17 Janvier 2019

Soudan: L'ONU préoccupée par l'usage excessif de la force contre des manifestants pacifiques

Photo: Daily Monitor
Photo d'archives - Forces de l'ordre malmenant un journaliste.

La cheffe des droits de l'homme de l'ONU, Michelle Bachelet, s'est dit jeudi vivement préoccupée par des informations crédibles faisant état d'un usage excessif de la force par les forces de sécurité de l'Etat contre des manifestants pacifiques au Soudan.

Depuis le 19 décembre, le pouvoir de Khartoum est confronté à une vague de manifestations à travers le pays. Des manifestations qui sont parfois réprimées à « à balles réelles, par les forces de sécurité. Or selon Mme Bachelet, la Haut-Commissiaire des Nations Unies aux droits de l'homme, « une réponse répressive ne peut que détériorer les griefs », et d'appeler les autorités à résoudre les tensions par le dialogue et toutes les parties à faire preuve de « retenue ».

Selon les médias, ces protestations ont été déclenchées à la mi-décembre 2018 par la hausse du prix du pain. Elles se déroulent dans plusieurs villes soudanaises, notamment Wad Madani, Port-Soudan, Al-Qadarif, Atbara, Berbère, Dongla, Karima, Al-Obeid, Khartoum, Sinar, Barar, Nyala et Omdurman.

Selon les services de la Haut-Commissaire Bachelet, le gouvernement soudanais a confirmé que 24 personnes seraient mortes au cours de ces manifestations, mais d'autres sources crédibles suggèrent que « le nombre de morts pourrait être presque deux fois plus élevé ». Beaucoup d'autres manifestants ont été blessés.

« Selon les informations reçues, les forces de sécurité auraient également suivi des manifestants jusqu'à l'hôpital d'Omdurman et tiré des gaz lacrymogènes et des balles réelles à l'intérieur des locaux de l'hôpital », fait valoir le Haut-Commissariat dans un communiqué rendu public ce jeudi à Genève.

Les rapports suggèrent également que la police a tiré des gaz lacrymogènes à l'intérieur de l'hôpital universitaire de Bahri et de l'hôpital Haj Al-Safi. Ces deux hôpitaux sont situés au nord de Khartoum, où des groupes d'opposition ont organisé une grande manifestation.

Plus de 800 arrestations et des manifestants poursuivis jusque dans les hôpitaux

Les autorités ont également confirmé qu'au 8 janvier, au moins 816 personnes avaient été arrêtées en rapport avec les manifestations, dont des journalistes, des leaders de l'opposition, de manifestants et de représentants de la société civile.

Face à cette répression, la Cheffe des droits de l'homme de l'ONU a appelé le gouvernement soudanais à protéger l'exercice des Soudanais à tous les droits à la liberté d'expression et de réunion pacifique, indépendamment de leur allégeance politique.

« Le gouvernement doit veiller à ce que les forces de sécurité traitent les manifestations conformément aux obligations internationales du pays en matière de droits de l'homme, en facilitant et en protégeant le droit à la liberté de réunion pacifique », a ajouté Mme Bachelet.

En outre, en tant qu'État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques depuis 1986, le Soudan est tenu de prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir les privations arbitraires de la vie, par ses responsables de l'application des lois.

Par ailleurs, si des comités d'établissement des faits avaient été mis en place par le gouvernement et la Commission nationale des droits de l'homme, le Haut-Commissaire insiste pour que toute « enquête soit menée rapidement, de manière approfondie et transparente, dans un souci de responsabilité ».

« J'appelle également les autorités à veiller à ce que toutes les personnes détenues arbitrairement pour avoir exercé leur droit à la liberté de réunion et d'expression pacifiques soient rapidement libérées et à ce que leurs droits soient pleinement protégés », a ajouté Michelle Bachelet qui a exhorté les autorités à œuvrer « pour résoudre cette situation tendue par le dialogue et à toutes les parties à s'abstenir de recourir à la violence ».

Enfin, Mme Bachelet a souligné que le HCDH était prêt à déployer une équipe au Soudan pour conseiller les autorités et les aider à garantir qu'ils agissent conformément aux obligations internationales du pays en matière de droits de l'homme.

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