14 Janvier 2019

Burkina Faso: Marche de soutien aux victimes de Yirgou - Les manifestants réclament justice

Le samedi 12 janvier 2019, les Ouagalais ont commencé à investir la Place de la Nation dès 7h, à l'appel du Collectif contre l'impunité et la stigmatisation des Communautés (CISC).

Femmes et hommes, jeunes et adultes, vielles personnes de toutes les couches socioprofessionnelles, de toutes les communautés ethniques, ont répondu massivement présent à la marche pour dénoncer les tragiques assassinats survenus le 1er janvier 2019 à Yirgou, dans la commune de Barsalogho au Sanmatenga.

Une marche silencieuse, partie de la Place de la Nation en direction de la Cathédrale jusqu'à l'Avenue Kwame N'Krumah, ensuite vers le Rond-point des Nations unies avant de rejoindre la case départ.

L'onde de choc de Yirgou a retenti à la Place de la Nation en cette matinée du 12 janvier 2019. Une immense foule compacte de marcheurs s'est constituée en l'espace d'une heure au moins, pour revivre le deuil de la soixantaine de morts de Yirgou, dans les communautés mossi et peule.

Tous parlent de l'innommable, de l'abjecte barbarie qui a particulièrement visé les Peuls, pendant 3 jours, sans que les autorités locales n'interviennent, selon les organisateurs de la marche. La diversité des profils et des âges des marcheurs laisse comprendre que l'évènement dont il est question, sort de l'ordinaire.

Comme pour anticiper sur un danger imminent qui menace les fondations séculières du vivre-ensemble, les marcheurs, les responsables de la CISC en tête, ont voulu mettre le holà à ce qui n'est pas « burkinabè », en l'occurrence, la haine entre communautés ou la stigmatisation des communautés qui semble transpirer des tueries récentes.

Tous, à la Place de la Nation, sont conscients que l'on ne construit pas une nation dans la haine ni dans la discorde sociale, la stigmatisation des communautés. Raison pour laquelle, nous dit-on, « il y a eu cette mobilisation aux couleurs de la Nation burkinabè ».

Une mobilisation qui a connu la présence remarquée des Peuls de tous âges à la Place de la Nation, pour la marche. Pas de grands slogans, pas grand bruit, comme on l'observe lors des marches-meetings des OSC, des syndicats ou politiques. La marche est silencieuse, comme si les tueries de Yirgou avaient eu lieu la veille.

Un silence de cimetière pour une immense foule qui s'ébranle en direction de la Cathédrale, tantôt les mains en l'air, tantôt main dans la main. Sur les banderoles, pancartes et autres supports, les messages qui s'affichent appellent tous à l'union sacrée, à l'unité, à la paix et à la solidarité !

« Touche pas à notre vivre-ensemble », « Oui à la cohésion sociale », « devoir de justice pour Yirgou, droit de vivre pour tous au Faso », « Non aux violences intercommunautaires », « Tous unis contre les nettoyages ethniques », « Non à la stigmatisation ethnique » ! Ce sont, entre autres, les messages véhiculés.

Au rond-point des Nations unies où ralentissent les marcheurs, tous ont les mains levées ! Dans le silence évocateur du poids du drame qui pèse sur les cœurs, quelques voix se font entendre dans les rangs : « Nous sommes en deuil, nous refusons la stigmatisation des communautés ».

« Le massacre de Yirgou a sonné le réveil de la conscience du peuple »

« L'union nationale, l'unité des fils et filles du Burkina et la cohésion sociale » sont les symboles qu'il fallait montrer à cette marche silencieuse, confie le député Aziz Diallo qui a salué la présence de toutes les confessions religieuses, tous les groupes ethniques à cette marche silencieuse pour dire non à ce qu'on a vécu ces derniers temps.

Me Gilbert Noël Ouédraogo est arrivé tôt ce jour à la Place de la Nation, pour la marche. « Nous n'avons rien de plus que les Hommes qui animent notre Nation, nous sommes tous filles et fils du même pays et devons regarder dans la même direction », commente-t-il.

Il ajoute que nous sommes tous sortis dire non à l'impunité, à la stigmatisation des communautés et souhaitons qu'il y ait la lumière sur toutes les attaques terroristes survenues dans notre pays et surtout les actes barbares survenus à Yirgou. Issaka Lengani, directeur de publication du journal L'Opinion, est marcheur.

Il dit avoir eu des craintes sur la volonté réelle des Burkinabè de vivre ensemble, de lutter contre la stigmatisation et de travailler à la cohésion sociale, quand il venait à la marche. Après plus d'1 km de marche qui a mobilisé une immense foule, il s'est dit rassuré.

« Le massacre de Yirgou a sonné le réveil de la conscience du peuple burkinabè », se convainc-t-il, indiquant que les Burkinabè ont montré, par cette marche, leur volonté de vivre ensemble.

Un message que les pouvoirs publics doivent prendre en compte, dit-il, et traduire par des actes, à savoir, dit-il : reconnaître qu'à Yirgou, ça a été un « génocide » et trouver les auteurs pour qu'ils répondent de leurs actes.

Mieux, dit-il ému, « il faut une commission d'enquête internationale parce que les pouvoirs publics montrent qu'ils sont très faibles ».

Si c'est mal géré, prévient-il, nous courons le risque d'une guerre civile, selon lui. Roufiatou Bandé/ Diallo est dans le rang des marcheurs. Presqu'au bord des larmes, elle confie que la marche vise à dire non aux massacres des Peuls et à la stigmatisation.

« Nous sommes tous Burkinabè et Peul ne veut pas dire terroriste », s'efforce-t-elle de dire, la voix nouée, comme si elle était à bout de souffle.

« Justice, justice et justice » lance-t-elle, avant d'ajouter : « plus jamais ça ». Comme elle, plus d'une femme marcheuse a confié avoir foi en la justice, même si elles ont exprimé leur forte désolation face à ce qu'elles considèrent comme « l'innommable », en l'occurrence la tragédie de Yirgou.

« Nous regardons le gouvernement, il ne doit plus tergiverser. Ce qui est arrivé, n'aurait jamais dû survenir », selon elles. « L'Etat doit prendre ses responsabilités avant qu'il ne soit trop tard », fait entendre une autre voix révoltée.

« Ce qui arrive aux Peuls touche aux Bobos, aux Mossis, aux autres ethnies, à tout le peuple burkinabè », dit Yacouba Sanou pour qui « il faut prier pour les défunts et laisser le gouvernement gérer la suite ». Retour des marcheurs à la Place de la Nation, dans une procession silencieuse.

A la Place de la Nation, les grandes voix du CISC se font entendre. « Nous faisons l'amer constat que depuis l'avènement du pouvoir, la situation sécuritaire de notre pays s'est progressivement dégradée, mettant ainsi en péril l'intégrité du territoire et la cohésion sociale », lance l'avocat du CISC, Me Ambroise Farama.

En trois ans, rappelle-t-il, les attaques terroristes ont causé à notre pays la mort de plus de 300 personnes et entraîné la fermeture d'environ 800 écoles.

Le régime du MPP et alliés a été jusque-là incapable de trouver des solutions appropriées pour mettre notre pays à l'abri des attaques terroristes, lesquelles attaques sont devenues notre actualité quotidienne alors que certains membres du gouvernement ont déclaré connaître les auteurs ou commanditaires de telles attaques terroristes, s'est-il désolé.

« Les populations sont abandonnées à elles-mêmes et des éléments des Forces de défense et de sécurité décorés à titre posthume, laissant derrière eux des veuves et des orphelins inconsolables », a ajouté l'avocat.

Il a rappelé que des assaillants ont tué 6 personnes dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 2019 à Yirgou. Ce qui a fait suite à des représailles de la part des habitants de Yirgou, organisés autour d'un groupe d'auto-défense « Koglwéogo », qui vont massacrer la communauté peule avec laquelle ils vivaient en harmonie, au motif que les assaillants auraient des traits peuls et auraient probablement bénéficié de l'aide des peuls de Yirgou.

« Seuls les vieillards, femmes et enfants ont été épargnés », selon son mot. « A Yirgou, le massacre de la communauté peule a duré 3 jours, sans la moindre réaction de nos FDS ni des autorités administratives et politiques » !

« Le Burkina Faso ne s'est jamais aussi mal porté », selon Ambroise Farama de la CISC qui a interpellé le président du Faso à garantir la justice pour tous, face à ce qu'il a considéré comme la « faillite de l'Etat », face au groupe d'auto-défense Koglwéogo qui se transforme en milice. Me Farama a aussi appelé les acteurs de la justice à s'assumer.

« Le Burkina Faso n'a pas d'ethnie, mais des Burkinabè », a souligné le président du CISC, Assane Barry, qui a salué la forte mobilisation pour le vivre-ensemble, le rejet de la stigmatisation et la justice pour les victimes.

Le porte-parole du Collectif (CISC), Dr Daouda Diallo, porte-parole du Collectif, a fait part de « notre volonté inébranlable de voir la justice s'appliquer dans toute sa rigueur à tous les auteurs de l'assassinat du chef de village de Yirgou et sa famille ainsi qu'à tous les criminels, auteurs des massacres injustifiés contre la communauté peule ».

A l'entendre, « seule une justice rigoureuse et diligente peut nous épargner des affres d'un cycle de violence aux conséquences imprévisibles et apaiser les cœurs des victimes ». En voulant dresser le portrait-robot du terroriste, a-t-il souligné, nous ne devons pas lui attribuer un faciès ethnique.

Car, foi du porte-parole du CISC, en le faisant, nous rendons plus service aux terroristes qu'à nous-mêmes. Abdoul Raouf Pafadnam, fondateur du mouvement « Jeunes patriotes pour la paix », saluant la marche, a fait savoir que celle-ci vise à montrer au chef de l'Etat qu'il doit prendre les choses en main, puisque « tout le monde réclame justice, avec un rejet massif de la stigmatisation ethnique ».

Sur la forte présence des Peuls dans les rangs des marcheurs, il se dit que cela est compréhensible puisqu'ils sont beaucoup plus endeuillés, sont en danger et ne se sentent plus en sécurité. Tous les patriotes doivent condamner cette barbarie de Yirgou et se battre pour que justice soit rendue dans cette affaire, à son avis.

Le fondateur du mouvement « Jeunes patriotes pour la paix », solidaire du CISC, n'est pas de l'avis de ceux qui réclament la dissolution des Koglwéogo.

Il souhaite que la justice fasse son travail, que les auteurs de crimes soient punis et que le président du Faso réagisse le plus vite possible.

Pour Anselme Somda du CGD, il ne faut pas transformer le pays en terreau fertile pour ceux qui veulent diviser les Burkinabè. Sinon, dit-il, on risque de faire le boulot à leur place.

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