15 Janvier 2019

Congo-Kinshasa: MI-Amor - Leader inégalable de la musique traditionnelle Songye en RDC !

interview

Aux commandes depuis le 15 août 1983, le directeur artistique du groupe traditionnel Tout Grand Basongye de Kinshasa (TG Basokin), Mputu Ebondo, alias MI-Amor, a accordé une interview à La Prospérité. C'était à l'occasion du 35e anniversaire de ce groupe. Il a retracé les temps forts du parcours de son orchestre traditionnel marqué par la sortie de son premier disque de 33 tours et décortiqué son 16e album «Shamuene Basokin».

1982-2017 : TG Basokin célèbre ses 35 ans d'existence. Quelles sont vos impressions ?

C'est l'âge de plus qu'adulte. Si vous ajoutez 4 ans à 35 ans, vous avez l'âge d'Emmanuel Macron en France. On peut devenir président de la République à l'Hexagone. C'est difficile de faire 35 ans sans interruption d'activités. Il y a des groupes folkloriques songye qui sont plus ancien que Basokin. Mais, si on compte, non les années, mais les œuvres réalisées, nous sommes le plus âgé de tous. Je suis le premier musongye à avoir amené un orchestre folklorique songye en Europe.

Qui n'aspire pas à aller en tournée en Europe ?

Nous sommes le premier orchestre songye à avoir produit les 33 tours alors que tout le monde ne produisait que 45 tours. Il n'y a aucun musicien dans tous les groupes dissidents de Basongye à avoir réalisé un CD aujourd'hui, sans mon ombre.

Vous venez de lancer un nouvel album intitulé « Shamuene Basokin » chanté en Kisongye. Que peut-on retenir de cette œuvre musicale ?

«Shamuene Basokin » signifie en français «Si tu n'as jamais vu Basokin, vient le voir». Ce titre a tout son sens. A travers cette œuvre, nous avons bien voulu présenter les musiciens fidèles de Basokin. Une façon de vénérer tous les vaillants musiciens qui contribuent à l'essor de l'orchestre. Ceux-là qui ont fait des allers-retours en Europe pour défendre notre culture. Ceux qui ont hissé au sommet la musique folklorique songye dans le monde. «Shamuene Basokin » est un album de six chansons, toutes sont signées MI-Amor. Il y a des titres comme «Fualaotemeodie », «Kimpuisamalunda », « Muika », « Toma Tonotome », « Eshimba dia nyinamuana » et « Shamuene Basokin », qui est la chanson phare. Mais, il a été travaillé avec le concours de tous les meilleurs musiciens du groupe. Nous avons sélectionné des exécutants de l'art pour participer à l'enregistrement de cet opus. Parce qu'il y a des chanteurs de concert et de studio.

Que voulez-vous passer comme message à travers le titre « Eshimba dia nyinamuana » ?

Exactement ! Ça aurait été la chanson phare de cet album. "Le Cœur de la mère de l'enfant". Dans cette chanson, je rends hommage à la femme. Le cœur d'une maman est très différent de l'homme. Chaque maman a le cœur de Dieu en elle. Dieu qui est amour, a prêté à la femme son cœur. Des toutes les créatures de Dieu, le cœur de la mère de l'enfant est la plus merveilleuse créature qui existe au monde. Ici, je ne parle pas de toutes les femmes du monde, mais il s'agit de la femme africaine. Parce que sous d'autres cieux, il existe celles-là qui font des marches pour réclamer le droit d'avorter. Chose qu'en Afrique, nos mamans ne feront pas. Imaginez 9 mois dans son ventre. La douleur d'enfantement est plus douloureuse que l'inflammation dentaire. Mais, mise au monde avec le cri de l'enfant sortant vivant de son ventre, la mère sourit, oubliant toutes ces douleurs. Voilà le cœur de la mère ! Chaque maman a le cœur de Dieu, l'amour.

Comment réagissez-vous lorsqu'on vous accuse de ne pas donner aussi la chance aux autres musiciens de Basokin de produire leurs propres albums ?

Il arrive que le virus de division entre aussi dans TG Basokin. Il faut savoir que les Basongye, c'est une ethnie et non une tribu. Les Basongye, c'est l'ensemble de beaucoup de tribus. Nous avons plusieurs auteurs/compositeurs dans l'orchestre Basokin qui sont des tribus différentes. Aujourd'hui, nous n'avons pas un producteur attitré. A l'époque, c'est le professeur Katanga qui produisait lui-même le groupe. Ce qui nous a permis de réaliser même le premier 33 tours dans la musique folklorique de chez nous. Je me souviens que chacun de nous (musicien) avait au moins placé une ou deux chansons dans cette œuvre collective. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui faute de producteurs. Or, tout le monde composait. A un moment, il y a eu des personnes de bonne volonté dans la communauté qui sont apparues comme mécènes pour me produire. Je ne peux pas refuser le choix porté sur moi lorsque quelqu'un met son paquet pour que j'entre en studio pour enregistrer un album. Parfois, je me retiens même lorsqu'un autre veut lancer son propre disque, à la même période que moi. Ceci, pour donner aussi l'occasion aux collègues de s'exprimer et de se faire entendre auprès du public. Chaque auteur-compositeur a son producteur. Il n'y a aucun texte dans le règlement ou statut qui interdit à un musicien d'entrer en studio pour réaliser son album à titre personnel, dans Basokin. Chacun est libre de faire son disque au moment voulu. Notre répertoire est constitué de plusieurs chansons, mais toutes ne portent pas ma signature. Car, tous ne sont pas de Mi-Amor. Voilà, c'est là où il y a la différence.

35 ans de succès, avec un leadership inégalable dans l'univers de la musique traditionnelle Songye en RDC. Quel est votre secret ?

Vous devez savoir que TG Basokin est l'ensemble de toutes les tribus de Basongye réunies. C'est une synergie des ethnies songye culturel qui constitue notre force. La détermination, le travail, la discipline et la gestion en termes d'organisation. Voila notre secret. Et je suis en train d'accomplir la mission qui m'a été confiée par le fondateur du groupe. C'est-à-dire, de faire de Basokin, un des meilleurs groupes folkloriques, de la capitale. En 35 ans, nous avons réussi à imposer la culture songye qui est notre identité dans cette méga métropole. Grace à la musique du TG Basongye, le peuple songye se différencie aujourd'hui des autres. Parce que si vous n'avez pas un folklore, vous serez confondu avec un autre peuple. Vous serez l'excroissance d'un autre peuple à Kinshasa. Aujourd'hui, le résultat est là. Je remercie d'ailleurs tous ceux qui nous ont soutenus.

A quand la présentation officielle de l'album « Shamuene Basokin » ?

En principe, l'album devait être présenté à la communauté le 8 décembre dernier, à l'occasion de la célébration du 35e anniversaire de Basokin, à l'espace Congo Loisir. Vous avez vu comment la salle a vomi le public. Le peuple Songye a démontré qu'il est capable de s'unir devant un événement positif. Je ne savais même pas qu'on aurait autant de monde pour cette salle de 700 places assises. Certaines personnes sont restées débout. J'ai compris que Basokin est l'unique groupe que le Basongye ont adopté à l'unanimité. Je me suis dit que MI-Amor est quelque part dans le cœur des Basongye.

Lorsque nous procédons à la présentation d'un nouvel album, la démarche est de pousser les mélomanes à l'acheter. Hélas ! Le programme qu'on avait prévu, dans la salle, a été noyé à cause de cet engouement.

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