Afrique: En 2018, les chrétiens continuent d'être persécutés dans le monde

Selon l'ONG Portes Ouvertes, qui publie ce mercredi 16 janvier son index mondial de la persécution des chrétiens, plus de 4 300 chrétiens ont été tués dans le monde en 2018. 97% d'entre eux l'ont été sur le continent africain, une immense majorité au Nigeria.

4 305 chrétiens ont été tués dans le monde en 2018, selon l'ONG Portes Ouvertes, soit une hausse de 40% par rapport à 2017, où ce nombre s'élevait à 3 066.

Le nombre de chrétiens persécutés est évalué à 245 millions. Comment se caractérise cette violence envers les chrétiens ? RFI a posé trois questions au directeur de l'ONG, Michel Varton.

RFI : La Corée du Nord reste, depuis 18 ans, en tête du classement des pays où les chrétiens sont le plus persécutés. Qu'entendez-vous par « persécutions » ?

Michel Varton : La persécution, c'est toute pression, discrimination contre une personne à cause de sa foi chrétienne. Elle prend différentes formes.

A Portes Ouvertes, on parle de deux aspects : le premier, l'étau, qui est la pression de tous les jours, c'est-à-dire dans la vie privée, familiale, sociale, civile ou ecclésiale. Et le second, le marteau, qui est la violence.

En Corée du Nord, la persécution est étatique. Il y a une Eglise dans le pays, alors que le mot Dieu n'existe même pas pour le système totalitaire en place. Cette Eglise est souterraine, secrète, et elle continue d'exister.

Mais sur les 50 premiers pays, de l'Afrique au Moyen-Orient en passant par l'Asie, le mécanisme principal de la persécution vient de l'extrémisme islamique.

Pour calculer le niveau de persécution, on regarde ce qui se passe au niveau des familles, car c'est souvent là que la situation est très difficile, surtout quand il y a une conversion vers le christianisme.

Par exemple, une jeune femme va être mariée de force à un musulman pour l'empêcher de continuer d'être chrétienne.

On examine aussi ce qui se passe au niveau de la communauté, du village : si une famille se convertit, va-t-elle être privée d'éducation ?

D'accès au puit pour l'eau ? On regarde également les lois du pays, si on peut construire des églises dans le pays, si c'est limité à une messe le dimanche matin ou si on peut faire de l'humanitaire.

L'évolution des chrétiens tués dépend des groupes violents, des attentats. Cela vient par vagues. Mais la pression quotidienne évolue beaucoup plus lentement, c'est le socle.

Selon Portes Ouvertes, 3 731 chrétiens ont été tués au Nigeria en 2018, contre 2 000 en 2017. Comment l'expliquez-vous ?

Il y a au Nigeria une frontière qui coupe le pays en deux, entre le Nord, musulman, et le Sud, fortement chrétien et animiste. Le changement climatique, le manque de pluie, et la famine dans le Nord font que beaucoup de musulmans descendent vers le Sud.

Ces musulmans du Nord, qui sont des bergers peuls, des nomades, cherchent de quoi nourrir leurs bêtes. Ces Peuls nomades sont armés, avec des kalachnikovs.

Pour eux, c'est un droit quand ils tombent sur un village chrétien de faire un nettoyage religieux. Donc, ils détruisent les églises, tuent les villageois. C'est pour cela qu'il y a autant de morts au Nigeria.

Boko Haram reste aussi une menace. Ce groupe devient plus extrême, mais occupe moins de territoires. Il est limité au nord du pays. Le grand problème est donc ces bergers peuls qui descendent vers le Sud. Le gouvernement central ne fait pas ce qu'il faut pour arrêter ces massacres.

Comment récoltez-vous ces chiffres et reflètent-ils vraiment la réalité ?

Pour les chiffres des chrétiens tués, nous savons que c'est en dessous de la réalité. On ne veut pas publier les chiffres qu'on ne peut pas vérifier. On sait que dans certains pays comme la Corée du Nord, on n'a pas les chiffres.

Portes Ouvertes est une fédération d'associations qui travaille dans plus de 60 pays dans le monde. Notre but est de donner à l'Eglise les moyens de survivre. Nous avons des partenaires dans ces pays, qui sont des chrétiens locaux.

Ces contacts remplissent un questionnaire chaque année. Et nous avons une équipe de recherches qui évalue ces chiffres, comparent avec d'autres organisations, centres de recherches, pour vérifier s'ils reflètent bien la situation.

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