14 Janvier 2019

Burkina Faso: Proces du putsch manqué - Le général Bassolé crie au complot

Le général Djibrill Bassolé est à la barre du tribunal militaire de Ouagadougou où les jours se suivent et se ressemblent. Au cours de la journée du vendredi 11 janvier 2019, le général Djibrill Bassolé à qui le parquet militaire oppose des écoutes téléphoniques, est dans sa posture initiale ; il ne reconnaît pas l'authenticité de ces écoutes.

D'ailleurs, il n'a pas voulu épiloguer sur ces écoutes téléphoniques qui, pourtant, importent beaucoup au parquet militaire et aux avocats de la partie civile parce que selon eux, c'est sur ces écoutes qu'est fondée, en partie, la culpabilité du général dans ce dossier du putsch manqué.

Avec un ton calme et toujours de blanc vêtu, le général Bassolé, bien assis sur une chaise, « conteste les éléments sonores ramassés en vrac ». En effet, le général Bassolé estime que le parquet « essaie après coup, de fabriquer l'infraction » et c'est la raison pour laquelle, dit-il, il n'y a pas d'éléments précis qui l'impliquent. A un moment donné, le général se laisse aller : « Des gens qui bavardent et on écoute leur conversation ».

En tout état de cause, le général trouve que « ce qu'ils sont en train de faire est ahurissant par rapport à la loi régissant les écoutes au Burkina Faso ». Il n'en fallait pas plus pour que le parquet intervienne : « Vous avez dit des gens qui bavardent et on écoute leur conversation. Est-ce à dire qu'il n'y a pas eu de fabrication d'écoutes téléphoniques ? » Le général persiste et signe : « Ce sont des éléments fabriqués.

Avant que ces écoutes ne soient remises au juge d'instruction, des hommes politiques du Burkina, certains vivants, d'autres qui ne sont plus en vie, ont fait le tour des capitales pour les faire écouter. Ces écoutes ne sont pas fiables. Et au moment venu, nous allons le démontrer ». « Au moment venu, c'est quand ? », réagit le parquet qui dit à l'accusé que la contradiction, c'est au moment où on avance les éléments d'écoutes.

Et le parquet ne se retient pas de dire à l'accusé qu'il est juriste et sait comment les choses se passent. Le général réplique en avançant que « l'exercice auquel le parquet veut le soumettre est humainement impossible ». Qu'à cela ne tienne, il fait noter qu'effectivement « il a fait quelques années de droit » mais par-dessus tout, il affirme : « je connais mes droits et j'en fais un principe lorsque les choses qu'on m'oppose n'ont pas été faites dans les règles de l'art et qui peuvent me coûter cher, je ne rentre pas dedans. Si ce n'est pas clair, je m'en démarque ».

Sur le champ, le général Djibrill Bassolé s'adresse au parquet : « Si vous n'avez que les écoutes téléphoniques comme preuves, nos chemins se séparent, nous n'avons plus grand-chose à nous dire ». Sur le coup, le parquet ne s'avoue pas vaincu et revient à la charge en ces termes : « Dans ces écoutes téléphoniques, nous voulons que le général nous dise ce qu'il a dit et ce qu'il n'a pas dit».

Une intervention qui ne fera nullement fléchir Djibrill Bassolé qui semble voir clair dans le jeu du ministère public : « le procureur est très habile et très tenace mais il ne me fera pas entrer dans son jeu pour dire que j'ai fait ci ou que je n'ai pas fait ça ».

Et le général va au bout de sa logique : « Si dans le lot des écoutes téléphoniques je reconnais un seul élément, cela voudrait dire que ce n'est pas fabriqué. Alors que ce n'est pas parce qu'il y a un élément de véracité que tout ce qui sera présenté est authentique. Ce sont des preuves manipulées, fabriquées pour m'accabler ».

Pour ce faire, le général dit au parquet que s'il veut convaincre le tribunal, il peut continuer mais « ça sera sans son accompagnement ». Effectivement, après la brève suspension demandée par les conseils du général, celui-ci demande au parquet de ne plus lui poser de questions sur les écoutes téléphoniques parce qu'il n'y répondra plus.

« Là, vous outrepassez votre rôle », s'exclame le parquet qui fait comprendre à l'accusé qu'il a le droit de ne pas répondre aux questions mais il ne peut pas lui demander de ne pas poser de questions. Et au parquet de signifier que les écoutes téléphoniques ne sont pas les seuls éléments de preuves retenus contre le général.

L'accusé estime que les choses sont ainsi « (... ) parce que c'est le général Bassolé, il faut l'accabler, il ne faut pas le laisser s'en sortir ». Mais le parquet réplique que pour ce qui est des écoutes, elles ont été interceptées par le service de renseignements. Le général n'est pas de cet avis.

Et il dit : « nous avons besoin de rassurer les partenaires qu'au Burkina Faso, on n'intercepte pas les coups de téléphone au hasard ». Pour prouver que le général et ses avocats ne peuvent pas prouver que « les écoutes téléphoniques ont été truquées », le parquet s'engage dans un monologue d'une dizaine de minutes.

A la fin, le parquet demande au général de collaborer afin qu'à l'heure des réquisitions, il puisse trouver des éléments de preuves qui déchargeront l'accusé. « Je refuse de collaborer sous une quelconque forme à cette campagne. Vous avez la charge de la preuve et c'est à vous de convaincre le tribunal », martèle Djibrill Bassolé.

Le parquet ayant eu l'impression de ne s'être pas fait comprendre revient à la charge en expliquant que « collaborer ici veut dire apporter des réponses à toutes les questions parce que c'est à la lumière de ces réponses que le parquet peut conclure à l'absence ou à l'insuffisance de charges contre un prévenu ou un accusé. Et c'est à la lumière de ces réponses que le président du tribunal et ses conseillers finiront par former leur intime conviction ».

C'est après ce dialogue, que la parole est remise aux avocats de la partie civile. Et le microphone est aux mains de Me Guy Hervé Kam qui, avant toute chose, demande au général : « voulez-vous répondre à mes questions ? », « Je ne souhaite pas répondre à ces questions », répond l'accusé sans détour.

Alors l'avocat se lance dans des observations en s'appuyant sur des propos du général, selon lesquels « ce procès est une catastrophe pour l'armée ». Mais pour Me Guy Hervé Kam, ce qui est dévastateur, c'est que dans l'armée, une seule unité fasse la pluie et le beau temps. Et il annonce qu'il est « impossible, pour le général, de se hasarder sur le chemin des écoutes téléphoniques parce que sa culpabilité serait établie ».

De toute façon, pour Me Kam, « ne pas se défendre c'est aussi se défendre ». A la fin du monologue de Me Kam, Me Prosper Farama récupère le microphone. Et c'est le même scénario. L'accusé refuse de répondre aux questions des avocats des parties civiles.

Et cette fois-ci, il donne les raisons de son refus : « je n'ai pas l'intention de répondre à leurs questions par rapport au ton incisif qu'ils utilisent, la virulence de leurs propos. Par précaution, je préfère ne pas engager le dialogue avec eux. Je préfère les écouter ».

Une réponse qui n'est pas du goût de Me Farama qui trouve que « c'est aussi une façon de les insulter. Sinon, ils n'ont pas eu à tenir de propos désobligeants et irrespectueux envers le général. Si c'est le cas, qu'il le prouve ».

Du reste, Me Farama trouve que le général ne veut pas répondre parce qu'il ne veut pas être confronté à des questions qui l'accablent. Et Me Farama ouvre une parenthèse sous forme de boutade à l'endroit du général : « Je suis heureux pour lui, qu'il comparaisse avec ses cheveux parce que quand il arrêtait les gens qui manifestaient contre l'impunité, il les rasait ».

Une parenthèse vite refermée, qui fait sourire plus d'un dans la salle d'audience. Sérieusement, Me Farama revient sur des propos du général. En fait, le général a eu à dire que ce n'était pas la peine de tenir ce procès et qu'on n'avait qu'à « indemniser les victimes à hauteur de 10 millions de F CFA au lieu qu'elles viennent s'asseoir et écouter un français qu'elles ne comprennent pas ».

« Cette façon de voir les choses est inique. La vie humaine ne s'achète pas. Mes clients ne sont pas des vies à vendre », s'exclame Me Prosper Farama qui poursuit : « les victimes veulent que toute personne responsable pénalement, de quelque manière que cela puisse être, soit condamnée. Les victimes veulent que ceux qui n'ont rien fait, que la juridiction en prenne acte. Ceux qui parlent ainsi, s'ils avaient vu leurs enfants ou leurs frères tomber, ils ne tiendraient pas de tels propos. Ce n'est pas l'argent qui nous intéresse. Nous voulons la vérité et la justice ».

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