14 Janvier 2019

Burkina Faso: Procès putsch manqué - Le général se tait, ses avocats démontent les écoutes

Photo: L'Observateur Paalga
général de brigade, Djibrill Bassolet

Au 7e jour de l'audition du général Djibrill Bassolet, les lignes n'ont véritablement pas bougé. Ce 14 janvier 2019, la partie civile a dit tout le mal qu'elle pense de la ligne de défense de l'accusé qui, selon elle, refuse d'entrer dans les débats de fond qui permettraient d'étayer les chefs d'accusation.

Pour sa part, la défense, elle, s'est ingéniée à démontrer que les écoutes téléphoniques qui constituent « les seuls éléments à charge » ne sont que du montage commandité dans les officines politiques.

La première personne à prendre la parole hier matin a été Me Pierre Yanogo de la partie civile qui est revenu sur les débats concernant la légalité des écoutes querellées en martelant : "C'est après la commission d'infraction que l'on recherche les éléments constitutifs de ladite infraction.

Dire qu'aucun juge n'a autorisé les écoutes n'a aucun sens juridique, car tout le monde sait que les écoutes sont indispensables à la sécurité de l'Etat et peut-on faire des renseignements sans en faire un usage juridique ? Même si les écoutes sont dans le domaine public, cela n'enlève en rien leur caractère infractionnel.

La défense du général n'existe pas dans le fond mais sur des questions de forme. Elle consiste à dire que les écoutes sont illégales et sauvages mais elle n'a jamais dit que l'accusé n'a pas tenu les propos ressortis dans les retranscriptions.

C'est une défense qui s'appuie sur le discrédit de la justice. Elle veut un procès où seules ses règles à elles prospèrent ; mais nous n'accepterons pas qu'elle nous impose la règle du jeu".

"Nos clients ne sont pas à vendre"

Son confrère Séraphin Somé se veut encore plus virulent : "l'accusé clame son souci de recherche de la vérité mais refuse d'y participer, il dit que nous sommes virulents, mais les balles des putschistes n'étaient pas des roses, elles étaient mortifères.

L'accusé dans son for intérieur veut que nous trahissions la confiance de nos clients, ça, ce n'est pas possible. Pourquoi cette posture ?

Parce qu'il n'est pas n'importe qui : il fut ministre de la Sécurité, ministre des Affaires étrangères ; haut représentant du chef de l'Etat dans des négociations, il est un homme politique.

Comme il est poursuivi pour des infractions particulièrement graves et infamantes, il veut défendre son image aux yeux de l'opinion. Il utilise le procès comme une tribune politique pour dire que si on le condamne, c'est parce qu'on lui en veut ; c'est de la manipulation".

Puis l'avocat a égrené des dispositions pour justifier les écoutes et ainsi prouver qu'elles sont loin d'être illégales : l'article 69 du décret du 13 juillet 2013 sur la sécurité, l'article 35 de la loi du 27 novembre 2018 sur les téléphonies mobiles.

"C'est déraisonnable de dire que c'est illégal et soutenir que c'est fabriqué, il veut qu'on fasse du mouta mouta en donnant de l'argent aux victimes, mais nos clients ne sont pas à vendre, il tente de manière indécente de faire l'apologie de l'impunité en oubliant que les choses ont changé".

Face à toutes ces charges, le général n'a pas daigné faire le moindre commentaire, laissant le soin à ses avocats de riposter.

Premièrement par la voix de Me Antoinette Ouédraogo : "Ce procès est hors norme dans la mesure où on accable le général de tous les noms d'oiseau, mais personne n'a la morale plus que l'autre ici, le parquet reproche à mon client de revenir sur les sujets qui ont fait l'objet de débat devant la chambre de contrôle mais aucune décision n'est insusceptible d'être débattue devant vous.

Monsieur le président, si on veut faire une saine application de la loi, il faut l'admettre. Ce qui est indécent, c'est de prendre une pièce illégalement obtenue contre un accusé, c'est ça qui est scandaleux. L'administration de la preuve doit se faire de manière loyale sans ruse ni stratagème comme le dit la jurisprudence française.

Une pièce donnée par Isaac Zida qui lui-même est partie au procès, quelle peut être sa crédibilité ? Vous parlez de renseignements pour protéger le pays, c'est bien, mais où est passée cette matière grise qui s'y connaît pour nous laisser compter maintenant chaque jour des morts ?

Les ministres auditionnés, comme Amadou Nebila Yaro, Salifou Dembélé, Jean Claude Somda, ont tous dit avoir écouté des enregistrements le 25 septembre 2015. Mais le parquet a du mal à prouver que ce ne sont pas des pièces du 25 septembre qui ont été versées dans le dossier", a conclu Me Antoinette Ouédraogo.

Sa consœur de la défense Me Mireille Barry précisera justement que les enregistrements expertisés datent du 27 septembre alors que les ministres parlent déjà desdits enregistrements 2 jours plus tôt.

En plus, selon la défense, le rapport d'expertise n'a pas pris en compte tous les enregistrements, notamment celui concernant la " supposée" conversation entre Guillaume Soro et Bassolet. Pire, selon Me Barry, il n'y aurait pas de concordance entre les transcriptions des officiers de police judiciaire et celles de l'expert.

Me Dieudonné Bonkoungou, autre conseil du général Diendéré, s'est étonné que le parquet veuille se cantonner à charger, alors qu'il doit retenir aussi les éléments qui déchargent l'accusé :

"Si le parquet peut demander des circonstances atténuantes, ou même la relaxe, ça veut dire que son rôle ne se limite pas à charger sinon il ne représenterait pas la société".

C'est Me Yérim Thiam, également avocat du général, qui a bouclé la soirée par ses observations (cf. encadré). Aujourd'hui on poursuivra avec le même accusé.

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