14 Janvier 2019

Madagascar: Gendarmerie Nationale « PROPRE » - Suivre les consignes était la seule arme en 2018

Corruption zéro, respect de l'éthique du corps et de la discipline, gratuité de tous les services... Bref, le grand coup de balai de la Gendarmerie nationale en son sein semble porter ses fruits.

Gendarmerie, professionnelle, en pleine forme et prête à sécuriser le processus électoral. Tel est le grand défi que s'est lancé la Gendarmerie nationale (GN) depuis l'année dernière. Ce corps vient d'établir son bilan de 2018, présentant en général des points positifs par rapport à ce challenge. Les consignes littéralement suivies et accomplies ont amélioré la chose, d'après l'état des lieux dressé par le Commandement.

Ainsi, les stratégies adoptées par la gendarmerie, en collaboration avec le ministère des Travaux publics et celui des Transports, l'Agence des transports terrestres et des groupes de coopératives, pour repousser les attaques sur les routes nationales ont porté leurs fruits. « En 2017, quatre-vingt un cas d'attaques sur axe ont été enregistrés. Cela s'est réduit à quarante-deux en 2018 », précise le général de division Jean Christophe Randriamanarina, secrétaire d'État chargé de la GN (SEG).

Corruption veut dire hameçon. C'est ce qui est affiché dans tous les bureaux et postes de la GN. L'année passée a été marquée par la lutte presque réussie contre la corruption, qui avait mis à mal le respect de l'éthique du corps. « C'est la tolérance zéro sur ce point là. Il est essentiel de rappeler que la police routière consiste à mettre en œuvre des actions préventives et répressives en matière de respect des règles de la circulation, à réguler la circulation en cas de perturbations importantes et inopinées de la mobilité, à établir des constats en cas d'accidents de la circulation et en portant secours aux usagers. Tous les services sont gratuits. Chaque gendarme, travaillant comme police de la route, est censé mettre son badge pour raison de transparence en conformité aux normes du 'standard de service public' pour faciliter d'éventuelles dénonciations», soutient le général de division Njatoarisoa Andrianjanaka, commandant de la GN (COMGN).

Pas de connivence de gendarme avec les malfaiteurs, pas de tolérance en termes d'infractions ou de violations d'éthique, d'après les explications. C'est le fameux coup de balai véhiculé depuis toujours au sein de la GN. « Nous avons accéléré le traitement des affaires de corruption. Cent quatre-vingt-quinze plaintes ont été reçues, impliquant certains de nos hommes. Déférés, quatorze gendarmes, dont deux officiers, ont été incarcérés. Quarante-huit autres ont comparu devant le conseil d'enquête, et vingt-trois d'entre eux ont de suite été radiés pour violation de la discipline», insiste le SEG.

Les cas de vindicte populaire ont baissé à trente-huit en 2018 contre soixante-quatre l'année précédente. « La situation est donc presque

maîtrisée. La GN, en étroite collaboration avec les autres entités comme le ministère de la Justice, a mené des sensibilisations dans les régions les plus touchées, notamment Sofia, Sava et Atsinanana », indique le général Njatoarisoa Andrianjanaka.

Missions dangereuses

L'année dernière, dix-neuf gendarmes ont été tués dans des missions dangereuses notamment en poursuivant des voleurs de bœufs. La gendarmerie n'a pourtant pas baissé les bras face à ces dahalo puissamment armés. Elle s'est toujours efforcée de protéger la population et ses biens. « L'opération Mandio, pour apaiser les milieux ruraux, a, de ce fait, été déclenchée. Hormis cette opération militaire, la normalisation des pratiques locales dans la gestion de la sécurité a été initiée, suivie de la mutualisation des acteurs, à savoir les autorités locales et les notables, la population en autodéfense villageoise par fokontany, afin d'harmoniser la sécurité à la base. Cela a été fructueux, puisque seuls deux mille deux cent vingt-et-un cas de vol de bœufs ont été recensés en 2018, contre deux mille cinq cent soixante-quatre en 2017 », annonce le SEG.

« Nous avons fixé un objectif de taux de récupération du bétail volé à 55%, et nous avons atteint 57,35% », poursuit l'officier général.

L'action de la gendarmerie en matière de lutte contre le vol de bœufs a été orientée sur l'enquête contre le blanchiment. Cette option sera encore intensifiée car elle porte ses fruits: les « dahalo ambony latabatra » (les bandits à cols blancs) tels que les fonctionnaires auteurs ou complices de fausses paperasses et les receleurs de bœufs volés, sont désormais la cible... !

Les cas de rapt en milieu rural, zone de compétence de la gendarmerie nationale sont aussi presque maitrisés. Elle a procédé à plus de trente arrestations, les auteurs sont placés sous mandat de dépôt après présentation au Parquet. Plusieurs cas d'enlèvement sont résolus sur intervention de la gendarmerie. Les otages ont été libérés sans avoir versé une somme, pour ne citer que les cas de Toamasina, Malaimbandy et Betsiboka. « En général, la GN a eu de bons résultats pendant l'année 2018 « , explique le Comgn en guise de conclusion.

Le trafic d'armes et l'insécurité en milieu rural sont des phénomènes indissociables et interdépendants. Lutter contre l'insécurité passe inévitablement par la lutte contre la prolifération des armes. L'année écoulée, la gendarmerie a pu récupérer cent trente armes, de première catégorie, armes de guerre, armes de fabrication locale, armes détenues illégalement et armes en situation irrégulière.

À part la procédure judiciaire à l'encontre des personnes impliquées, la gendarmerie a également pris des mesures administratives telles que la saisie et confiscation des armes. La lutte contre la prolifération des armes est d'une grande importance pour mettre la population à l'abri de l'insécurité. Dénoncer une infraction en matière de détention d'arme est un acte de citoyenneté! J'encourage tout un chacun à agir de la sorte, explique le général Gellé Serge, chef d'État-major au commandement de la gendarmerie, anciennement commandant de grandes formations de gendarmerie, expérimenté dans la lutte contre le trafic d'armes.

Général de division Jean Christophe Randriamanarina - Secrétaire d'État chargé de la gendarmerie - « Les morts d'hommes m'empêchent de dormir »

. Êtes-vous satisfait de votre bilan de l'année 2018 ?

Si on se réfère aux chiffres, on peut dire que l'objectif est atteint en ne citant que les diminutions des cas de vol de bœufs et de vindictes populaires. Les résultats sont ainsi palpables en ce qui concerne la lutte contre la corruption interne. Mais quand j'apprends qu'il y a eu mort d'hommes, je n'arrive pas à dormir la nuit. Je me pose des questions : les gendarmes ne suivent-ils pas les consignes ou bien est-ce nous, les responsables, qui ne faisons pas notre travail ?

. Quelle est votre relation avec les tenants du pouvoir car à chaque événement politique, on vous appelle gardiens du régime?

La gendarmerie a pour devise « La patrie et la loi ». Il est vrai que, ces derniers temps, nous sommes la cible de quelques politiciens. J'ai donné l'ordre à tout gendarme que nous, responsables de la gendarmerie nationale, n'entrainons jamais notre gendarmerie dans la déstabilisation du pays. Tous les gendarmes ont leurs idées, leur choix personnel aux élections. Mais dès que l'on revêt la tenue militaire, nous devons ne considérer que le pays et faisons ce qui est bien pour la population sans distinction. Je profite de l'occasion pour remercier nos gendarmes car ils ont accompli leur travail en suivant les ordres. Travail qui a porté ses fruits aujourd'hui car il a permis d'éviter la crise postélectorale. La situation est maîtrisée.

. Quels sont vos objectifs pour cette année 2019 ?

La directive pour l'année 2019 est surtout basée sur la lutte contre la corruption et le respect des droits de l'homme. On tient à conserver la gendarmerie propre. Le principal objectif est d'avoir la confiance de toute la population. On ne peut rien faire sans cette confiance. J'incite les gendarmes à continuer les efforts car beaucoup reste à faire. Notre mission est de protéger les biens et les personnes.

Général de division Njatoarisoa Andrianjanaka - Commandant de la Gendarmerie nationale - « La gendarmerie ne peut pas être complice de la corruption »

. Vous avez essuyé des critiques internes par rapport à la lutte contre la corruption, pourquoi ?

Oui, c'est vrai qu'on a subi quelques critiques comme quoi nous ne sommes pas assez inflexibles et ne restons pas des raiamandreny par rapport à nos gendarmes. Notre leitmotiv le dit bien : « zanaka tiana tsy hitsitsiana rotsan-kazo », autrement dit quand on veut un bon enfant, on exige l'application de la discipline. Au sein de la gendarmerie, nous avons mené de grandes sensibilisations voire une éducation. En guise de suivi de la mise en œuvre des directives sur la lutte contre la corruption, nous avons visité presque toutes les régions du pays pour discuter avec tous nos gendarmes avant d'appliquer les sanctions. N'oublions jamais que la gendarmerie ne peut pas être complice des gendarmes corrompus pour protéger la population. Maintenant, les résultats sont palpables.

. Etes-vous satisfait de votre bilan de l'année 2018 ?

Je suis satisfait, mais beaucoup reste à faire. Je peux néanmoins avoir confiance en nos gendarmes si cette vitesse est bien soutenue. Des points sont à améliorer si on veut bien gagner la confiance de la population. À part les actions et les mesures prises, les gendarmes doivent savoir recevoir les gens en toute cordialité.

. Quelles seront vos actions pour atteindre les objectifs de l'année 2019 ?

À part la qualité de l'accueil de la population qui doit d'être primordial, j'incite tous les gendarmes à respecter à la lettre la discipline militaire. Je reste intransigeant à l'égard des gendarmes impliqués dans des dossiers de corruption. Nous voulons voir la gendarmerie propre tant au sens propre qu'au sens figuré. On constate aujourd'hui des changements dans quelques casernes la propreté de la gendarmerie au sens propre du terme. Et ce n'est qu'un commencement.

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