas le recours que Martin Fayulu a déposé auprès de la Cour constitutionnelle, qui pourra contrarier le plan de Joseph Kabila pour torpiller cette pseudo alternance en RDC, qui est une véritable curiosité tropicale. Et effet, ce dernier n'a rien laissé au hasard. Il a réglé tous les détails de son affaire.

Le malheur supplémentaire pour le peuple congolais et pour la démocratie, est que la communauté internationale, appelée au secours par l'Eglise et par le malheureux Fayulu, pour rétablir la vérité des urnes, risque de foirer.

Car, ce qui la fait courir à propos de tout ce qui se passe aujourd'hui en RDC, c'est plus l'odeur du diamant et du cobalt que la défense de la démocratie.

De ce point de vue, elle pourra prêter une oreille attentive à Corneille Nangaa quand celui-ci lui demande de soutenir les nouvelles autorités. Déjà, la Russie, la Chine et l'Afrique du Sud sont dans cette logique. Et l'on peut jurer que les autres, après bien sûr quelques attitudes dignes des Pharisiens, ne vont pas tarder à rentrer dans les rangs.

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